REVUE

D’HYGIÈNE

ET DE POLICE SANITAIRE 1919

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COLLABORATEURS DE LA REVUE D’HYGIENE

COLLABORATEURS FRANÇAIS

MM.

François-Franck, professeur au Collège de France, membre de l’Académie de médecine. Gahiel, ingénieur des Ponts et Chaussées, professeur honoraire à la Faculté, membre de l'Académie de médecine. Du Cazal, ancien médecin principal de l’armée. Richarii, ancien médecin-inspecteur de l’armée. Drouineau, inspecteur général honoraire îles hôpitaux eféiablisseiHents de bienfaisance. A. Lacassaone, professeur de médecine légale à la Facçlté d’e, Lyon. Clément, médecin des hôpitaux de Lyon. Pottevin, secrétaire général dçT.Office international d’hygiène publique.

COLLABORATEURS ÉTRANGERS

MM.

D’’ Huebner, secrétaire de la Société de salubrité publique de Kussi e. Dr Rauciu-us.s, médecin en chef de l’hôpital des Enfants, à Saint-Pétersbourg . Dr G. Bergman, professeur agrégé d’hygiène à l’Dniversité d’Upsal (Suède). D'- Félix, professeur d’hygiène à la Faculté de médecine de Bucarest. Dr Klas Linrotii, directeur général de l’administration médicale de Suède. D' Pagllani, professeur d'hygiène à l’Université de Turin. Dr Van Ermenoem, directeur du laboratoire de bactériologie et d’hygiène de Gand. Dr Da Sylva Amado, professeur d’hygièue à la Faculté de médecine de Lisbonne. Dr Cu. A. Cameron, professeur d’hygiène k FUniversité de Dublin. D'- Axel Holst, professeur d’hygiène à l’Université de Christiania.

La Revue d’Hygiène est 1 organe ol'Bciel de la Société de Médecine publique et de Génie sanitaire, qui y publie ses mémoires et les comptes rendus de ses séances. Un exemplaire de la Revue est servi par la Société à chacun de ses membres titulaires. Prière d’envoyer tout ce qui concerne la rédaction à M. le D'- A.-J. M.ii.tin, 3, rue Gay-Lussac, Paris.

REVUE

D’HYGIÈNE

POLICE SANITAIRE

Fondée par E. VALLIN

DIRIGÉE PAR

A.-J. MARTIN A. CALMETTE

Sous-Dii-ecIcur .«IfrîX lie l lnslitul

LÉON BERNARD ^ A

I la Kaciill.' <ie Mrd.a ino do p/ffi -lÿi

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COMITÉ DE RÉDACTION ^ V-y«r

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le D' E. ARNOULD, mddoein princi|)al de I" classe de l Arinéc.

E.-S. AUSCHER, dôlégiié déparloiiiontiil d'hygiène en Meino-et-f»iso*,'^_" ’/

le D'- J. BERTILLON, directeur honeraire de la Statistique do la Vin^3W'*^«ls. IcD'DOIZy, prihsident de la Goinmi.ssien d’hygiéiie de la Chambre des TKputés, le D' P. FAIVRE, inspeclenr des .Services adiuinislralifs an ministère de l'intérienr. Éd. FUSTER, professeur au Cullène do France.

D' IMBEAUX, ingéidenr .-n chef des Ponts él r.hiiu.s.s<Sos.

D' M. LETULLE. prof.-sseiir A la Faeuiie de .Mêdccino de Paris.

D' E. MARCHOUX, cljot de service à l lnstiiiU IMsIciir .le Paris.

D"R. MARTIAL, direclenr du Bureau d iivgienc île Douai.

D' L. MARTIN, directeur de l’hèpilal Pasteur.

D' ROUX, directeur dQ ITnstitul Pasteur.

G. TRÉLAT, direcleur dfe l'École spèciale d'Architecliirc. le D^ VINCENT, médecin inspeclour général de l'Armée,

LEGENDRE, Docteur es sciences. Secrétaire ç/énéral île la Itéilucliou.

GARNIER, ^ V ... 7 11:1 r

Raymond LETULLE, ^ . .

iJ/tGA .\'E OFFICIEL

IA cnrrEriC DE MEDECINE PUDLII.IUE E ! DE GÉNIE .^ANH AIHE

QUARANTE ET UNIÈME ANNÉE. - 1919

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REVUE

D’HYGIÈNE ^

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POLICE SANITAIIIE

La Revue d’hygiène et de police sanilaire entre dans, sa qua¬ rante et unième année d’existence, au moment les néces¬ sités de l’hygiène deviennent, en France tout particulièrement, plus impérieuses que jamais.

Le programme que s’était tracé son fondateur, notre vénéré maître E. Vallin, que nous avons l’honneur de toujours comp¬ ter au nombre des pionniers de l’Hygiène, n’a pas cessé de dominer toute rorienlation des problèmes scientifiques, éco¬ nomiques, adioinistratil's et sociaux en vue de la protection et de l’amélioration de lu santé publique. Ce programme a large¬ ment porté scs fruits; il suffit de se reporter aux travaux publiés dans la Revue et de constater les progrès réalisés sous leur impulsion.

S'il est légitime de proclamer qu’elle a pris une part pré¬ pondérante à ces progrès, elle doit s’efforcer maintenant de les développer, en insistant chaque jour davantage sur le but à atteindre et sur les moyens d’y parvenir, à savoir l’accroisse¬ ment et l’amélioration des conditions sanitaires de notre chère patrie.

L’étude et l’éducation professionnelle de l’hygiéniste, telles que’M. Vallin les définissait dès les premières pages de la Revue, sont toujours d’actualité; il convient de leur donner encore plus de précision et plus de compétence, et par suite, de leur assurer une autorité indiscutable.

Pendant les quatre années de guerre, il a bien fallu publier un certain nombre de réimpression de travaux déjà parus dans d’autres revues et écourter la rubrique biblio.tîraphique et les revues de journaux. Par des sacrifices de toutes sortes elle a pu

HEV. d’hYG. XI.I f

2 REVUE D’HYGIÈNE ET DE POLICE SANITAIRE

maiatenir quand même sa publioation, au mieux des circon¬ stances.

Aujourd’hui que la Victoire a récompensé les elForls delà France et de ses alliés, elle s’efforcera de reprendre sa régula¬ rité.

Ayant pour elle l’avantage de son ancienneté, de son renom de bon aloi, et d’être-restée la principale revue française trai¬ tant des questions d’hygiène, sa rédaction lient à ce qu’elle devienne plus en plus, pour le public français, un agent d’in- forinations techniques utiles et pour l’étranger le représentant des théories et des efforts de notre pays.

À ces conditions elle continuera de s’assurer,, en France et à l’étranger, un public nombreux parmMes services d’hygiène, les médecins, les architectes, les Pouvoirs publics et les admi¬ nistrations, les chimistes et ingénieurs sanitaires, les chefs d’industrie, les travailleurs, les diverses corporations sociales.

Pour cela, tout en laissant une place convenable aux études sur les grandes questions sociales : tuberculose, alcoolisme, natalité, syphilis, etc., on tiendra à y développer les mono¬ graphies d’ordre technique et pratique, les descriptions d’appa¬ reils et d’installation. Dès maintenant des mesures sont prises pour augmenter, dans un avenir aussi prochain que possible, la revue des journaux, s’efforcer de donner une bibliographie assez complète, non seulement des quesi ions d’ordre médical, mais aussi des travaux d’ordre technique, de tenir les lecteurs au courant' des progrès réalisés dans les pays l’hygiène pra¬ tique est l’objet de recherches suivies, notamment en Italie, en Angleterre, aux États-Unis, dans l’Amérique du Sud, au Japon, et quand les circonstances le permettront, dans d’autres pays plus voisins de nos frontières.

La Société de médeciné ■publique et de génie canitairï, qui a suivi de très près la fondation de la Revue d’hygiène et l’a tou¬ jours eu pour son organe officiel, lui apporte, par valeur et la variété de ses travaux, un appoint de plus en plus apprécié; il ne cesse de rester en complète harmonie avec sa direction.

11 nous est agréable de remercier et de souhaiter la bien¬ venue aux nouveaux membres du Comité de rédaction, MM. le D’’ Arnould, Auscher, le D' Bertillon, le. D'' Doizy, le René Martial, ainsi qü’à M. le D'' René Legendre, secrétaire général de la rédaction, qui veulent apporter leur concours autorisé et éclairé, ainsi que tout leur dévouement à notre œuvre com¬ mencée de relèvement de notre chère France par l’hygiène.

Sdr L’état sanitaire de la ville de lille

BULLETIN

CONSIDÉRATIONS

SUR L’ÉTAT SANITAIRE DE LA VILLE DE LILLE PENDANT L’OCCUPATION ALLEMANDE

par M. le D' A. C ADMETTE,

Sous-Directeur de Tlnstitut Pasteur de Paris.

Le bref exposé que je désire, présenter à l’Académie de Médecine* de l'état sanitaire de la ville de Lille pendant l’occu¬ pation "allemande n’a pas pour objet de dresser un nouveau réquisitoire contre les actes de cruauté exercés sur les popu¬ lations civiles, et par lesquels T’armée et la nation allemandes se sont déshonorées. Je me propose seulement d’en dégager quelques conclusions sur les mesures qui s’imposent aux pou¬ voirs publics s’ils veulent sauver d’une déchéance irrémédiable toute cette jeunesse ouvrière, jadis si laborieuse, dont nos villes dévastées du Nord de la France ont un pressant besoin pour assurer le relèvement de leurs ruines.

Immédiatement avant la guerre, la population de Lille était de 220.000 habitants. A la veille de la libération, elle était seulement de 110.000. L’écart de ces deux chiffres est dû, en partie, à la mobilisation et à l’exode qui précéda l’arrivée des troupes allemandes (60.000 personnes environ); en partie aux évacuations sollicitées vers la Belgique ou la France par la Suisse, et pour le reste (environ '21). 000), aux enlèvements de jeunes tilles ou de jeunes femmes, d’adolescents de quatorze à dix-huit ans et d’hommes de tous figes jusqu’à soixante-cinq, et parfois davantage, effectués par le pouvoir militaire occu¬ pant pour le travail forcé aux ateliers ou aux chantiers alle¬ mands de fortification sur le front de combat.

1. Séance du 28 janvier 1919

D'' A. CALMEÏTE

La mortalité générale, qui variait, avant la guerre, de 19 à 21 p. 1.000 habitants, s’est progressivemerit élevée :

En i91S, à . 27,73 p. 1.000

En 1916, à . 29,26

En 1917, à . 30,41

En 1918, à . '. . . . 41,65 -

Les causes principales de cet accroissement ont été, en pre- ,mier lieu, une terrible extension de la tuberculose, puis les' maladies organiques du cœur, la dysenterie épidémique et le scorbut, toutes affections provoquées ou aggravées par l'insuffi¬ sance alimentaire.

La mortalité infantile, surtout au cours des deux dernières années, a été très faible. Le nombre des naissances, qui était de 4.885 en 1913, tomba en 1915 à 2.154, en 1916 à 644, en 1917 à 602 et en 1918 à 609. Celui des décès de 0 à 1 an était en 1913 de 900. En 1917 et 1918 il s’abaissa respectivement à 97 et 94, soit 16,1 p. 100 et 15,4 p. 100 au lieu de 18,4 p. 100.

La proportion relativement faible des décès d’enfants de 0 à 1 an s’explique par ce fait que presque tous les nouveau-nés ont pu être allaités par leurs mères, le travail industriel étant complètement supprimé. Pas une goutte de lait de vache n’ayan t été distribuée à la population pendant ces quatre années, on fut forcé de recourir, comme complément de l’alimentation maternelle, au lait concentré fourni par le Comité de secours américain d’abord, puis hispano-hollandais. L’expérience a montré l’excellence tout à fait remarquable de ce régime. Avec l’usage exclusif du lait concentré, nos consultations de nour¬ rissons, qui n’ont pas cessé d’exercer leur activité, ont vu dis¬ paraître les entérites et les troubles gastro-intestinaux' aux¬ quels, avant la guerre, succombaient à Lille 18 à 21 p. 100 des bébés au cours de la première année.

Sur les adolescents et les adultes, l’infection tuberculeuse a déterminé de véritables hécatombes, et elle côntinue actuelle¬ ment ses ravages avec une Intensité terrifiante.

Avant la guerre, on enregistrait en moyenne 3,30 décès par tuberculose sur 1.000 habitants. Le taux de mortalité s’est régulièrement accru. A partir de 1916 et en 1918, il est de 5,73. Pour les sujets de un à dix-neuf ans, il devient presque

SUR L’ÉTAT SANITAIRE DE LA VILLE DE LILLE S

le double de celui du temps de paix (808 pour 191o-1918, contre i84 pour 1909-1912).

Les jeunes filles ont été plus particulièrement éprouvées, car la population féminine était beaucoup plus nombreuse. Mais beaucoup de jeunes garçons et de jeunes hommes, trans¬ portés par l’autorité militaire allemande sur les chantiers du front, nous sont revenus avec de graves lésions pulmonaires, et nous ne pouvons pas encore dénombrer ceux qui sont morts, souvent même sans que leurs familles en aient été informées.

Au cours des derniers mois le D'' Ducamp, directeur du Bureau municipal d’hygiène, a pu examiner 2.533 sujets de douze à quarante ans, des deux sexes, qui se présentaient aux restaurants populaires organisés par l’administration munici¬ pale. Sur 330 masculins, 28, soit 8 p. 100, présentaient des signes manifestes de tuberculose pulmonaire et 206, soit 58 p. 100, avaient des lésions ganglionnaires.

Sur 2.183 femmes ou jeunes filles, 18,12 p. 100 avaient de l’adénopathie trachéo-bronchique.

Cette énorme morbidité tuberculeuse résulte sans doute pour une part des contaminations familiales rendues plus fré¬ quentes par l’obligation de coucher, en raison des bombarde¬ ments très fréquents par avions alliés, dans des caves humides et froides, de vivre dans de^ logements non chauflfés, dont les fenêtres, faute de vitrage, étaient obturées par des planches ou du carton.

Mais elle est certainement due surtout à la déchéance phy¬ siologique des organismes, consécutive à la sous-alimentation trop longtemps prolongée.

Pendant les trois dernières années d’occupation les rations alimentaires distribuées à toute la population par le Comité de secours étaient très inférieures aux besoins normaux de jeunes organismes en période de croissance. Leur valeur énergétique moyenne ne dépassait que rarement 1.600 calories et descen¬ dait fréquemment, surtout au cours de l’hiver 1917-1918, à 1.400. Constituées surtout par du pain de seigle de mauvaise qualité, un peu de riz, de haricots, de céréaline, de maïs, de sucre, de lard ou de bœuf salé d’Amérique, elles étaient très pauvres en albumines assimilables et en graisses. Depuis plus

ü'- A. CALME'JTE

d’une année jusqu’aux heures délirantes de la libération, il n’avait plus jamais été distribué de pommes de terre, ni de viande fraîche. Les seuls légumes qu’on pût se procurer étaient des choux-raves, parfois des épinards, parfois des carottes. Le beurre et les œufs ne se trouvaient qu’exceptionnellement, à des prix fantastiques, inabordables aux petites bourses.

Comment s’étonner que, dans ces conditions, le scorbut et des œdèmes dus à la pauvreté des aliments en vitamines aient apparu eii grand nombre?

Dans les localités rurales des pays occupés, l’état sanitaire était incomparablement meilleur. Dans les campagnes, malgré les inexorables réquisitions allemandes, on cultivait deslégumes, on cachait'des pommes de terre, on élevait quelques lapins et quelques poiiles. Mais dans la grande ville à population dense, jadis si laborieuse, aujourd’hui réduite au chômage et à la mi.sère, on ne pouvait presque rien produire.

Sur desorganismesd’adolescentssi insuffisamment alimentés, la tuberculose devait fatalement trouver le terrain le plus favo¬ rable sa rapide diffusion. Et celle-ci est aujourd’hui si grande que, dans certains quartiers populeux, chez plus de (ÎO p. ÎOO des jeunes sujets de dix à vingt ans, on constate manifestement l’existence de quelque lésion pulmonaire ou ganglionnaire.

Un autre effet, non mojns alarmant, de cette sous-alimenta¬ tion prolongée fut l’arrêt de croissance subi par presque toute la jeunesse lilloise. Les enfants de quatorze ans paraissent en avoir dix, et, fait plus grave, la très grande majorité des jeunes filles de dix-huit ans ne sont pas plus développées que des fil¬ lettes de treize ans. Leur formation sexuelle ne s’accomplit pas. Enfin les maîtres d’écoles constatent chez le plus grand nombre un état psychique arriéré.

Quel peut être l’avenir de ces trois ou quatre générations d adolescents si l’on n’intervient pas d’urgence pour restituer à ces organismes appauvris les éléments qui leur ont trop long¬ temps manqué pour assurer leur développement normal?

Us formeront, au milieu de la saine et vigoureuse population du Nord, un îlot de quelque vingt mille dégénérés, tristes épaves surnageant au milieu des ruines de la grande guerre. Non seulement ils n’apporteront aucune aide à l’œuvre de relè¬ vement économique du pays, mais ils resteront à la charge de

SUll L'ÉTAT fANTPAlRE DE LA VILLE DE LILLE 7

ses services d’assistance et l’appauvriront encore davantage.

C’est pourquoi je crois nécessaire de pousser un cri d’alarme et d’appeler, du haut de cette tribune scientifique, l’attention des membres de l’Académie d’abord, puis celle de la nation tout entière, sur cet angoissant et douloureux état de choses créé dans nos grandes villes industrielles du Nord par l’occu¬ pation allemande.

J’estime qu’il faudrait tout d’abord, et dans le plus bref délai, organiser là-bas une œuvre de cantines d’écoles, tous les enfants de huit à seize ans, de familles ouvrières sans res¬ sources suffisantes, pourvus d’une fiche du Bureau d hygiène, recevraient chaque jour, pendant une année au moins, un repas substantiel dont la valeur alimentaire serait établie d’après les besoins de développement correspondant à leur âge.

A ces cantines d’écoles, qu’il serait facile de desservir au moyen de quelques cuisines roulantes de l’armée, les enfants seraient pesés, médicalement observés, et on contribuerait très utilement à leur éducation en leur donnant, après chaque repas, pendant cinq minutes, une courte et simple leçon orale sur un sujet d’hygiène.

Pour la seule ville de Lille une somme de trois millions couvrirait les dépenses de cette œuvre dont l’utilité pratique est évidente et dont l’intérêt social paraît indiscutable.

Parallèlement, il conviendra d’instituer la lutte contre la tuberculose au moyen du placement familial dans des cam¬ pagnes non dévastées par l’invasion ennemie et par des dis¬ pensaires pourvus d’un personnel technique expérimenté, assez nombreux pour que chaque famille de tuberculeux puisse être surveillée, assistée et éduquée en vue de la prophylaxie.

Il ne semble malheureusement pas que les pouvoirs publics locaux ou régionaux, qui vont être pour longtemps aux prises avec les graves problèmes de la reconstitution économique du pays, soient en mesure d’entreprendre l’exécution, pourtant indispensable, de ce programme. Il faudrait donc que de puis¬ santes associations privées ou, à leur défaut, l’Etat, le réali¬ sent, et il serait équitable que les charges financières qui doi¬ vent en résulter soient imposées au peuple allemand.

Lors de la discussion de la loi de réparation des dommages de guerre, personne, au Parlement français, ne s’est avisé de

E.-S. AUSCHER

réclamer qu’il soit tenu compte du préjudice causé à la santé de notre Jeunesse française par les procédés barbares, métho¬ diquement employés par nos ennemis dans le but de l’exter¬ miner. C’est une omission regrettable. Souhaitons que les émi¬ nents hommes d’État, représentants de la France au Congrès de la paix, aient à cœur de la réparer.

MÉMOIRES

LA RECONSTITUTION DES VILLES ET VILLAGES

par M. E.-S. AUSCHER,

Détégué départemental d’iiygiène en Seine-et-Oise,

Directeur du Bureau d’hygiène de la ville de Versailles, p. i.

Il se pose actuellement un problème qu’il semble bien diffi¬ cile de résoudre, c’est celui de la reconstitution des villes et villages ravagés dans le Nord et l’Est de la France sur une longueur de 450 kilomètres et sur une largeur moyenne de 50 kilomètres.

H paraît nécessaire que cette reconstitution ne se fasse pas sans que toutes les conditions de l’hygiène moderne ne soient appliquées, qu’elles soient relatives aux habitations, au tracé des villes et des villages, ou au régime des eaux, à l’évacua¬ tion des matières usées et à l’établissement des abattoirs.

Avant d’étudier ces questions, il importe de préciser la na¬ ture et l’étendue des ravages se rapportant :

Au sol, dont l’humus s’est trouvé enterré partout le tir de 1 artillerie a exercé son action destructive ; d’autre part, les tranchées, les boyaux, les terrassements, les trous creusés pour servir de postes d'observation ont tracé dans ces terrains des coupes allant parfois jusqu’à une profondeur de 5 à 6 mè¬ tres ; dans toutes les régions de l’Aisne, de l’Oise, du Pas-de- Calais la terre est drainée, ces drainages sont détruits.

LA RECONSTITUTION DES VILLES ET VILLAGES

Ajoutons que la charrue, pendant longtemps, rencontrera des obus non éclatés, des matériaux de tous genres et de toute espèce et l’on comprendra quel a été le bouleversement de ces régions.

Aux arbres fruitiers qui ont été systématiquement détruits dans une étendue considérable de trois de nos départements envahis ;

Aux arbres d’ornement des parcs et des jardins ;

Aux forêts totalement détruites, et, cette destruction ne sera pas sans avoir pendant de longues années, jusqu’à ce qu’elles soient reconstituées, un effet certain de modification sur le régime des eaux ;

Aux eaux souterraines qui ont vu leurs nappes coupées par les tranchées ; en de nombreux points l’inhumation des cadavres et celle des chevaux a modifié la nature et la compo¬ sition des eaux destinées à l’alimentation.

Par suite de barrages créés à certains moments sur les rivières pour tendre des inondations, les nappes phréatiques des bords des rivières ont également été modifiées et détournées ;

(1° A la plupart des puits des villes et des campagnes servant à l’alimentation qui ont été systématiquement détruits par des charges d’explosifs ; dans d’autres régions, les puits ont été encombrés de matières de tous genres et principalement de débris organiques d’alimentation, de fumiers, de cadavres de chevaux, etc. On a même dit que l’eau de certains puits avait été souillée au moyen de bacilles, sans qu’on puisse affirmer ce fait de façon certaine ;

Aux fleuves et rivières qui ont vu leurs quais et leurs berges, dans la traversée des villes, gravement endommagés et à la plupart des chutes d’eau qui servaient à l’industrie et en beaucoup d’endroits à produire l’énergie électrique, qui ont été systématiquement détruites ou dérivées pour tendre des inon¬ dations ;

A la zone envasée par suite des inondations tendues qui présente une grande surface dans ces régions; les eaux ont envahi les caves, déposé sur le sol des boues qui modifient complètement les conditions agricoles de ces terrains ;

Aux canaux qui ont eu presque partout leurs ouvrages détruits, leurs berges ravinées ;

H.-S. AUSCHER

10° Au régime des cours d’eau modifiés par suite de la com¬ plète disparition des arbres et de la destruction de tous les ouvrages ;

11" Aux carrières de pierre qui dan's bien des régions, no¬ tamment dans le Soissonnais, sont inexploitables pour une certaine durée ;

12“ Aux mines de charbon qui sont partiellement détruites partout et en différents endroits inondées ;

13° Aux mines et minières écrémées dans leurs parties ac¬ cessibles de manière à rendre les travaux d’exploitation ulté¬ rieure ou plus onéreux ou parfois impossibles ;

14° Aux routes nationales, départementales ou vicinales, chemins de toutes sortes, publics ou privés, dont l’état est lamentable ;

15° Aux ponts qui se trouvent sur le tracé de ces roules et dont la presque totalité a sauté avec, circonstance aggravante, la destruction des piles et de leurs fondations ;

16° A toutes lignes télégraphiques ou téléphoniques, totale¬ ment détruites;

18° Aux fermes isolées, à leur matériel agricole, à leurchepLel;

19° Aux villages totalement ou parliellemeni rasés pour la plupart ;

20° Aux grandes villes détruites ou brûlées avec une science consommée de l’art de détruire ;

21° Aux églises, cathédrales et temples; aux hôpitaux, hos¬ pices et orphelinats, aux écoles de tous genres ;

. 22° Aux services urbains d’électricité, de gaz, d’eaux, de voirie, de tramways ;

23° Aux chemins de fer, à leurs gares, tunnels, ponts, ou vrages d’art détruits sur une longueur prodigieuse ;

24° Aux industries agricoles, distilleries, sucreries, etc., si nombreuses dans le Nord ;

25° Aux industries de la métallurgie et en général à toutes les branches de l’activité industrielle : fabrication de papier, de cuirs, de verre, de céramique, de tissus, de vêtements, de produits manufacturés, etc. ;

26° Aux matières premières du commerce et de l’industrie qui n’existent plus sous aucune forme ;

27° Au mobilier des habitations.

LA RECONSTITUTION DES VILLES ET VILLAGES

Reconstitution.

Maintenant que l’on se rend compte de l’étendue du préju¬ dice, il importe de dire que pour le réparer il faudra une pro¬ digieuse main-d’œuvre comprenant des terrassiers, des ou¬ vriers du bâtiment, des artisans de toutes sortes.

A-vant que les usines puissent fonctionner et que la vie nor¬ male puisse reprendre dans les villes et dans les campagnes, comme on voit que les habitations sont détruites et l’alimen¬ tation en eau est incertaine, il importe avant tout de créer des cités provisoii’es formées de constructions de fortune qui per- -mettront d’abriter les travailleurs de la première heure.

Tout d’abord il faudra voir, étant donné le bouleversement du sous-sol, si certains villages devront se reconstruire sur le même emplacement que le village ruiné; il faudra également voir, pour la généralité des villes et des villages, si les tracés anciens des rues devront se perpétuer.

Qui de nous n a remarqué dans des villes comme Reimsi Soissons ou Arras, des rues trop étroites à tracés illogiques, bordées de mai.son d’une hauteur excessive, ne permettant la dislri!)ulion ni de l’air, ni du soleil. 11 importe donc, comme une loi récente vient de l’exiger, que des plans d’alignement soient établis avec un tracé logique, donnant aux rues le plus de largeur possible, créant des espaces libres, des jardins en pleine ville, établissant dans la périphérie des quantités de petites maisons entourées de jardinets pour la population ouvrière, ce qui semble être la forme moderne de la cité des travailleurs.

Certes, le Conseil supérieur d’hygiène publique de France a-t-il en lOiri' dressé un règlement sanitaire spécial pour les cités à reconstruire, et qui doit être mis à la disposition de ceux qui seront chargés de tracer les plans d'alignement, mais il importe d’insister auprès de tous les architectes, auprès de tous ceux qui, à un titre quelconque, seront chargés de donner leur avis au sujet de ces tracés pour qu’ils considèrent que la formule de la maison à étages trop nombreux est entièrement bannie par tous les hygiénistes.

Le tracé d’un plan d’alignement va soulever une foule de

E.-S. AUSCHER

problèmes de droit et de propriété; les recherches de limites de propriétés dans un sol aussi-ravagé, alors que la plupart des titres ont été déltuits ou brûlés dans les greffes ou dans les études de notaires vont être fort compliquées à résoudre ; pour le passage des chemins et routes sur des tracés nouveaux, il va falloir des expropriations avec toutes les formalités qu’elles comportent.

Le travail préliminaire sera donc rendu très difficile, car la plupart des villes et des villages ne sont plus qu’un amas de décombres calcinés, et pour certaines villes comme Reims, Arras, Saint-Quentin, ces amas sont prodigieux. L’imagination se refuse à concevoir le cube de matériaux ainsi accumulé les obus à explosifs ont commencé la destruction et les engins incendiaires ont terminé l’œuvre. Il faudra déblayer Ces millions et millions de mètres cubes, dégager d’abord les rues pour permettre l’accès des ruines' des maisons et des usines et ce ne pourra être fait que lorsqu’on aura trouvé des décharges publiques, des dépôts de démolitions dont la sur¬ face devra être considérable : peut-être faudra-t-il exproprier des terrains à cet effet, ou pour d’autres, procéder à l’oCcupa- tion temporaire, pour loger ces débris inutilisables, presque totalement calcinés.

Voilà donc la question des transports et des routes qui inter¬ vient et qui pour chacune des opérations consécutives va prendre une importance croissante. Comme nous l’avons vu, il faudra prévoir des baraquements, des habitations de for¬ tune pour ce déblaiement -et, il reste quelques locaux uti¬ lisables. avec quelques réparations, il faudra les aménager de manière à les clore, à les couvrir et à les rendre temporaire¬ ment habitables.

Ce premier stade ne se fera point sans ravitailler eh aliments, en secours médicaux et pharmaceutiques, en matériaux tels que bois de construction, bois de chauffage, carton bitumé, yitres, etc., le personnel chargé de ce travail prélim^inaire et qui selon moi sera forcément limité par la pénurie des moyens de transport relatifs à l'enlèvement des déblais. Ne sera-t-il pas nécessaire en ‘bien des endroits d’établir des voies ferrées larges ou étroites pour ne pas recourir à la traction hippomobile ou automobile presque impossible en ce moment dans ces régipns.

LA, KECO’NSTITUTION DES VILLES ET VILLAGES

L’alimentation en eau, l’évacuation des matières usées de èette population provisoire devront être étudiées avec soin, les règles appliquées pour les armées en campagne avec succès, il faut le dire, pourront trouver leur place en pareil cas; la javellisation des eaux suspectes, l’incinération des ordures ménagères devront être rigoureusement exécutées.

Le déblaiement suffisamment avancé et le tracé d’alignement adopté (et nous espérons que nulle préoccupation étrangère au souci de la beauté et de la salubrité des villes et villages ne sera prise en considération), il faudra créer ou rétablir dans les grandes villes les services des eaux, des égouts, ceux des abattoirs, rétablir les usmes à gaz et d’électricité et ce d’après les principes les plus modernes. Nous manquons en France d’abattoirs munis de frigorifiques : n’y a-t-il pas lieu de pro¬ fiter de la circonstance pour doter le Nord et l’Est de la France d’installations analogues à celles qu’un grand nombre d’entre nous ont visitées dans les pays étrangers et qui seraient certes un des moyens d’aboutir en ce qui concerne la cherté de la vie à une amélioration notable.

Rappelons également à ceux qui seront chargés de l’exécu¬ tion des services d’eaux et d’assainissement que des circulaires du ministère de l’Intérieur, rédigées par le Conseil supérieur d’hygiène de France, ont précisé les conditions d’établissement de ces services.

En bien des endroits, et cela a souvent été remarqué, des localités voisines les unes des autres dépensent des sommes considérables pçur leurs services d’eaux; n’appartiendrait-il pas en l’espèce, en étudiant la géologie de ces régions, de grouper les villages et de les alimenter collectivement en èau ; c’est un problème d’une importance extrême que de doter toutes ces communes non seulement d’eau, mais d’eau abon¬ dante et pure et de vulgariser ainsi, par ce moyen qui semble efficace, l’idée de propreté et de salubrité chez les populations.

Dans les villages et dans les campagnes il faudra de toute urgence remettre en état les puits ;èt les sources : un service technique spécial semble devoir être créé qui visitera les puits encore utilisables, analysera les eaux, curera à fond ces puits et les désinfectera au moyen d’une javellisation intense. Ce même service pourra s’occuper de la désinfection des caves : on

14 E.-S. AÜSCHER

sait, en effet, que dans bien des villes les inondations tendues ont envahi à la fois les fosses d’aisances et les caves, qui sont restées couvertes, quand les eaux se sont retirées, de boues fétides; dans d’autres caves, les eaux subsistent encore et il faudra les assécher au moyen de pompes. Ces caves ont besoin d*être désinfectées, et le sulfaté de fei' ou le chlorure de chaux joueront leur rôle assainissant habituel.

Pour les sources, les mêmes personnes examineront si leurs badins ne se trouvent pas modifiés par suite de la création de cimetières, de l’enfonissement de matières organiques ou de •cadavres de chevaux et, le cas échéant; prendront des mesures pour mettre fin au danger de contamination.

En même temps quefces services généraux, les rues auront été rétablies, de même que les voiés de communication. Alors il s’agira de reconstituer le plus rapidement possible ce qui fut l’œuvre de douze siècles et pour bâlir il faudra tous les maté¬ riaux de construction : pierre, brique, chaux, ciment, bois, fer, tuile, ardoise, zinc, plomb, fonte, verre à vitres, etc., etc. Combien de temps faüdra-t-ilpour amener à pied-d’œuvre tous ces matériaux ; combien d’usines faudra-t-il pour les fabriquer. Notons encore que les ouvrière du bâtiment, sauf les maçons, ne s’improvisent pas facilement et que par suite le nombre de maisons que l’on paprra construire à la fois sur cette énorme zone ravagée sera limité forcément.

Si l’on songe que d’un autre côté, dans toute la France, l’entretien des. maisons et d’un grand nombre d’usines celles qui' n’ont pas travaillé pour la guerre n’a pas eu lieu, depuis la mobilisation, en raison de la cherté des matériaux et de l'extrême rareté de la main-d’œuvre, on comprendra que ce serait leurrer les habitants que de leur promettre un trop prompt retour dans leur pays.

Etant données lés centaines de milliers de maisons détruites, les milliers d’usines ravagées, il faudra un nombre- de’wagons si grand, qu’il semble avant tout nécessaire de tripler ou de quadrupler 1 importance de toutes les gares de marchandises, de créer des lignes nouvelles; mais n’est-il pas chimérique de parler d a,grandissement et d’extension de voies ferrées, alors que toutes celles qui existent actuellement sont pratiquement •détruites et ne fonctionnent que par des moyens de fortune et

LA RECONSTITUTION DES VILLES ET VILLAGES 15

dans des conditions d’exploitation qu’il y a lieu de modifier le plus vite possible.

Le problème de la reconstruction est donc un problème de transports, mais c’est aussi un problème d’ordre et d’organisa¬ tion , et aux demandes de matériaux qui se feront de toutes parts en même temps, il faudra imposer un service rationnel de distribution. Une volonté puissante" et nne grande unité de direction seront nécessaires pour éviter des à-coups ; peut-on exprimer le vœu qu’une seule administration puisse être chargée de tout ce qui a trait à cette reconstitution, qui semble dépendre actuellement de cinq ou six ministères?

En ce qui concerne les usines, il ne faut pas oublier qu’un grand nombre d’entre elles, telles que distilleries, féculeries, amidonneries, lavages de laines avaient pris avant la guerre la fâcheuse habitude de souiller les cours d’eau; il en est peu qui jusqu’à présent aient .adopté les méthodes de décantation et d’épuration classiques. Il importera que pareil état de choses ne puisse plus exister et que la reconstruction de ces usines se fasse dans des conditions logiques; les lois sur l’hygièue et la sécurité des travailleurs, celles relatives aux statuts des indus¬ tries et notamment la loi Chaulemps devront être rigoureuse¬ ment appliquées.

Longue sera la reconstitution de notre industrie, les Alle¬ mands ayant systématiquement détruit les usines et emporté le matériel; ils comptaient de la sorte doubler leur pro¬ duction, nous enlever notre clientèle et rendre par suite tardive, sinon impossible la reprise de notre prospérité indus¬ trielle.

D’autre part, nos usines de l’arrière, si elles peuvent produire par exemple des moteurs ou des moto-pompes en séries, ne sauraient fabriquer d’avance des machines d’imprimeries, de filatures et de tissages, sans savoir si l’écoulement en est assuré. Certes, dans les usines de guerre, on va se mettre à fabriquer les éléments dont l’usage est forcé en quelque sorte (châssis de portes, de fenêtres, quincaillerie de bâtiment, appareils de chauft'age, fourneaux de cuisine et tuyaux, robinets d'eau et de gaz, fonte de bâtiment, moteurs à essence, etc.), niais pour les outils spéciaux il semble nécessaire que l’Allemagne

E.-S. AUSCHER

restitue tout ce qu’elle a emporté au cours de cette guerre, eu y ajoutant le matériel de ses propres usines.

En résumé, et d’après des renseignements qui m’ont été donnés, la remise en état du sol sera impossible en certains points; sur de très vastes étendues il faudra bien du tempspour que se reforme la couche d’humus nécessaire à la culture, notamment dans les terrains Vecouverts de vase. La grande culture sera rendue également impossible par suite du fraction¬ nement du sol entrecoupé de tranchées et ouvrages militaires de toutes sortes qu’il sera nécessaire de combler et niveler, et pourcela ilfaudra aussi une main-d’œuvre importante, par suite aussi de la destruction des drainages.

On devra, le plus rapidement possible, replanter des arbres fruitiers, reconstituer les vignobles de la Champagne, et hâter le repeuplement des forêts pour rétablir le régime des eaux souterraines.

Le cheptel ne se refera que progressivement lorsque l’état du sol le permettra.

La solution de ce grave problème, comme nous l’avons dit, dépendant de l’importance des moyens de transports, il faudra les multiplier pour amener sur place les produits venus de l’arrière, ceux venus de chez' nos alliés et des pays neutres, mais aussi et surtout ceux que les Allemands auront à nous livrer et qui devront consister en rails, traverses, matériaux d’empierrement, wagons, voitures de tous genres, matériaux de construction, etc.

Nous avons esquissé d’ensemble le plan de ce travail et envi¬ sagé les questions multiples que soulèvera le problème delà reconstitution. La Revue d' Hygiène étudiera par le détail, maintenant que ses lecteurs connaissent cette terrible situation, ce qui a trait plus particulièrement à l’hygiène des villes et des villages, à l’installation des abattoirs, des services d'eau -et d’assainissement, etc.

LOGEMENTS OUVRIERS A LILLE APRÈS LA GUERRE

LA QUESTION

DES LOGEMENTS OUVRIERS A LILLE APRÈS LA GUERRE par M. A. CALMETIE.

Parmi les nombreuses questions que les Administrations municipales auront à étudier, l’une des plus importantes est celle relative aux logements ouvriers pendant la période d’après-guerre.

Il s’agit d’un problème déjà difficile à solutionner en temps de paix dans toutes les villes industrielles dont la population, portant le poids d’un passé lourd de traditions souvent routi¬ nières, est insouciante des réglementations que rend indispen¬ sables la nécessité de sauvegarder la santé publique.

Il apparaît encore plus complexe dans la ville de Lille, après les dévastations, les bombardements, les incendies, les ruines, les catastrophes qui l’ont éprouvée. Et pourtant il faut qu’à peine délivrée de son douloureux et long martyre, Lille se liàte de panser ses blessures et de renaître à la vie industrielle et sociale.

Pour que cette renaissance soit saine et rapide, il faut qu’elle s’accomplisse sous une direction éclairée, méthodique et ferme, résolue à ne tenir compte des intérêts particuliers ou des consi¬ dérations de politique locale que dans la mesure la réalisa¬ tion de ses buts essentiels n’en sera, à aucun degré, compro¬ mise.

Nous avons à établir le programme de cette action directrice pour ce qui concerne le repeuplement de notre ville et Vaccvoia- sement futur de sa population ouvrière.

I- Repeuplement. Logements ouvbiers provisoires.

Pour que le repeuplement puisse s’effectuer alors qu’il nous manque plus de 2.000 maisons détruites par les bombardements ou par 1 explosion du 11 janvier 1916 et qu’un grand nombre

D‘- A. CAUIETTE

d’autres ont besoin de réparations importantes pour être ren¬ dues habitables, il faudra tout d’abord fixer pour chaque mai¬ son le nombre de personnes qui pourront être admises à y loger. Une feuille indicatrice, dressée par le Bureau d’hygiène,^ devra être affichée dans un endroit très apparent, à l’intérieur de chaque immeuble, pour informer le public qu’il est interdit aux propriétaires, locataires ou gérants, de recevoir dans cet immeuble d’autres personnes que celles qui sont pourvues, par les soins de la police municipale, d’une carte (Te logement. Cette carte ne devra être délivrée qu’aux personnes justifiant de moyens d’existenceetà celles dont un groupement corporatif sera responsable, par exemple aux ouvriers embauchés par une entreprise, ainsi qu’à leurs familles. On évitera, grâce à cette précaution nécessaire, le retour prématuré de ceux dont le fo-yer a été détruit, l’invasion de nouveaux venus en quête de travail ou d’assistance, la vague déferlante des miséreux, des vicieux et des criminels, et le surpeuplement qui engendre¬ rait le désordre et les épidémies meurtrières.

Cette mesure préliminaire permettra d’attendre que des habi¬ tations provisoires en bois soient construites pour fournir un abri, en premier lieu aux familles dont les maisons n’existent plus, et ensuite aux ouvriers en famille et célibataires qu’atti¬ reront sans doute en assez grand nombre les offres de travail et de salaires de nos industries.

Nous avons estimé que l’emplacement le plus favorable pour ces habitations provisoires était toute l’étendue des glacis des fortifications entre la porte de Béthune et la porte de Douai ou môme la porte de Valenciennes. Cet emplacement offre de nombreux avantages ; il est bien aéré, balayé par les vents dominants d’ouest et du sud-ouest, surélevé et naturellement drainé, à proximité des centres de travail et cependant assez isolé pour qu’on n’ait rien à craindre, pour la ville elle-même, des risques dej,contagion épidémique.

Ces vastes terrains militaires pourront vraisemblablement être mis sans difficultés à la disposition de la Ville en attendant qu’une décision officielle intervienne au sujet du démantèle¬ ment. Ils offrent les meilleures conditions d’hygiène que nous puissions désirer. Tout en respectant leurs rangées d’arbres qui devront orner plus tard les nouvelles promenades de la

LOGEMENTS OUVRIERS A LILLE APRÈS LA GUERRE 19

ville on peut y construire un très grand nombre de petites maisons en bois ou en matériaux de réemploi, soit isolées, soit groupées en corons.

Le D'' Ducamp nous a communiqué des plans-types de ces maisons, qui ont été proposés en Belgique pour la reconstitu¬ tion provisoire des villes détruites. Ils nous paraissent très acceptables. M. Villain, président de la Société des Architectes du Nord, s’est chargé de les étudier et de dresser un avant- projet pour le groupement de ces maisons sur les emplace¬ ments indiqués ci-dessus. Nous l’avons prié de prévoir l’amé¬ nagement, de distance en distance, d’une petite agglomération de locaux comprenant : poste d’incendie et de police, poste de secours pour malades avec dispensaire et infirmerie, bains- douches, lavoir public et cuisine populaire. On devrait y pré¬ voir Qrussi une annexe d’un bureau de placement municipal dont le siège central se trouverait à l’iiûtel de ville.

Il sera relativement facile d’organiser, dans ces villages en bois provisoires, une distribution d’eau potable branchée sur la canalisation actuelle d’eau d’Emmerin et d’a.ssurer par les chemins de ronde des fossés des remparts, un service régulier d’enlèvement des matières fécales et des ordures ménagères, ainsi qu’un dispositif simple d’évacuation des eaux-vannes.

Nous demandons que l’Administration municipale fasse construire elle-même ces villages, et qu’elle en loue, sans intermédiaires, les maisons, soit directement aux familles, soit à des gérants responsables pour les groupes d’habitations col¬ lectives destinées aux ouvriers célibataires. Le prix de location sera calculé pour amortir exactement en dix années, sans l)énéfices, les dépenses de construction et d’exploitation elles frais d’emprunt.

Nous demandons en outre qu’un arrêté municipal interdise l’installation et l’ouverture de tout débit de boissons alcooliques dans l’étendue du périmètre occupé par les villages provisoires et que soit seulement autorisée la vente, dans des édicules démontables et amovibles, de bière, cidre, café, thé, chocolat, limonades et eaux gazeuses.

On devra veiller à ce que ces installations restent provisoires et qu’on ne soit pas tenté de les conserver trop loogleinps. Il serait désirable qu'une décision fût prise, ordonnant leur dis-

)>■ A. CALMETTE

pariüon totale lorsque aura lieu le démantèlement et, en tout état de éause.'dans un délai maximum de dix années.

Avant l’expiration de ce délai, la Ville devrait avoir pourvu à la création de nouveaux quartiers et à l’édification d’un nom¬ bre suffisant de maisons ouvrières pour que toutes les mesures restrictives concernant l’immigration et l’élection de domicile dans l’ancien périmètre urbain puissent être abrogées.

11. _ NÉCESSITÉ DE l’extension DE LiLLE PAH ANNEXION DES COMMUNES SUBURBAINES POUR LA CRÉATION DE NOUVEAUX QUARTIERS AFFECTÉS AUX LOUEMENTS OUVRIERS DÉFINITIFS.

La reconstruction des quartiers qui ont subi de graves dom¬ mages de gperre et la destruction des immeubles ou blocs d’immeubles non endommagés dont l’expropriation pour cause d’insalubrité s’impose, entraînent nécessairement une réduc¬ tion assez importante du nombre des logements disponibles pour les ouvriers et les petits ménages. Si l’on n’y prend garde, il pourrait en résulter une hausse excessive des loyers et l’obli¬ gation pour une grande partie des travailleurs d’émigrer dans la banlieue où, dès lors, ne tarderaient pas à se créer des foyers d’insalubrité par surpeuplement, et ces foyers seraient d’autant plus dangereux qu’ils échapperaient complètement à la surveillance sanitaire du Bureau d’hygiène.

Nous serions parvenus, il est vrai, à supprimer beaucoup de taudis, mais sans faire reculer la misère. Nous aurions trans¬ porté le mal ailleurs en l’aggravant. Nous aurions assaini les vieux quartiers de notre ville en y ouvrant de nouvelles et larges rues, en y favorisant l'édification de beaux immeubles de rapport, en y développant le commerce et le bien-être, en y attirant la richesse, mais nous y aurions fait le vide en expul¬ sant tout le peuple des travailleurs, au préjudice de nos indus¬ tries et au préjudice aussi du budget municipal.

Il faut craindre en outre que les initiatives des Sociétés immobilières, celles des Sociétés dites de logements à bon marché ou même celles des particuliers, si elles ne sont pas surveillées, réglementées ou dirigées, ouvrent bien vite la porte aux spéculations les plus âpres et conduisent à l’accapa

LOGEMENTS ÜUVIÎIEUS A LILLE APRÈS LA GUERRE

rement des terrains le mieux appropriés à la construction de maisons ouvrières.

11 est donc nécessaire de prendre des mesures pour que ces éventualités ne puissent pas se produire.

A cet elTel, la plus urgente nous paraît être que, s’appuyant sur la nécessité de réaliser au plus vite le démantèlement pour répondre à ses besoins d’expansion et favoriser son essor industriel, l’Administration municipale se hâte de demander l’annexion à la ville de Lille des communes suburbaines qui l’enserrent étroitement et menacent de drainer toute sa population de travailleurs.

Alors qu’en 1881 l’ensemble des dix communes de banlieue qu’on peut appeler immédiate (comprenant : Facbes-Tliumes- nil, Hellemmes, Lambersart, Lomme, Loos, La Madeleine, Marcq-en-Barœul, Mons-en-Barœul, Bonchin, Saint-André) groupait seiilementi 45.o93 'babitanls, on en comptait déjà 83.170 en lt)l)6 et 94.58-2 en 1913 : Le tableau ci-après montre avec quelle rapidité s’est elîectué cet accroissement ;

1881 1906 1913

Kaclies-Tliiiuiesnil . .

Hellemmes .

Lambersar! .

La Madeleine .

Marcq-en-Rarœul. . . .Mons-en-Barœul . . .

Roncliin .

Saint-André .

Totaux .

G.iiss

9.. 326 lü.'ei ll.fiÜS 13.G9',I

G. 030

Si l’on ajoute au total de la population suburbaine en 1913 les 12.G40 âmes des communes de Fiers (.3.000 âmes), de vastes terrains actuellement nus pourraient être aménagés on champs de course et aérodrome, de Marquette. 'o.GlO âmes) et 'Lezennes (2.080 âmes), qu’il y aurait lieu de comprendre aiif.si dans le projet d’annexion, ou voit que la population de .Lille, qui tendait à décroître depuis quelques années et qui comptait au dernier recensement 217.807 habitants, devrait s'élever.

Df A. CALMETÏE

après l’annexion des 13 communes de banlieue sus-indiquées, à 324.729 âmes*.

Nous n’avons pas à exposer ici les avanlages considérables qui résulteraient de ces annexions pour le budget futur de la ville, mais ces avantages ne seraient pas moins grands au point de vue sanitaire qui nous préoccupe surtout. En effet, outre que la surveillance des services du Bureau d’hygiène s’étendrait à tous les immeubles actuellement situés dans la zone suburbaine, mais qu’habitent des personnes travaillant pour la plupart à Lille, ce serait un immense bienfait pour toutes ces populations de les faire profiter des grands travaux d’assainissement projetéà : établissement d’égouts avec épu¬ ration des eaqX'Vannes et des eaux résiduaires industrielles, adduction d’eau industrielle, distribution d’eau alimentaire stérilisée, enlèvement mécanique et incinération des ordures ménagères, etc.

Nous estimons donc que le moment est favorable pour récla¬ mer ce nouvel agrandissement de la ville de Lille par annexion des communes suburbaines. Au point de vue économique, c’est une mesure qui s’impose et il est néces.salre de la réaliser pour que la ville de Lille puisse se procurer les terrains indispen¬ sables à la construction de nouveaux quartiers ouvriers.

Ceux de ces terrains qui nous paraissent le mieux situés et appropriés à un lotissement convenable peuvent être cherchés

1. En 1881 la population de Lille était de 169,268 habitants. Elle a subi, à partir de cette époque, diverses oscillations ascendantes et descendantes. Les recensements successifs ont indiqué :

203.4»] habitonls.

201.211 - 216.276

220.373

205.02.7

217.807

Avant l’annexion des communes de Wazemmes, Moulins, Esquermes et Fives, en 1856, Lille ne comptait que 78.641 habitants. Les communes anne,xées portèrent sa population, lors du recensement de 1861, à 123.4,18 habitants. Cette période marque le début de la grande prospérité industrielle de Lille. Un très grand nombre de maisons furent construites qui fi^xcrent à Lille beaucoup de familles. C’est à cette époque que furent créés le boulevard de la Liberté, le boulevard des Écoles, le boule¬ vard Louis-XIV, les rues Nationale, Solférino, des Postes, Nicolas- Leblanc, Inkermann, Brûle-Maison, Jean-Bart, de Valmy, etc.

En 1880

LOGEMENTS OUVRIERS A LILLE APRÈS LA GUERRE 23

entre les portes de Béthune et des Postes, pntre Honchin et Lezennes, à Saint-André et à Marquette.

Il faudrait que, sans se laisser arrêter par les lenteurs de la procédure relative aux annexions, et précisément dans le but de faciliter et de hâter celles-ci, l’Aminigtration municipale se décidât à acquérir elle-même, dès la fin des hostilités, une surface de terrain d’au moins 100 ou loO hectares, divisée en 3 4 lots, et qu’elle prononce immédiatement l’interdiction d’y bâtir.

Après avoir fait établir un plan d’ensemble pour chacun de ces lots, indiquant les rues, les squares, l’emplacement des espaces qu’il y aurait lieu de réserver pour la construction d’écoles, de monuments publics, d’églises, etc., déterminant enfin, d’une part, le tracé des canalisations d’égout, d’eau potable et industrielle pour les services publics, de gaz, d’élec¬ tricité, des voies de tramways et, d’autre part, les clauses, réglementations et conditions diverses auxquelles devront se conformer les constructeurs et les propriétaires d’immeubles, il nous paraît que le mieux que puisse faire la ville serait de provoquer, comme le lui permet la loi du 14 avril 1900, la formation d’une Sociélû'wnnobilikre dont elle souscrirait la ma¬ jorité des actions, une partie importante de celles-ci étant d’autre part souscrites par le Bureau de bienfaisance.

Cette Société se substituerait à la ville pour l’exécution des plans arrêtés par celle-ci. Elle aurait à s’assurer le concours de techniciens expérimentés et d’hygiénistes, et se mettrait immé¬ diatement à l’œuvre. On commencerait par ouvrir dans chaque lot les voies de communication et lorsque celles-ci seraient achevées, pourvues de leurs égouts, de leurs canalisations d’eau, de gaz, d’électricité, de leurs trottoirs, de leurs voies de tramways et de leur pavage, on délivrerait, mais alors seulement, les autorisations de bâtir.

Les clauses, réglementations et conditions imposées pour l’obtention de celles-ci devraient comporter, entre autres :

1“ La fixation d’une hauteur maxima de la construction, hau¬ teur qui ne pourra, en aucun cas, dépasser la largeur de la rue;

L’approbation du plan par le service d’architecture muni¬ cipal et par le Bureau d’hygiène ;

3“ L’obligation de réserver pour plantations et jardins, en

D'- A. CALMETTE

dehors des voies publiques, une surface de terrain non bâtie égale à 60 p. 100 de la surface de terrain à couvrir de cons¬ tructions;

La fixation pour chaque logement, d’après son cubage d’air (25 mètres cubés au minimum par personne), du nombre de personnes qui pourront être autorisées à l’habiter;

0" L’obligation d’installer une prise d’eau potable et une prise de gaz par chaque logement de deux .pièces ou davantage ; l’éclairage électrique dans chaque vestibule d’entrée et dans chaque pièce d’habitation; un évier-vidoir à siphon et un water-closet à effet d’eau pour chaque famille, ou pour 20 per¬ sonnes dans les maisons collectives ;

L’interdiction de creuser aucun puits ni aucun puisard ;

7“ L’interdiction d’ouvrir aucun cabaret ou débit de boissons alcooliques et de sous-louer tout ou partie d’un logement sans y être autorisé par te Bureau d’hygiène ;

8“ L’interdiction absolue de vente ou d’aliénation de l’im¬ meuble.

La Société immobilière concessionnaire de chaque lot, qui devra comprendre au moins 200 maisons, s’obligera à créer pour chaque groupe d’environ 2.000 habitants une buanderie avec, séchoir et bain-douches, une garderie d’enfants, un dis¬ pensaire avec poste de secours pour malades, un poste de secours d’incendie et une bibliothèque populaire circulante.

Elle s’engagera en outre à ne construire elle-même, ou à ne laisser construire qu’avec des matériaux salubres et selon les principes de l’architecture sanitaire moderne : isolement des murs de fondations pour les mettre à l’abri de l’humidité du sol ; substitution du bois aggloméré sans rainures ou de pro¬ duits similaires aux parquets de bois; suppression des frises, des corniches et des nids à poussières; remplacement des pa¬ piers peints par des peintures lavables, etc.

Enfin, on ne devra pas hésiter à imposer, et ce, dans l’in¬ térêt même des Sociétés immobilières puisque toute perte de temps est une perte d’intérêt d’argent un délai pour 1 achèvement des constructions dans chaque quartier, afin que la population ouvrière abritée dans des baraquements provi¬ soires trouve rapidement à se loger dans des conditions satis¬ faisantes de confort et d’hygiène.

LOGEMENTS OUVRIERS A LILLE APRÈS LA GUERRE

Telle est la voie dans laquelle il convient, à notre avis, que s’engage résolument la ville de Lille, si elle veut éviter le dé¬ peuplement que ne manquerait pas d’entraîner le renchérisse¬ ment des loyers.

D’autres villes, menacées du même danger, n’ont pas hésité à construire elles-mêmes des maisons ouvrières. A Stockholm, par exemple, la municipalité abrite, dans des maisons qui lui app(irliennent, plus de 1“2.000 familles, et c’est grâce à l’amé¬ lioration de ses logements ouvriers que celle ville est devenue l’une des plus salubres de l’Europe. A Genève, la municipalité gère elle-même ses maisons ouvrières. A Lausanne on a expé¬ rimente comparativement les deux méthodes de la régie directe et de l’initiative privée subventionnée. La comparaison n’a pas été à l’avantage de cette dernière. Plus près de nous, à Liège, la ville possède beaucoup d’actions des principales Sociétés de construction des maisons à bon marché et, depuis 11)07, elle prête directement de l’argent, sur hypothèques, 6.500 francs au maximum, remboursable en 60 annuités, aux ouvriers désireux d’acquérir une maison de famille.

Nous ne pensons pas qu’on doive aller aussi loin, car la question de savoir s'il y a lieu de pousser l’ouvrier à l’achat de la maison qu’il habile, de favoriser chez lui l’accession à la propriété, est très discutable. Il n’est pas du tout certain que la perspective d’acquérir, par paiements échelonnés, une maison individuelle, soit bonne pour tous les ouvriers ou tous les employés. Ce peut être un mirage qui draine les économies et dont les intéressés ne retirent rien si la mort, la maladie ou même le chômage prolongé survient avant leur libération com¬ plète. Il arrive en outre que souvent les frais d'entretien sont très lourds. Et puis la propriété immobilière enlraîne l'obli¬ gation de la résidence qui, dans les villes industrielles et pour beaucoup de professions, est susceptible d’arrêter net le déve¬ loppement d’une carrière. Dans les campagnes, il en est tout autrement. Là, au contraire, il yapresque toujours le plus grand inlérêl à stabiliser l’ouvrier et à lixer l’agriculteur sur le sol.

Pour remédier à certains de ces inconvénients, la loi fran¬ çaise a envisagé la possibilité de recourir aux assurances ; mais celles-ci sont une charge supplémentaire qui rend l’accès de la pleine propriété encore plus lourd et difficile.

D*- A. GALMETTE

Il vaut donc mieux ne pas favoriser des combinaisons qui ne présentent que des avantages aussi discutables. On fera œuvre éminemment utile, au contraire, en organisant méthodiquement la construction de logements ouvriers salubres, multipliés en assez grand nombre pour qu’on n’ait pas à craindre l’excessive cherté des loyers, et réunissant toutes les conditions d’hygiène, d’agrément, de confort qui font l’attrait du foyer familial, entretiennent en un bon état les fonctions physiologiques et intellectuelles de l’individu, l’éduquent et le moralisent.

III. Hôtelleries ouvrières.

Il est évident que les maisons ouvrières dont il vient d’être question ci-dessus sont surtout destinées et doivent être réservées aux petits ménages de travailleurs manuels qu’il y a le plus grand intérêt à attirer et à retenir dans la ville pour qu’ils contribuent à son développement industriel et qu’ils y fassent souches d’ouvriers d’élite.

Or, à côté de cette population sédentaire, Lille, comme toutes les grandes cités, fournit du travail à une foule d’étran¬ gers, célibataires pour la plupart, ou qui n’y trouvent qu’une occupation momentanée, Il ja’est pas douteux qu’aussitôt après la cessation des hostilités, l’énorme demande de main-d’œuvre qui va se produire appellera ici un nombre considérable d ouvriers cette catégorie. Il faut être prêts à les recevoir.

Jusqu’à présent, ces « isolés » cherchaient et trouvaient un abri chea des logeurs, cabaretiers pour la plupart. Cet abri consiste trop souvent en un mauvais grabat ou un matelas mal¬ propre, étendu sur un plancher sur lequel 12, parfois 15 malheureux, ruminent côte à côte pendant la nuit la même atmosphère empuantie et malsaine. Il en coûte malgré tout 50, 60 ou même 73 centimes pour dormir dans de telles condi¬ tions, et cette dépense est toujours aggravée par l’absorption de nombreuses chopes et de multiples verres de genièvre sur le comptoir de l’hôtelier.

On peut s étonner que, malgiré ce régime profondément abêtissant, déprimant et démoralisateur, l’organisme humain soit encore capable de certains efforts physiques utilisables ; mais la bociété, qui tolère un tel état de choses, gaspille avec la

LOGEMENTS OUVRIERS A LILLE APRÈS LA GUERRE

plus folle prodigalité les ressources économiques que représente pour elle cette main-d’œuvre flottante, en même temps qu’elle manque gravement à ses devoirs de solidarité . et d’huma¬ nité.

C’est ce qu’un bon nombre d’administrations municipales, à l’étranger surtout, ont compris, et leurs efibrts se sont traduits d’abord par une réglementation plus parfaite de l’inspection hygiénique des logements loués en garnis, et ensuite par la construction A'hôtels populaires pour les ouvriers de passage.

Pour ce qui concerne la surveillance hygiénique des garnis, la viUe de Lille est convenablement armée par son règlement sanitaire. Nous nous bornerons à exprimer le vœu que ce règlement soit appliqué sans faiblesse ; qu’on frappe d’inter¬ diction d’habiter toute maison dbht les locaux ne répondent pas aux conditions de salubrité prescrites pour le cubage d’air par personne, la propreté, la présence de water-closets conve¬ nables et facilement' accessibles.

Nous estimons aussi qu’il serait infiniment désirable, dans l’intérêt de la morale^autant que par mesure de salubrité, qu’un arrêté municipal défendît strictement d’employer, sauf auto¬ risation spéciale du Bureau d’hygiène, des femmes comme servantes ou gérantes dans des cabarets estaminets qui logent en garni des ouvriers de passage.

Nous devons nous attendre à ce que le nombre de ces « logeurs », comme on les appelle àLille, travailleurs isolés de l’un ou de l’autre sexe, M’accroisse très rapidement, brus¬ quement même, dès que l’activité industrielle va pouvoir renaître dans nos ateliers et dans nos usines. Et nous ne sommes en aucune manière préparés à. leur fournir les abris indispen¬ sables. Des baraquements provisoires les recevront au début, mais ce n’est qu’une solution d’attente à laquelle il faudra renoncer le plus tôt possible en faveur d’une autre solution, celle-là définitive, qui consiste à créer des hôtels populaires.

H existe dans plusieurs grandes villes de France et de l’étranger d’excellents types de ces hôtels, par exemple à Paris celui qu’on a inauguré en 19H au n“ 94 de la rue de Charonne. Les Rowton's houses de Londres lui ont servi de modèle, ainsi que ceux de Budapest et de Trieste qui ont été construits et qui sont administrés par les municipalités.

D-- A. CALMETTE

'L’hôLel populaire parisien de la' rue de Gharonne est un édi^ fice très simple, dont la disposition intérieure a été bien étudiée. U comprend au rei-de-chaussée les services généraux : lavabos et vestiaires avec 900 armoires, salle de nettoyage pour les chaussures et les vêtements, bains de pied, bains-douches avec eau chaude et eau froide, buanderie et séchoir, coiffeur, tail¬ leur, cordonnier, restatirant économique, salles de corres¬ pondance et lecture avec verrières colorées représentant les scènes les plus variées de la vie du peuple-dans les provinces. Aux étages, ‘ISO chambrettes avec chacune un lit, une arnioire- commode, une glace, ,un porte-manteau et une chaise. Ces chambrettes sont louées à raison de O fr. 70 par jour, ou de 4 fr. 20 à la semaine, ou de 15 francs par mois.

Il est nécessaire que l’Administration municipale de Lille prenne ripitiative de provoquer la création de plusieurs éta¬ blissements de ce genre, et il nous paraît que la solution la plus heureuse consisterait à remettre à un ou plusieurs grou¬ pements de syndicats ouvriers ou patronaux, le soin de les construire etde les gérer, la ville n’intervenant, aux ^rmes de la loi du 12 avril 1906, que comme souscripteur d’un nombre important d’actions,' ce qui lui donnerait le droit de se faire représenter par un ou plusieurs délégués au Conseil d’admi¬ nistration.

Les syndicats euvriers seraient le plus naturellement dési¬ gnés pour réaliser ces fondations avec une partie des capitaux dont ils peuvent disposer. Ils se trouveraient aussi plus qua¬ lifiés qùe quiconque pour en assurer la gestion au mieux des intérêts de leurs hôtes.

Les groupements patronaux,, particulièrement ceux qui uti¬ lisent beaucoup de main-d’œuvre flottante, par exemple les entreprises de construction, de travaux de voirie, etc., et la Chambre de commerce elle-même, ne devraient pas non plus s’en désintéresser. U semble que, pour aboutir plus vite, on pourrait s’attacher tout d’abord à employer des édifices déjà construits, tels que les bâtiments militaires, ou industriels devenus inutilisables, auxquels on ferait subir à peq de frais lefe transformations intérieures nésessaires. Les considérations économiques ne militent pas seules en faveur de cet expédient. Il offrirait le grand avantage de fournir aux ouvriers un loge-

LOGEMENTS OUVRIERS A LILLE APRÈS LA GUERRE

ment à proximité de leur travail et de leur épargner ainsi des dépenses inutiles de force physique et de transport.

IV. Assainissement et transformation des logements OUVRIERS actuels DONT L’INSALUBRITÉ EST NOTOIRE.

Puisque nous venons d’aborder, à propos des hôtels popu¬ laires, cette question de l’utilisation d’anciens immeubles, nous ne croyons pas inutile d’attirer l’attention de l’Administration municipale suÈr l’importante et bienfaisante transformation qu’elle pourrait déterminer dans les conditions matérielles d’existence des familles ouvrières en appliquant rigoureu¬ sement les règlements sanitaires, en exigeant des jiroprié- taires négligents, ou que leur âpreté au gain rend parfois inconsciemment homicides, les réparab’ons ou réfections que le Bureau d’hygiène aura reconnu indispensable d’effectuer, pour y faire disparaître, dans des logements loués par eux, les causes dUnsalubrité. On ie devrait jamais hésiter à prononcer l'interdiction d'habiter toales les fois qu’on se trouve en pré¬ sence d’un local manifestement malsain et que le propriétaire se refuse à assainir. L’Administration municipale a le devoir de ne pas tolérer que des familles ouvrières vivent entassées dans certains taudis tels que ceux qu’on peut voir dans la Cour de l’Épingle par exemple, et dans tant d’autres courettes qui déshonorent la ville de. Lille. Ce sont des foyers de misère, de maladie, de crime et de mort qu’il faut faire, disparaître au plus vite.

Et en attendant que ces taudis, soient détroits, il faut se hâter de favoriser le transfert et rinslaU'ation des malheureux qui les habitent dans d’autres locaux salubres ou assainis, mais situés autant que possible dans le même quartier, car ils tiennent à leur quartier comme le lierre à sa muraille. Nous pensons que le meilleur moyen d’y parvenir serait que la municipalité provoquât la création d’une Société spéciale, dite A' Amélioration des logements ouvriers, qu’elle subvention¬ nerait généreusement, et dans le Conseil de direction de laquelle elle serait représentée par un ou plusieurs délégués. Le rôle de cette Société consisterait à acheter ou à louer elle- même des immeubles insalubres dont l’expropriation immé-

D.-' A. CALMETTE

diate pour cause d’insalubrité publique ne peut pas être réalisée, et à les transformer en logements ouvriers salubres; ou bien encore elle pourrait prendre à sa charge les frais de réparation ou de réfection indispensables en se substituant momentanément au propriétaire. Elle gérerait elle-même ces logements assainis et en assurerait Tinspeclion médicale pério¬ dique.

Il n’est pas douteux qu’une telle œuvre rendrait de très utiles services et contribuerait puissammentà réduire l’énorme taux de morbidité et de mortalité qui frappe la population lilloise. Une tentative très louable a déjà été faite dans ce sens, il y a quelque vingt-ans, par M. Féron-Vrau (cité Sainte- Marie-Madeleine de la rué des Pénitentes). Il faudrait qu’elle fût rôprise'et élargie. '

Nous nous permettons, en terminant,' d’émettre le vœu que les Administrations charitables de notre ville, en particulier le Bureau de bienfaisance, donnent le bbn exemple. Il est pénible d’avoir à déplorer qu’elles soient elles-mêmes propriétaires d’immondés taudis et de courettes insalubres, et qu’elles y abritent des familles ouvrières, sans s’apercevoir que les loyers qu’elles perçoivent ainsi constituent en réalité pour elles une perte sèche et une lourde charge. Elles dépensent assurément plus, ou du moins la Société en général dépense beaucoup plus, pour assister, hospitaliser, parfois empri¬ sonner ces malheureux, que le montant des loyers payés par ces derniers n’apporte de revenus aux Administrations chari¬ tables. C’est donc une grave erreur pour celles-ci d’être pro¬ priétaires de taudis : elles devraient s’empresser de les détruire pour édifier à leur place' des maisons ouvrières qui fussent des modèles de salubrité.

Qu’il nous soit permis d’exprimer le désir de voir nos Admi¬ nistrations charitables de Lille imiter l’exemple du Bureau de bienfaisance de Nancy.

Usant de la faculté offerte par la loi du 20 novembre 1896, puis par celle du 12 avril 1906 qui autorisent les hôpitaux, hospices, ‘bureaux de bienfaisance, à employer, avec l’autori¬ sation du Préfet, un cinquième de leur patrimoine à la cons-

LOGEMENTS OUVRIERS A LILLE APRÈS LA GUERRE 31

traction de maisons à bon marché, la Commission adminis¬ trative du Bureau de bienfaisance de Nancy a fait construire elle-même un grand nombre de maisons ouvrières. Elle a pensé que celte manière de placer ses capitaux convenait mieux à son rôle que le prêt à des Sociétés de construction ou de crédit. Au lieu de distribuer des termes de loyers ou des secours mensuels en numéraire à des familles indigentes et chargées d’enfants, elle préfère les loger moyennant Un loyer correspondant à ces secours. Mais comme il importe d’encou¬ rager l'effort individuel qui sauvegarde la dignité de l’homme, l’habilation est en principe concédée pour un loyer minime, correspondant à 4 p. 100 du capital engagé, sauf à en faciliter le paiement à l’occupant par un secours proportionné aux charges de famille et aux ressources provenant du salaire.

On peut ainsi contribuer dans une mesure appréciable à solutionner la grave question du logement des familles nom¬ breuses.

. 11 n’est pas douteux que nos institutions d’assistance trou¬ vent, dans un avenir prochain, un allégement de leurs charges en substituant aux taudis des habitations salubres, surtout si, à celle-ci, on peut ajouter un jardin qui a l’immense avantage de procurer une distraction saine et d’attacher le chef de famille à son foyer.

11 appartient à l’Administration municipale d’exhorter nos Commissions administratives du Bureau de bienfaisance et des Hospices de Lille, au besoin de les contraindre, à s’engager dans cette voie. Une saine compréhension de leur rôle social le leur commande, et c’est ainsi qu’elles sauvegarderont le miéux les intérêts sacrés qui leur sont confiés.

PROFESSEUR H. VINCENT ET G. LOCHON

LA PROPHYLAXIE MÉCANIQUE DE CERTAINES MALADIES CONTA.GI EÜSES DES VOIES AÉRIENNES

par MM. le professeur H. VINCENT et le D' G. LOCHON.

La Iransmission d’un grand nombre de maladies des voies respiratoires, ou de certaines affections du pharynx (diphtérie par exemple) se fait cummanément parles particules salivaires, nasales ou pharingées expulsées de la bouche à l’occasion de la parole, de la toux, de l’éternuement et du rire. La zone aérienne située au voisinage du malade et du porteur de germes est contaminée, à cette occasion, par un nombre variable de germes qui, inhalés par les sujets sains, s'ensemencent direc¬ tement dans leurs premières voies respiratoires. Si ce mode de. contagion n’est pas le seul, il n’en reste pas moins prépondé¬ rant.

La grippe, la tuberculose, la diphtérie, les fièvres éruptives, les oreillons, la méningite cérébro-spinale, la poliomyélite- Infectieuse, etc., résultent le plus souvent de la contamination aérienne.

Ces considérations nous ont conduits à rechercher s’il ne serait pas possible d’instituer une protection mécanique efficace contre ces 'conditions si habituelles d’infections à l’aide d’une méthode susceptible de prendre un caractère général et qui consiste dans l’usage d’un masque placé devant le nez et la bouche et permettant cependant de respirer librement.

Pasteur ' avait jadis recommandé i’usage de masques et de vêtements destinés à préserver les médecins contre certaines maladies contagieuses. Dans l’épidémie de pneumonie pesteuse de Mandchourie, des masques semblables ont rendu de grands services. A la suite des expériences du professeur Quénu, l’emploi d’une compresse placée devant le nez et la bouche de l’opérateur s’est généralisé dans les services chirurgicaux. M. le D' Henrot a proposé un masque médical ayantles mêmes buts.

MALADIES CONTAGIEUSES DES VOIES AÉRIENNES

On sait qu’à l’occasion de l’épidémie de grippe, l’usage de masques parmi les troupes américaines s’est largement répandu et a rendu les plus grands services.

Nous avons fait un grand nombre d’expériences en vue de rechercher, en premier lieu, quelle esUa proportion moyenne des bactéries que peut éliminer un sujet à l’occasion de la parole, de la toux et de l’éternuement. L’abondance et la finesse des particules salivaires émises à l’occasion de la parole à haute voix peuvent être mises en évidence d’une manière très simple, en parlant devant un miroir très propre placé à quelques centimètres de la bouche. Après 3 minutes, on peut compter, à la loupe, une centaine de taches très ténues.

Si, d’une façon plus précise, on substitue au miroir des plaques de gélose en boîte de Pétri placées à 10 ou 20 centi- mèlrès de la bouche d’un homme sain qui parle, tousse ou éternue, on voit que la plaque se charge de colonies nom¬ breuses.

Après 2 minutes de parole, la culture sur gélose a donné, en moyenne; 209 colonies; après 5 minutes, 640 colonies.

La toux projette un nombre de microbes plus considérable. Lii même expérience a été faite avec des malades atteints de grippe. Trois ou quatre accès de toux donnent 230 à 300 colo¬ nies aérobies enregistrées sur la plaque de gélose. L’ensemen¬ cement a lieu sur les boîtes placées à 0 m. 30, 1 mètre et davantage.

On peut donc conclure de ces constatations que, dans les milieux l’homme malade ou sain se trouve en contact avec d’autres, toute personne qui tousse ou qui éternue crache, en réalité, sur la figure de son voisin

Le nuage microbien qui entoure tout malade atteint de grippe, de rougeole, de diphtérie, etc., favorise du plus haut point la contagion dans les familles, les salles d’hôpitaux, les écoles, les ateliers, les magasins, les salles de réunion ou de spectacle, etc.

En ce qui concerne l’agent pathogène de la grippe, le virus

I. Il serait désirable que cette notion fût, surtout en période de grippe, affichée dans les tramways, les chemins de fer, etc., avec cette recom¬ mandation additionnelle : en conséquence,, on doit tousser ou éternuer dans son mouchoir.

PROFESSEUR H. VINCENT ET G. LOCHON

pénètre tantôt en faible densité, tantôt d’une manière massive, par les voies respiratoires du sujet sain, par la surface des conjonctives, parfois par la voie buccale, pharyngée et laryngée lorsque l’inhalation est faite la bouche ouverte!

C’est, du reste, au niveau de ces portes d’entrée que s’effec¬ tue le premier ensemencement. Le méningocoque émané du malade ou du porteur de germes, le virus de la poliomyélite, suivent la même voie. Le sujet infecté est dans une situation comparable à celle du soldat placé dans' une atmosphère de gaz toxique. La conjonctivité, le catarrhe nasal et pharyngé, la trachéo-bronchite traduisent, dans l’un et l’autre cas, la pre- qiière action du virus ou du poison toxique.

On a donc été conduit à opposer, à l’infection microbienne, des moyens de protection analogue. C’est dans ce but que nous avons fait un certain nombre d’expériences destinées à nous renseigner sur le degré exact de protection que l’on peut deman¬ der aux compresses de gaze placées devant le visage.

Le bandeau protecteur doit, en pratique, être léger, d’appli¬ cation facile. Il ne doit gêner en rien la respiration ni la vision. Nous estimons, d’autre part, qu’il doit protéger les conjonctives lorsqu’il est porté par le sujet sain, car la contagion aérienne peut s’opérer aussi par cette voie. Les conjonctivites grippale, morbilleuse, etc., sont fréquentes. D’autre part, les germes passent dans le sac lacrymal, puis dans le canal nasal et viennent s’ensemencer dans le. rhino-pharynx. Ils gagnent fréquemment ensuite les ganglions lympathiques cervicaux correspondants.

Lors donc qu’il s’agit de protéger un sujet sain, adulte ou enfant, contre la contagion aérienne due au voisinage d’un malade, lorsqu’on veut mettre les parents, les gardes-malades, à l’abri de cette source d’infection, il est nécessaire d’avoir un masque qui enveloppe complètement la tête, une sorte de cagoule. On peut revêtir directement celle-ci, mais elle a l’incon¬ vénient de s’appliquer sur les parliés saillantes du visage, en particulier sur le nez. Dans ce cas, les particules salivaires peuvent, si elles « mouillent » la gaze, contaminer directement la face.

Aussi est-il préférable de faire reposer la cagoule sur un cadre léger, tel que celui qui est figuré ici, et qui est pourvu d’une

MALADIES CONTAGIEUSES DES VOIES AÉRIENNES

sorte de visière frontale saillante sur laquelle se réfléchit l’étoiTe protectrice ainsi éloignée du visage; ceicadre permet, en outre, le port du lorgnon (fig. 1).

Nous avons recherché quel est le nombre des compresses de gaze qu’il est nécessaire d’interposer pour isoler les voies res¬ piratoires des poussières microbiennes nocives flottant dans -l’air :

La tarlatane mise en expérience est celle des hôpitaux mili¬

taires. Elle est peu serrée : elle compte 10 fils par centimètre. Des boîtes de Pétri, dans lesquelles a été coulée de la gélose, ont été recouvertes d’une, deux, trois, etc., lames de gaze stéri¬ lisée. On a invité des malades atteints de grippe à forme pul¬ monaire à parler, tousser, éternuer devant ces plaques de cul¬ ture, à la distance de 10, 20, .50 centimètres et 1 mètre. Les boîtes ont été portées à l’étuve et l’on a pu enregistrer ainsi le nombre des colonies microbiennes qui avaient traversé le filtre. La comparaison était faite avec une plaque de gélose témoin, exposée directement aux mêmes causes de contamination.

11 a été constaté ainsi qu’une, deux et même trois épaisseurs de tarlatane ne constituent qu’une barrière insuffisante. Cinq ou six épaisseurs sont, par contre, protectrices ; il ne passe qu’un chiffre infime de bactéries.

PHOFESSEUR H. VINCENT ET G. LOGHON

Voici quelques exemples des résultats fournis par ces expériences :

Sujet grippé ; toux à 2b centimètres.

Témoin .

1 Lame de gaze .

2 Lames de gaze.

3 Lames de gaze

4 Lames de gaze.

5 Lames .

312 colonies. 100

26

10

3

Cinq épaisseurs de gaze ont donc réduit de plus de 300 fois le nombre des bactéries susceptibles d’être inhalées.

Sujet sain, parlant durant 5 minutes à 25 centimètres.

Témoin .

1 Lame de gaze .

2 Lames de gaze.

3 Lames de gaze

4 Lames de gaze

5 Lames de gaze.

640 colonies. 352

91

18

9

Il y a donc eu 320 fois moins de bactéries avec cinq épaisseurs de gaze.

Dans la pratique courante, le masque protecteur peut être utilisé : 1” par les personnes saines qui approchent du maladé (médecin, infirmiers, parents, etc.); parle malade lui-même qui, revêtu du lambeau de gaze, deviendra, si celui-ci est suffi¬ sant, inoffensif pour son entourage. Étudions ce dernier mode de protection mécanique.

Il est évident que le masque porté par le malade n’a plus besoin d’être aussi étendu que le précédent. Il suffit qu’il recouvre intégralement le nez et la bouche du sujet contami¬ nant. Son modèle sera donc beaucoup plus simple (fig. 1 et 2).

Les expériences .précédentes ont donc été reprises avec ce bandeau de gaze. L’expérimentateur s’est rincé la bouche et le pharynx avec une émulsion de Micr. prodigiosus dans l’eau et- s’est injectée les fosses nasales de la même suspension micro¬ bienne. Il a disposé, ensuite, devant son visage, un masque

MALADIES CONTAGIEUSES DES VOIES AÉRIENNES

comprenant O, puis 6 lames de gaze et a parlé, toussé, éternué devant des boîtes de Pétri (gélose) placées à des distances variables (0 m. 25, 0 m. 50, 0 m. 75, 1 mèire, etc.).

Fig. 2.

Les colonies de Micr. prodigiosus ont été comptées après plusieurs jonrs (clichés A, B, C).

CuciiÉ A.

Les résultats de ces nouveaux essais sont résumés dans les tableaux ci-après.

PROFESSEUR H. VINCENT

G. LOGHON

A.

Parole.

Ezpérimentatenr parlant à voix haute, du¬ rant 5 minutes, devant des boites de Pétri contenant gélose stérile et situées à ;

9"2S

0~5»

0-75

1-

1-50

2“

3-

Sans

masque.

NOVBRE 1 de \

colonies j à 5

de ] épaisseurs.

/ ^oec

Prodigiosusi mM(gie

1 épaisseurs.

Incomptablos.

16

0

2S

3

0

21

0

0

18

0

0

2

0

0

0

0

0

0

B.

Toux .

Expérimentateur toussant devant des boî¬ tes de Pétri, contenant de la gélose stérile et situées â :

0“25

0-50.

0-75

1"

1-50

3-

[ Sans

masque.

NOMBRE l

‘l® 1 ,4uec

colonies J masaue

Hp 1 ^ ®

J épaisseurs. Prodigiosusl

à 6

\ épaisseurs.

2

0

Très

bréuses.

0

0

Très

0

6

0

0

0

0

0

0

0

0

MALADIES CONTAGIEUSES DES VOIES AÉRIENNES

39

C.

ÉTERNUEMENT.

Expérimentateur éternuant, les narines in¬ jectées d’une émulsion de micr. Prodigiosus, devant des boites de Pétri, contenant de la gélose stérile et situées à :

0'"25

0”50

0“75

1“

1»50

3-

Sans

masque.

Incomp-

Incomp-

taWes.

Incomp-

Très

21

1

0

NOMBRE

de 1

colonies

de

1 épaisseurs.

1]

S

10

0

0

0

0

2

f ^

1 Avec

[ masque

1 épaisseurs.

0

0

0

0

0

0

*• Cliché B.

*** CUchë C.

Cliché B.

Cliché C.

PROFESSEUR H. VINCENT ET G. LOGHON

Il résulte de ces expériences que le bandeau composé de six lames de tarlatane (gaze des hôpitaux militaires) constitue une protection très suffisante contre l'émission de bactéries pro¬ venant de la bouche, du pharynx ou du nez. Placées à 0 m. 23 et plus de l’expérimentateur, revêtu de ce masque, les boîtes de Pétri n’ont donné aucune colonie après o minutes de parole continue à voix haute. Même résultat après la toux. Une seule colonie de Micr. prodigiosus a poussé après l’éternuement. Les plaques témoins de culture ont présenté, par contre, un chiffre de colonies tellement élevé qu’il n’a pu être dénombré. Le bar¬ rage mécanique s’est donc montré extrêmement efficace contre les projectiles microbiens.

Il nous paraît que la protection mécanique par le masque anti-infectieux devrait être généralisée dans toutes les circon¬ stances la contamination aérienne peut s’exercer dans les chambres de malades, dans les hôpitaux, les infirmeries, les crèches, etc.

Cette protection mécanique si simple et d’un prix de revient si faible est indiquée pour la prévention familiale ou hospita¬ lière de la grippe, de la rougeole, de la scarlatine, des oreil¬ lons, de la coqueluche, la diphtérie, de la méningite cérébro- spinale, etc., et, généralement, des maladies qui se contractent par les voies respiratoires.

C est avec raison que l’on a préconisé l’emploi du crachoir individuel pour combattre la propagation du bacille de la tuberculose. Mais le tuberculeux infecte aussi l'air très grave¬ ment, lorsqu'il tousse : ce mode de contagion n’est pas moins important ni moins dangereux. Il est nécessaire de le combattre et on ne peut y parvenir qu’en faisant porter au malade atteint de tuberculose ouverte un bandeau léger, imbibé, au besoin, de vapeurs antiseptiques (eucalyptol, goménol, etc.), dont 1 inhalation lui sera profitable ou lui fera, accepter ce masque.

Les obstacles les plus difficiles à vaincre, surtout en notre pays, sont certainement l’incrédulité, la nouveauté de la méthode prophylactique, peut-être aussi le désir, pour le médecin, 1 infirmière ou les parents du malade, de ne point paraître

LE RESPIRATEUR A OUATE (MODÈLE DE 1874)

redouter le danger. Lorsqu’on songe au nombre incalculable de faits de contagion que l’absence de toute précaution de cette nature fait naître chaque jour, lorsqu’on envisage tous les cas de mort qui en résultent, on ne peut s’empêcher de penser que ce qui est coupable, c’est précisément de s’exposer sans raison à un danger évitable. C’est le même préjugé absurde qui, au début de la guerre barbare par les gaz toxiques ou asphyxiants inventés par les Allemands, a entraîné la mort de tant de com¬ battants. L’expérience a été plus que cruelle.

Il n’est pas plus ridicule pour le médecin ou la garde-malade chargés de soigner un contagieux, de se protéger le visage par un voile de gaze, que de se revêtir d’une blouse stérilisée ou que de se laver les mains en quittant le malade.

LE RESPIRATEUR A OUATE

(MODÈLE DE 1874) de M. le D-- H. -A. HENROT.

La communication de MM. Vincent et Lochon m’a vivement intéressé, et par son importance et par les souvenirs per¬ sonnels qu’elle m’a rappelés.

Je ne connaissais pas l’ordre du jour en entrant ici, je ne m’attendais guère à prendre la parole ; il me semble cependant qu’au point de vue de l’histoire des masques, je puis rappeler que j’ai été le premier à signaler, à l’Académie, l’emploi de masques pour arrêter à l’entrée des fosses nasales et de la

1. A l'occasion de la communication faite à l’Académie de Médecine, le 15 octobre 1918, par MM. les Dr» Vincent et Lochon sur la prophylaxie mécanique de la grippe et de quelques autres maladies contagieuses, communication qui a donné lieu aux expériences complémentaires et aux observations reproduites dans le nouveau mémoire ci-dessus inséré (v. p. 32), M. le D' Henrot a rappelé que, depuis de longues années déjà il avait imaginé et employé un masque protecteur. Il nous a paru qu’il était juste et opportun de reproduire ici la description de cet appa¬ reil, témoignage de Tun des nombreux services rendus par le vénéré et éminent hygiéniste de Reims.

42, Df HENROT

bouche toutes les poussières, tous les corps figurés nocifs et les microbes de toutes espèce. ,

L’appareil que je présentais est très simple : une boîte en toile métallique se moulant sur les orifices et renfermant une couche d’ouate; l’air inspiré est obligé de la traverser, en j déposant tous les corps figurés.; l’air expiré s’échappe par un petit tuyau muni d’une soupape Érès légère, une boule de sureau.

L’appareil en aluminium ou en cellulgïde esttrès léger.(30 ou 40 gràmmes)^ il se met comme des lunettes et se retire avec la, plu^ grande facilité.

Ce respirateur est constitué parun cornet en toile métallique très fine, placé au devant des orifices des fosses nasales et de la bouche.

Pour qu’il s’applique exactement sur |es orifices il est revêtu d'un tuyau en caoutchouc qui permet une adhérence complète du masque contre les différentes sinuosités de la face.

.La toile métallique forme une sorte de boite renfermant de l’ouate; elle s’ouvre pour placer l’ouate et puis la renouveler: elle se ferme complètement pour obliger l’air inspiré, à tra¬ verser celte couche d’ouate assez épaisse.

Elle se referme quand l’ouate est changée.

L’air ne peut pénétrer dans les voies respiratoires qu’en tra¬ versant cette couche bien homogène d’ouate.

Le cornet porte à la partie supérieure un orifice, celui-ci contient une boule de moelle de sureau. Quand le malade inspire, la boule pressée par l’air inspiré descènd en bas du tuyau; quand le malade expire, la boule s’élève, ouvre l’orifice qui permet la sortie facile de l’air ; c’est donc un va-et-vient con¬ tinue qui ne gêne en rien l’amplitude de la respiration.

La couche d’ouate peut être mise sans rien autre chose; on peut, si cela est nécessaire, placer entre deux lamelles d’ouate des poudres antiseptiques noircies selon l’atmosphère que l’on a à combattre.

U ne f?iut pas employer de liquides qui retireraient à l’ouale la perméabilité à l’air.

Le masque est fixé contre la face, soit par deux tiges recourbées copune pour les lunettes, soit par un caoutchouc que l’on place autour de la tête au-dessus des oreilles.

D-' HENROT

l’ennemi sournois comme le miasme paludéen ne révèle sa. présence ni à la vue ni à l’odorat, il faul lui faire comprendre qu’il n’y a qu’à se soumettre aux règles hygiéniques efficaces. L’autorité militaire a imposé la toile métâlliqüe, elle pourrait compléter son œuvre en imposant le masque, au moins quand le soldat est obligé de remuer ces terres malsaines.

Ce que nous désirons tous, c’est que tous les moyens propres à maintenir la santé du soldat soient employés avec clair¬ voyance et avec fermeté.

Note supplémentaire.

Le D’ H. Henrot a trouvé à la bibliothèque la collection des Bulletins de l'Académie^ celle qu’il pbssédait ayant été complè¬ tement détruite par le bombardement et par l’inçendie.

Année 1879 [18 mars) p. 297. Le D'' Henrot (de Reims) donne lecture d’une note sur un respirateur à ouate destiné à prévenir l'infection. Il citeMes cas l’emploi de la ouate a été utile.

Tyndal a pu arrêter, dans le Làncashire, une endémie qui sévissait sur un nombre considérable d’ouvriers et leur faisait déserter leur travail, en les obligeant à porter devant ia bouche un bouchon de ouate enveloppée de mousseline.

Deux internes de M. Henrot, atte'Snts de fièvre et de diarrhée fétide, après chaque autopsie qu’ils faisaient pendant les grandes chaleurs de l’été de 1814, ont vu disparaître tous ces accidents par l’usage d’un respirateur.

Enfin, cet appareil s'impose chez tous ceux qui soignent des croups et' des angines couenneuses; les pertes récentes que vient de faire le corps médical font un devoir aux hygiénistes de mettre un terme à ces suicides glorieux mais inutiles.

Le médecin contaminé ne devient-il pas un malade qu’il faut soigner et peut devenir le point de départ d’un nouveau foyer épidémique?

Année 1915 (1 1 mai), p. 373. Respirateur à ouate contre les gaz et les poussières infectieuses ou toxiques.

M. Henrot, au lieu de présenter à l’Académie un respirateur

VARIÉTÉS

léger en celluloïd ou en aluminium, n’a pu trouver dans la maison Mathieu qu’un appareil lourd et massif et ayant servi de soutien pour, modeler les masques. Quel rôle le port du masque peut-il avoir pour protéger nos vaillants soldats dans les tranchées, contre les procédés barbares de l’ennemi qui lancent des bombes développant des fumées toxiques?

Le masque peut certainement retenir sur le coton tous les corps Bgurés.

Peut-être pourrait-on, en plaçant sur le coton des poudres alcalines, antiseptiques ou neutralisantes, débarrasser l’air qùi traverse l’appareil de ces poisons les plus dangereux?

Il semble que des travaux de laboratoire pourraient résoudre cette question; il importe au. plus vile d’éloigner de nos tran¬ chées ces causes de mort ou de maladies pour nos admirables soldats.

C’est donc depuis 1874 que le D' Henrot à utilisé son masque, soit depuis 44 ans.

VARIÉTÉS

GOXGRÈS IXTERNATIONAL D’HYGIÈNE SOCIALE DES RÉGIONS DÉVASTÉES PAR LA GUERRE.

Un Congrès interallié, dont l’objet sera l’hygiène soeiele appliquée à la recoastitutioni des régions dévastées par la guerre, est préparé par le Comité d-’éducation physique et d’hygiène sociale. Il se tien¬ dra à Paris du mardi 22 avril au samedi 27 .avril 1919. Son prési¬ dent estle D' Doizy ; le directeur général M. le R'' Sicard de Planzols, et le secrétaire général M. Emile Weisweiber.

Le Congrès comprend les délégués officiels, des membres titulaires et des membres adhérents.

Membres titulaires. Peuvent faire partie du Congrès au titre de membre titulaire, toute personne et toute collectivité agréée soit par le bureau du Congrès, soit par le délégué officiel de chaque nation alliée. Seuls les délégués officiels et les membres titulaires prennent une part effective aux travaux du Congrès.

Membres adhérents. Peuvent faire partie du Congrès au titre de membre adhérént les personnes faisant partie de la fâmille d'un membre titulaire (femme, époux, frères, sœurs, enfants). Les, membres adhérents jouissent, au miême titre que les membres titu-

VARIÉTÉS

laires, de tous les avantages accordés par les administrations publiques sur les prix de transport. Ils ne reçoivent pas les publica¬ tions du Congrès, ne prennent part ni auxvotes, ni aux discussions et ne peuvent faire de communication. Ils sont invités aux fêtes et aux réceptions officielles. Ils peuvent assister aux séances.

La cotisation est fixée à 10 francs pour les membres titulaires, à S francs pour les membres adhérents.

Le programme du Cougrès est ainsi fixé :

Presiière section : Le sol et l'eau des régions dévastées. Assai¬ nissement du sol. Dessèchement des marais. Lutte contre le palu- disrae.

L’eau potable. Protection des sources et des puits. Epuration des eaux résiduaires pour éviter la contamination des cours d’eau. Pro¬ cédés et appareils de filtration et de stérilisation de l’eau. Les eaux minérales et leur conservation.

DEüiiÈME SECTION ; L'habitation hygiénique dans les régions dévas¬ tées. Matériaux de construction. Orientation. Aération. Ventila¬ tion. Aménagement.

Eclairage, chauffage.

La cuisine. Le cabinet de toilette. Le jardin.

Les nuisances. Nettoyage et assainissement des locaux habités. Egouts. Eaux ménagères. Evacuation des excréments.

Lutte contre la poussière, la chaleur et les mouches.

Troisième section : Hygiène rurale dans les régions dévastées. Ali¬ mentation en eau des villages et habitations rurales.

La ferme hygiénique modèle : écuries, étables, bergeries, porche¬ ries, clapiers, poulaillers.

Laiterie hygiénique modèle.

Conservation des produits de la ferme.

L’habitation paysanne modèle. Hygiène du personnel de la ferme.

Hygiène du bétail et prophylaxie des épizooties.

Evacuaiion des eaux et résidus.

Quatrième section : Hygiène urbaine dans les régions dévastées. Plans modèles de la reconstruction des villes. Zones de non ædifi- candi. Espaces libres. Cités-jardins.

Alimentation en eau. Voiries. Ordures ménagères. Égouts et vidanges. Morgues. Cimetières. Fours crématoires.

Bains-douches. Lavoirs publics.

Abattoirs. Halles. Boulangerie hygiénique. Hygiène des magasins de vente des denrées alimentaires. Surveillance sanitaire des den¬ rées alimentaires.

Cinquième section ; La mère et l’enfant dans les régions dévastées. Puériculture avant la naissance pendant la naissance, après la nais¬ sance dans les villes, dans les communes, dans les hameaux.

Enseignement de l’Eugénétique. Assistance sociale légale, protec¬ tion, surveillance médicale, hospitalisation, repos des femmes pen¬ dant la gestation.

VARIÉTÉS

Maternités. Secours obstétricaux. Armoires municipales mater¬ nelles. .Assistance maternelle à domicile.

Surveillance médicale de la première enfance. Organisation et surveillance de l’allaitement maternel : fe nourriture, 2“ nourri¬ ture.

Enseignement de la puériculture dans les écoles.

Chambres d’allaitement. Crèches. Consultations de nourrissons. Gouttes de lait.

Mutualités maternelles.

Ecoles maternelles.

Sixième section : Hygiène scolaire dans les régions dévastées. La reconstruction des écoles, écoles provisoires, écoles définitives.

Les bains-douches. La table-banc scolaire.

L’inspection médicale des écoles dans les régions libérées. L’in¬ firmière scolaire. Les dispensaires scolaires. Ecoles de plein air.

Cantines scolaires. Écoles ménagères. Enseignement de l’hygiène ■alimentaire.

Enseignement de l’hygiène en général aux écoliers.

Hygiène et logement des maîtres.

Septième section : Éducation physique dans les régions dévastées. I. Organisation de l’éducation physique dans les régions dévastées : personnel, locaux, gymnases, stades, stands, [piscines, terrains de jeux. Matériel. Centres régionaux.

II. Adaptation des méthodes d’éducation physique aux milieux •scolaire, post-scolaire, ouvrier, militaire, féminin.

Huitième section : Prophylaxie sanitaire dans les régions dévastées. Établissements prophylactiques. Maladies vénériennes. Tuber¬ culose. Paludisme.

Laboratoires d’examens, d’analyse, de bactériologie et centres d’immunisation contre les maladies infectieuses.

Services publics de désinfection, de transport et d’isolement des malades contagieux.

Neuvième section ; Établissements d'assistance dans les régions dévastées. a) Hospices. Asiles.

Hôpitaux. Services généraux. Mobilier.

Services de consultations de médecine et de chirurgie. Consul¬ tations spéciales.

Services d’hospitalisation. Services de médecine. Services de chi¬ rurgie. Services spéciaux.

Hôpitaux spéciaux. Hôpitaux d’enfants. Hôpitaux pour contagieux.

Écoles d'infirmières et d’infirmiers.

.Situation, hygiène, logement et alimentation du personnel hos¬ pitalier.

b) Hospitalisation des tuberculeux. Dispensaires. Préventorium. Sanatorium.

Préservation de l’enfance contre la tuberculose.

Dixième section : Hygiène industrielle dans les régions dévastées.

VARIÉTÉS

Reconstruction des usines. Organisation du travail. Hygiène indi¬ viduelle de l’ouvrier. Soins de propreté. Lavabos-douches. Protec¬ tion de l’ouvrier contre les accidents. Infirmeries d’usines.

Hygiène spéciale : Mines. Mélallurgies. Filatures. Tissages. Sucre¬ ries. Distilleries. Verreries. Cristalleries, etc.

Habitations ouvrières.

Onzième Section : Hygiène post-scolaire et prophylaxie morale dans les régions dévastées. Lutte contre l’alcoolisme et la débauche.

Œuvres post-scolaires (amicales d’anciens élèves, patronages. Maisons du peuple. Foyers du soldat. Bibliothèques. Publications et conférences relatives à l’instruction post-scolaire.

Hygiène de l’adolescencè. Surveillance sanitaire des apprentis.

Douzième Section ; Hygiène, des voyageurs et des transports en com¬ mun dans les régions dévastées. Hygiène individuelle du voyageur.

Restaurants-hôtels.

Désinfection des voilures servant aux transports en commun.

La gare hygiénique modèle : salle d’attente, lavabos, cabinets d’aisance, chauffage et ventilation.

Le wagon modèle. Wagon-lit, lavabos, cabinets d’aisance. Wagon- restaurant.

Treizième Section : Questions économiques intéressant les 'régions dévastées. § Réorganisation de l'alimentation ; a) Sociétés

coopératives de consommation; 6) Offices publics d’alimentation; c) Contrôle de l’État sur la vente des denrées.

§ 2. Reconstitution de l'habitation : a) Sociétés coopératives de construction; 6) Sociétés philanthropiques de construction; c) Cités ouvrières patronales; d) Concours de l’État et des municipalités.

§ 3. Reconstitution de la terre : a) Remembrements, aborne- ments. Syndicats obligatoires pour l’amélioration des terres; 6) Syn¬ dicats agricoles. Emploi des moteurs; c) Caisses rurales et Crédit agricole; d) Droit à l’indemnité pour dommage de guerre et emploi de cette indemnité.

§ 4. Réorganisation du travail : a) Placement. Main-d’œuvre étrangère et coloniale; 6) Travail des femmes. Industries domes¬ tiques; c) Intensification du travail. Taylorisme. Machinisme; ■d) Rapports entre patrons et ouvriers. Sociétés en participation ouvrière ; e) Petite industrie. Associations coopératives de produc¬ tion. Banques populaires.

Les langues officielles du Congrès sont l’anglais, l’italien et le français.

Pendant toute la durée du Congrès une Expositiou d’hygiène sociale sera organisée. Les Sections de l’Exposition sont les mêmes que celles du Congrès.

Pour tous renseignements, s’adresser à M. le D-- Sicard de Plan yoles, 1, rue Taitbout, Paris.

[1]

SOCIÉTÉ

DE MÉDECINE PUBLIQUE

ET DE GÉNIE SANITAIRE

Reoonnae d’utilité publique par décret du 8 mars 1900.

SÉANCE 18 DÉCEMBRE 1918.

Présidence de M. Jules Renault, président.

La séance est ouverte à 17 heures.

Nomination d'un nouveau membre.

Au titre de membre titulaire :

M. le D' Azoülay, présenté par MM. G. Risler et le D' Borne.

Membres présentés.

1“ M. le D'' Goéhé, médecin de classe de la marine, à Brest, présenté par MM. tes D” Jules Renault et Paul Faivre.

M. le D'^ Moitron, inspecteur départemental d’hygiène du Finistère, à Quimper, présenté par MM. les D” Jules Renault et Paul Faivre.

REV. d’hyg.

XLl 4

50 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE 12]

M. le D'- Méry, médeciti des hôpilanx de Paris, présenté par MM. les D'® Jules Renault et Marchoux.

4“ M. Brisac, directeur de l’Hygiène et de l’Assistauce publiques au Ministère de Tïntêrieur, préseuté par MM. les D” fuies Renault et Marchoux.

Observations à l’occasion du procès-verbal.

M. le D" ÂzoL’LAY. Je désire faire une remarque à propos du procès-verbal de la dernière séance.

M. Fontaine a avancé, lors de cette séance, que, pour être médecin inspecteur dans les écoles communales, il fallait être délégué cantonal; que, par suite, j’avais joui d’une faveur exceptionnelle.

Bien que je me souvienne assez bien des conditions légales qui m’ont autorisé à faire ma demande, j’ai consulté les textes de loi et les auteurs traitant de la question*. Or, on lit dans ces testes :

« Loi du 30 octobre 1886, article 9 : L’inspection des établis¬ sements d’instruction primaire publics ou privés est exercée... 7“ au point de vue médical par les médecins inspecteurs com¬ munaux ou départementaux. »

« Décret du 18 janvier 1887, article 141 : Lesmèdecins dési¬ gnés au paragraphe 7 de l’article 9 de la loi précitée n’auront entrée dans les écoles qu’après avoir été agréés par le préfet. Ils devrout remplir les conditions mentionnées en l’article 136 du présent décret. Leur inspection ne pourra porter que sur la santé des enfants, la salubrité des locaux et l'observation des règles de l’hygiênè scolaire.

« Article 136. Nul ne peut être délégué cantonal s’il n’est Fi;ança4s et âgé^ de vingt-cinq ans au moins. »

1. Gobron «LLamy. Législation et jurisprudence de. l’enseignement public et piïvé, I900'et;i906. 'Gode Kchard, Î9W. Documents relatifs à l’Inspection^médicale scolaire. Imprimerie nationale, 1890, etc.

[3J KPrOÉMIE DE VARIOLE A BEAUVAIS SI

Par conséquent, outre celle d’étre agréé par le Préfet, les conditions à remplir par le médecin-rnspeGteur sont, non pes d’être délégué cantonal, mais d'être Français et âgé de vingt- cinq ans au moins, comme le délégué cantonal.

(Pour les écoles maternelles, le médecin est nommé par le maire.)

COfflinUKICATIQN

EPIDEMIE DE VARIOLE A BEAUVAIS

( AOÜT-SEPTEMBBE 1918 ) par M. te J.; PAQUET,

In^peetewr départemeirtal de 1e Eanté «t de l’Hygiène pstiliifues de rOise.

Le a:-} août 1918, M. 'le Préfet de l’Oise était avisé par M. le Maire de la ville de Beauvais que 5 cas de aariofe avaient élé enregistrés à rhôpital de Saint- Lucien.

Dès la réception de cette lettre, une enquête fut faite sur place, ainsi que dans l’entourage des malades signalés, et des mesures d’isolement et de iprophylaxie furent prises et ap¬ pliquées.

Apparition de l’épidémie.

Léo août, M“''Om... (Gabrielle), quarante-sept ans, demeurant 7, rue Chevalier,, mourut à rhôpital,où elle avait élé admise pour une affection fébrile non parfaitement caractérisée. Elle était malade depuis le 28 Juillet. Au cours de son séjour dans l’éta¬ blissement, le diagnostic de « variole » ne fut pas porté. Pour¬ tant, en présence d’une éruption mal définie, l’isolement avait été effectué, quoique tardivement. La désinfection du loge¬ ment et de la literie avait été demandée par le médecin trai¬ tant et effectuée par les soins du service départemenlal.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE

[iJ.

Le 11 août, M‘““ P... (Julie), soixante-six ans, infirmière, qui avait soigné la première malade, fut atteinte à son tour.. Le dia¬ gnostic de « variole hémorragique » fut posé et elle succombe le 19 août.

Furent atteints, successivement :

Le 15 août, M. Q... (Joseph), trente-cinq ans, infirmier auxi¬ liaire;

Le 18 août, M. B... (Léon), quarante-six ans, infirmier auxi¬ liaire : tous deux avaient transporté le corps de la première malade, après son décès ;

Le 20 août, M™" S... (Blanche), quarante-quatre ans, em¬ ployée à la buanderie de l’hôpital et M™* 01... (Amélie), soixante-douze ans, hospitalisée comme vieillard et irTfirme.

Tous ces cas étaient dus à une contamination à l’intérieur de l’établissement.

Sans qu’il soit possible d’affirmer d’une façon formelle l’ori¬ gine de la contagion, il a été reconnu que la première malade, atleinte de lupus de la main, se rendait régulièrement à Pari-, à l’hôpital Saint-Louis, pour y suivre un traitement spéçi.il. Elle s’y trouvait en contact immédiat avec de nombreux ma¬ lades atteints d’affections cutanées, parmi lesquels pouvaient se trouver des convalescents de variole, venant demander un avis relativement aux boutons et croûtes dont ils étaient por¬ teurs. Son dernier voyage remontait à 12 ou 15 jours (on n’a pu me le préciser) avant le début de la maladie.

Elle n’a fait aucun autre voyage et n’a été en relations avec aucun autre malade.

2" Propuylaxte a l’uôpital.

Tout le personnel de l’hôpital a été immédiatement re¬ vacciné.

Les mesures suivantes ont été ordonnées et appliquées sans délai :

Le rez-de-chaussée d’un pavillon, tout à fait isolable, fut strictement réservé aux malades, aux suspects et à ceux qui les soignaient, ces derniers eux-mèmes ne devant en sortir sous aucun prétexte.

15] ÉPIDÉMIE DE VARIOLE A BEAUVAIS 53

Les hospitalisés qui occupaient une aile distincte de ce pa¬ villon, dans laquelle des malades avaient été soignés (la pre¬ mière malade entre autres) et des cas de contagion avaient été observés, furent considérés comme suspects, et maintenus isolés dans cette salle pendant 18 jours à dater de l’apparition parmi eux du dernier cas.

Aucune personne ne devait être admise à entrer dans le pa¬ villon réservé, sous quelque motif que ce soit, en dehors des médecins, des ministres des cultes et de l’économe. Ceux-ci, avant de pénétrer dans les salles, devaient revêtir un costume spécial qui resterait ensuite en permanence dans le vestibule. A leur sortie, ils essuieraient les semelles de leurs chaussures sur une serpillière largement imbibée d’une solution antisep¬ tique et se laveraient soigneusement les mains ainsi que la figure au savon, puis à la liqueur de van Swieten : une table avec cuvette, savon et solution antiseptique, fut placée à cet effet dans le vestibule du, pavillon.

Tout le linge ayant servi aux malades et aux suspects devait être trempé dans le pavillon môme, dans une lessiveuse métal¬ lique contenant de l’eau additionnée d’extrait de Javel à jaison de 1 p. 40 environ; il devait y séjourner au moins 12 heures avant d’être transvasé dans une autre lessiveuse, pour le trans¬ port à la buanderie mécanique. Le blanchissage de ce linge devait être fait à part.

Le balayage serait effectué après aspetsion avec une solution antiseptique. Les poussières recueillies seraient brûlées dans le foyer de la cuisine de ce pavillon. Les autres précautions habituelles seraient prises dans les salles des malades et des suspects.

S’il survenait un décès, la mise, en bière serait faite dans le vestibule même. Le cercueil, contenant de la sciure de bois largement imbibée d’une solution antiseptique, serait trans¬ porté dans une salle spéciale, distincte de la salle des morts habituelle, et ne devait être réouvert par la suite sous aucun prétexte, même sur les instances des familles.

Les aliments destinés aux malades, aux infirmières et au personnel de service, seraient portés à l’entrée du pavillon. La vaisselle ayant servi aux malades et au personnel ne devait pas en sortir. Les ustensiles ayant été utilisés pour le transport

84 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [6]

seraient lavés à l’eau bouillante additionnée de carbonate de soude avant d’être rendus au service général.

Toutes les portes donnant accès au pavillon seraient con- dainnées, à l’exception d’une seule.

Les malades guéris ne sortiraient du pavillon qu’après avoir pris un grand bain savonneux suivi d’une friction générale sur tout le corps avec une solution antiseptique. Les cheveux seraient l’objet des mêmes soins. Ils revêtiraient alors leurs vêtements qui auraient au préalable été passés à l’étuve.

L’établissement lui-même était consigné pour une période de 18 jours. Personne ne pouvait en sortir. Ceux qui y étaient appelés pour' les besoins du service, les fournisseurs, etc,, de¬ vaient avoir été récemment revaccinés.

L’attention de l’Administration des hospices fut attirée sur l’urgence qu’il y avait à ce que toute personne hospitalisée ou appartenant au personnel de l’établissement soit isolée, dès la première indisposition,

Enfin, dans le but d’éviter que la propagation de la maladie puisse se faire à distance, par l’intermédiaire des mouches, très nombreuses à cette époque de l’année, toutes les fenêtres du pavillon réservé furent garnies avec la gaze à, panse¬ ments, fournie par le Centre hospitalier de Beauvais.

3“ Soins a donner aux malades.

La seule infirmière de l’établissement qui donnait ses soins a tous les contagieux, quelle que soit la nature de la maladie dont ils étaient atteints, étant décédée de la variole, seule, une femme de service restait attachée à ce service, qui comprenait également des typhoïdiques, hospitalisés au premier étage (desservi par une autre porte du pavillon).

Cette situation fut entièrement modifiée d’urgence. Les ty¬ phoïdiques reçurent les soins d'une autre personne, la femme de service s’enfermant avec les varioleux, et des infirmières militaires furent demandées à TArmée. De nombreuses volon¬ taires se présentèrent, parmi lesquelles le sort désigna les trois qui devaient soigner les contagieux civils. Un nouveau tirage au sort désigna celle d’entre elles qui se rendrait dans la salle des typhoïdiques.

[1] ÉPIDÉMIE DE VARIOLE A BEAUVAIS 35

Toutes trois oui fait preuve, pendant tout le temps elles restèrent à l’hôpital, du plus grand zèle, du plus entier dé¬ vouement et d’une parfaite compétence. Le médecin traitant, les administrateurs et le contrôleur des mesures de prophy¬ laxie et de désinfection ont été unanimes à le reconnaître.

4“ Prophylaxie hors de l’hôpital.

Dès le 23 août, M. le Préfet de l’Oise sigma un arrêté pre¬ scrivant la revaceination obligatoire de toutes les personnes, quel que soit leur dge, qui ne pourraient justifier avoir été vaccinées ou revaccinées avec succès depuis moins de cinq ans et résidant dans les communes de Beauvais, Nolre-Dame- du-Thil, Sainl-Jusl-des-Marais et Tillé.

Une note, parue le 28 août dans le Recueil des actes admi¬ nistratifs, invite en outre les maires de toutes les communes du département à faciliter la revaccination de tous leurs admi¬ nistrés.

Par suite de l’apparition de nouveaux cas dans la ville de Beauvais, l’obligation vaccinale fut étendue, le B septembre, à toutes les communes situées dans un rayon de 6 kilomètres de cette ville. Cette limitation encore restreinte était motivée par la très grande pénurie de médecins susceptibles de pratiquer les opérations préventives prescrites et la très grande difficulté qui en résultait d’appliquer la revaccination dans un très grand rayon.

L’évolution de l’épidémie prouva, d’une part, que l’ex¬ tension de la mesure avait été utile; d’autre part, que sa limi¬ tation n’avait pas entravé l’application de mesures suffisantes, aucun cas ne s'étant produit au delà de ce rayon.

Des séances publiques de vaccination furent organisées dans toutes les communes visées, avec le concours des naédecins civils, des sages-femmes, de M. le médecin chef du Centre hos¬ pitalier et des médecins sous ses ordres, qui acceptèrent avec la plus entière bonne grâce ce surcroît de travail.

Les sauf-conduits pour circulation hors des localités envisa¬ gées par les arrêtés préfectoraux furent refusés (et le sont encore) à tous ceux qui ne pouvaient prouver qu’ils avaient été récemment revaccinés. Afin de diminuer la besogne des mêde-

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cins vaccinateurs, le certificat de revaccination fut remplacé par une mention portée sur la carte d’alimentation.

M. le Préfet demanda instamment aux médecins de lui faire connaître d’urgence et par exprès tout cas suspect de variole qui tomberait sous leur observation. Pareille demande fut faite aux médecins militaires, par l’intermédiaire de M. le médecin chef du Centre hospitalier de Beauvais.

Tout nouveau cas de variole devait être soigné à l’hôpital, dans le service spécial des con tagieux, à moins que l’inspecteur départemental d’hygiène, appelé spécialement à cet effet, n’ait pu constater que-les mesures strictes de désinfection et d’isole¬ ment du malade et des personnes qui le soignaient puissent être assurées à domicile dans des conditions aussi rigoureuses qu’à l’hôpital : en réalité, toiis les malades ultérieurs furent hospitalisés.

Plus de 40.000 vaccinations furent faites dans la population civile. Les réfractaires, dont le nombre n’a pas atteint 500, ont été l’objet d’une mise en demeure de satisfaire aux prescrip¬ tions de l’arrêté préfectoral. 4 seulement s’y sont refusés et ils ont été poursuivis en vertu des lois des 15 février 1902 et 7 septembre 1915.

Marche de l’épidémie.

Les mesures de prophylaxie venaient à peine d’être ordon¬ nées que, le 23 août, un cas nouveau était signalé en ville M™® J... (Anaïs), trente-trois ans, demeurant 34, rue Gambry, était hospitalisée pour variole caractérisée et confluente. Cette dame se rendait tous les jours de visite (dimanche et jeudi) dans la salle contaminée et y avait été en relations directes avec M™' O..., la première malade.

Le 28 août, M"“ V... (Léonie), cinquante-quatre ans, lingère de l’hôpital Saint-Lucien, revaccinée avec succèsj présentait une éruption discrète et caractérisée.

Le 1” septembre, nouveau cas intérieur chez M“*® veuve H... (Célestine), quarante-cinq ans, infirmière à la crèche, revacci¬ née avec succès.

Le 3 septembre, 2 nouveaux malades parmi les hospitalisés ; M“" veuve B... (Zoé), soixante et un ans, présente une forme

ÉPIDÉMIE DE VARIOLE A BEAUVAIS

peu confluente, etimeurt le même, jour ; elle était atteinte de gangrène diabétique. G... (Gabrielle), quarante-huit ans, hospitalisée depuis un mois pour anémie, faiblesse et gastrite chronique, présente une forme bénigne de l’alfection ; toutes deux avaient été revaccinées avec succès. La contagion hospi¬ talière remonte, pour tous ces cas, à une date antérieure à celle de l’application des mesures de pri)phylaxie.

11 en est de même de deux vieillards hospitalisés, atteints le 4 septembre, MM. B... (Jules), soixante-neuf ans, et G... (Ai¬ mable), soixante-deux ans, revaccinés avec succès et atteints tous deux d’une variole discrète.

Le 5 septembre, troisième cas dans la ville de Beauvais : M““ Du... (Eugénie), trente-neuf ans, demeurant 4, rue de Bre¬ tagne, est atteinte de variole très confluente ; elle avait été revaccinée deux jours avant l’apparition des premiers symptômes.

L’étiologie de ce cas parut très obscure, au premier abord ; elle s’éclaircit par la suite, dans les conditions rappelées plus loin.

C’est à la suite de l’apparition de ce cas que l’obligation de la revaccination fut étendue dans un rayon de six kilomètres autour de la ville.

Le 7 septembre, quatrième cas en ville : M™® M...-G... (Hé¬ loïse), cinquante-quatre ans, demeurant 24, rue de l’Infanterie, récemment revaccinée ; ce cas se rattache à la même origine que le précédent.

Le flseptembre, cinquième cas en ville chez xM“' De. . . (Ophélie) , quarante ans, demeurant 6, rue Saint-Jean, récemment revac¬ cinée, cas bénin ayant la 'même étiologie. Le même jour, M“' V... (Mariel, trente-neuf ans, domestique chez M““De..., revaccinée avec succès, est également hospitalisée; il est reconnu par la suite qu’il. s’agissait chez elle d’une éruption vaccinale.

11 en fut. de même pour M''® G... (Jeanne), hospitalisée le 10 septembre, et revaccinée avec succès.

Le 26 septembre, M“' V... (Marie), cinquante-sept ans, demeurant à Saint-Martin-le-Nœud, revaccinée le 18 septembre, est hospitalisée pour une variole grave et confluente. Elle mourut le lendemain. M">® V... était la tante de M““ Du..., hospitalisée

SOCIÉTÉ DK MÉDECINE PUBLIQUE

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le 5 septembre ; elle était allée voir sa Diè(p le jour même de son admission dans le service d’isolement. Les premiers signes de la maladie ont fait leur apparition le lendemain de sa vacci¬ nation; l’incubation a donc été de 14 jours exactement. Elle n’a eu aucun rapport avec les autre.s malades.

Enfin, le 8 octobre, une malade de Beauvais fut admise dans le service spécial d’isolement avec le diagnostic de variole’; il fut reconnu qu’elle élait porteur d’une éruption syphilitique, coïncidant avec une hyperthermie d’origine grippale.

L’étiologie de la maladie aurait paru très douteuse pour 4 de ceux qui en furent atteints si certains commémoratifs ne per¬ mettaient pas d’affirmer qu’il y eût un autre cas méconnu et suivi de décès.

La fille de Du..., âgée de vingt-cinq ans, vivant de la prostitution et sans domicile fixe, avait été admise à l’hôpital du 2 au 10 août, pour affection vaginale, probablement blen¬ norragique. Elle avait occupé le lit voisin de celui de la pre¬ mière malade, avant l’isolement de celle-ci. Elle mourut presque subitement le 21 août, à la suite d’une chute de bicyclette, ayant présenté des phénomènes hémorragiques gastriques ainsi que des suffusions sanguines et des pétéchies sur le corps. Elle avait été soignée chez De..., tombée malade le 2 septembre, par sa mère, malade le 31 août et par M”' M..., malade le l'”' septembre.

Ces trois cas et celui de M®' Du... s’expliquent de cette manière. Il faut retenir que, quoique le médecin ait affirmé que M"” Du... n’ait présenté aucun signe de variole (c’est le même médecin qui a fait isoler une syphilitique avec le diagnostic de variole), seules, dans la ville de Beauvais, ont été atteintes, après l’application des mesures de prophylaxie, des personnes ayant été en contact direct avec elle au moment de son décès et que celui-ci est survenu 11 jours après sa sortie de la salle contaminée et 16 jours après son éloignement de la première malade.

Afin d’éviter l’apparition de nouveaux cas analogues, une surveillance discrète fut exercée dans l’entourage des malades hospitalisés : aucune affection suspecte ne fut observée.

Il faut noter enfin que deux personnes ont été admises dans

[11] ÉPIDÉMIE DE VARIOLE A BEAUVAIS S9

le service d’isolement pour des éruptions consécutives à la revaccinalion.Ceséi'uptionsmaculo-papuleusesel urticariennes ont eu une évolution rapide et très bénigne. D’autres sem¬ blables, assez nombreuses, auraient en outre été observées en ville.

Les malades sont tous guéris, à l’exception de Om..., M"" P..., M®' B..., M“= V... et M''° Du..., quf sont décédées. La dernière malade est sortie du pavillon d’isolement le 28 octobre 1918.

Désinfection.

Le service départemental de désinfection a été appelé à don¬ ner son concours très actif à l’oeuvre de protection de la santé publique.

Le chef de poste était mobilisé ; sa mise en sursis a été demandée avec instance par M. le ministre de l’Intérieur : elle a été refusée, cet agent ayant été déclaré indispensable comme motocycliste !

L’agent titulaire a apporté le plus grand dévouement dans l’application des mesures de prophylaxie et il a été l’objet d’un tel surmenage, occasionné par les désinfections, tant pour variole que pour diphtérie, dysenterie et tuberculose, qu’il s’est trouvé contraint d’abandonner brusquement son service, au plus fort de l’épidémie. Le chef de poste de Liancourt est venu le suppléer et a assuré, malgré de très grandes diffi¬ cultés, ce double service avec un zèle et une compétence dignes d’éloges.

Le service de désinfection s’élait trouvé en présence d’une situation très difficile, en raison de la pénurie des antisepti¬ ques, réquisitionnés par l'armée.

Sur la demande de M. le ministre de l’Intérieur, 1.000 fumi- gators Gonin et une certaine quantité de crésylol ont été fournis au département par M. le Sous-Secrétaire d’Etat du Service de Santé : les mesures nécessaires ont ainsi pu être appliquées d’une façon satisfaisante.

Les opérations de désinfection finales ont été effectuées le 29 octobre, dès la sortie de l’hôpital de la dernière malade.

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tl2J

En l'ésumé, 20 malades ont été hospitalisés pour variole. 4 sont morts. 3 cas n’ont pas été confirmés. Un seul cas exté¬ rieur a été constaté, et aucun cas nouveau ne s’est produit le 26 septembre. L’épidémie peut donc être considérée comme terminée.

II faut noter le nombre relativement élevé des cas de variole ayant évolué chez des personnes récemment'revaccinées, l’incu¬ bation remontant avant cette opération. Elle a parfois été très sérieuse et même suivie de décès, lorsque l’apparition des pre¬ miers signes a suivi de très près l’inoculation de la lymphe vaccinale. ^

Celte dernière a parfois provoqué l’apparition d’éruptions urlicariennes assez confluentes pour faire craindre à certains médecins qu’ils ne se trouvent en présence d’une éruption variolique à son début.

b hommes et 16 femmes ont été atteints : c’est une propor¬ tion semblable à celle qui est habituellement observée dans les épidémies de variole, les hommes étant l’objet, lors de leur service militaire et des périodes suivantes d’instruction, de revaccinalions multiples qui les mettent plus à l’abri de la contagion.

9 malades étaient âgés de plus de quarante ans et de moins de soixante; 6 avaient dépassé cet âge., La raison doit en être recherchée dans le fait que les personnes plus jeunes sont encore immunisées par les vaccinations antérieures.

Le nombre élevé de malades observés parmi le personnel infirmier et parmi les hospitalisés de l’établissement montre combien il serait indispensable que le diagnostic soit posé d’une façon très précoce. D’autre part, si les médecins de Beauvais avaient eu connaissance des épidémies localisées de variole qui avaient sévi antérieurement sur divers points de la France, leur attention aurait été attirée sur la menace de l’in¬ vasion de la maladie dans la région ils exercent et de très nombreux cas auraient pu être évités. Ceci montre, une fois de plus, l’utilité de la publication régulière d’une statistique sanitaire de toute la France, analogue à celles qui sont établies

[13] L’ENSEIGNEMENT DE L’HYGIÈNE DANS LES ÉCOLES

par le ministère de l’Agriculture pour les épizooties, et qui serait adressée de même à toutes les préfectures, à charge à celles-ci d’en faire connaître les points importants aux divers médecins exerçant dans les départements.

Grâce à la très stricte application de mesures prophylac¬ tiques, qui ont paru draconiennes à certains médecins et à une partie de ta population, grâce au très précieux concours qui a été apporté de tous côtés, l’extension de l’épidémie de variole à Beauvais a été très limitée et les soins aux malades ont été assurés avec le plus grand dévouement.

Depuis cette époque, deux cas isolés de variole confirmés ont été observés dans le département de l’Oise, l’un, te 3 no¬ vembre, au Plessier-sur-Saint-Just, l’autre, le 18 novembre, à Rochy-Condé. Ils ne peuvent en rien se rattacher à l’épidémie de Beauvais.

Dès leur apparition, la vaccination obligatoire a été prescrite dans toutes les communes situées dans un rayon de 6 kilo¬ mètres autour de la commune infectée. Ces opérations ont été effectuées avec le concours des médecins militaires.

Grâce aux mesures prises d’urgence, aucune contamination n’a été observée dans l’entourage des malades.

L’ENSEIGNEMENT DE L’HYGIÈNE DANS LES ÉCOLES

M. le D" Marcuoux, reprenant la première partie de sa com¬ munication de la précédente séance relative à l’enseignement de l’hygiène dans les écoles, expose les moyens qu’il croit de nature à faire prendre aux enfants des habitudes d’hygiène et de propreté en les intéressant à la bonne tenue des locaux scolaires et à leur entretien et en les habituant à prendre eux- mêmes des habitudes de propreté corporelle.

Discussion.

M. le D' AzouL.iY. Dans celle ignorance de l’hygiène parmi la population scolaire, h-s instituteurs sont trop souvent les principaux

62 SOClèTÈ DE MÉDECINE PUBLIQUE [14]

coupables. Us savent ou sont censés savoir l’hygiène, tandis que les parents des éfèves l’ignorent en général. De plus, les instituteurs doivent non seulement donner aux écoliers des notions théoriques d’hygiène, mais encore leur en faire observer certaines pratiques. Èh bien, il suffît de visiter une école en plein fonctionnement pour constater que, trop fréquemment, il est loin d’en être ainsi. Cite- rai-je le cas d'une école le directeur, prié par le médeciù inspec¬ teur de faire, en été, manger les enfants de la campagne sur des tables ou des bancs, continua à lés laisser manger à terre? "Rap¬ porterai-je le cas d’un autre directeur qui, prié de faire laver au savon les mains des élèves avant leur déjeuner de midi, n’en fit rien? Or, il n’y avait qu’à jeter un coup d’œil dans les cabinets pour en voir les parois abondamment maculées par les doigts. 11 est défendu d’admettre les enfants atteints d’impetigo que tous les instituteurs connaissent très bien, et trop souvent les enfants viennent en classe, comme si de rien rfétait. Lavisite. de propreté et deé" mouchoirs, avant l’entrée, est rarement ou superficiellement faite, etc., etc. Je n’insiste pas, les exemples fourmillent.

Un autre grand coupable contre l’hygiène, c’est le maire, c'est la municipalité. Toute dépense scolaire ou urbaine pour l’hygiène n’étant pas comprise ]^ar la population des communes, rurales sur¬ tout, les conseillers municipaux, ; qui d’ailleurs en ignorent eux aussi l’importance, s’y refusent, de jieur que les impôts et taxes en résultant ne leur aliènent les voix des électeurs la fois suivante, et rien n’est fait. Ce qu’iLy à de plus lamentable, c’est que ce sont les écoles maternelles et les classes des plus petits dans les écoles communales qui sont les plus sacrifiées', parce que les enfants, trop jeunes, ne savent pas se plaindre. De tout cela j’ai des exemples précis, du moins pour la région que je connais.

M..Glay, secrétaire général adjoint des„Amicales d’instituteurs, m’a dit qu'il en est autrement dans le Nord, en général.

Le médecin aussi est responsable de l’état présent des choses. Un de mes confrères me citait récemment le cas d’un inédecin inspecteur d’écoles qui, âgé et réduit dans ses facultés .mentales, continuait à abandonner les élèves. D’autres n’oht même pas ces excuses, pour ne pas exercer consciencieusement leur devoir! Je puis citer un cas opposé, qui montre à quel point élèves et parents sont susceptibles de prendre vite des habitudes hygiéniques sous l’influence du médecin inspecteur. Dans un groupe 'd’écoles, deux fois l’an, le médecin faisant rassembler les enfants dans la cour, leur montre, brosse, savon et verre à la main, comment on se brosse les dents. Depuis, les pharmaciens du pays arrivent diffici¬ lement à contenter (nous sommes en guerre) les demandes de

[15] L’ENSEIGNEMENT DE L’HYGIÈNE DANS LES ÉCOLES

brosses à dents, et le dentiste est surpris des améliorations qu’il a constatées. Quant aux parents, mis en confiance par l’attention accordée à la santé de leur progéniture et les conseils sérieux donnés pour son amélioration, Us observent davantage tes règles et avis indiqués; et cependant ce médecin n’exerce pas dans le pays.

On n’arrivera à faire pénétrer l’hygiène chex les parents actuels qu’en les faisant bénéficier pratiquement, pécuniairement ses avantages; les soins obligatoires à donner aux enfants indigents malades de maladies évitables non fébriles et aiguës, sont un de ces moyens que j’ai développé ailleurs. J’ai sur ces questions tout un programme à mon expérience comme médecin inspecteur scolaire dans une commune rurale.

M. le Cbassevant. Je suis d’accord avec les orateurs qui m’ont précédé sur la nécessité d’êduquer surtout l’instituteur et le professeur qui, pour la plupart, méconnaissent les notions les plus indispensables de l’hygiène, et surtout ne les appliquent pas dans leurs écoles.

Mais je me demande quel serait le sort d’un instituteur qui, ayant la foi de l’apôtre, en supposant qu’il en ait les moyens matériels, voudrait exiger qùe ses élèves prissent chaque semaine un bain- douche, ! Qu’adviendrait-il si l’un des élèves attrapait dans la semaine suivante un rhume ?

Les parents n’hésiteraient pas à accuser l’instituteur, et à vouloir le rendre responsable de la maladie de leur enfant, et peut-être la révocation, ou tout au moins son déplacement serait demandé et sans doute obtenu.

Je me rappelle les difficultés de toutesorlequ’aeuesM. leD'Loir, chef du bureau d’hygiène du Havre, lorsqu'il s’est obstiné â débar¬ rasser les têtes des enfants dès écoles communales la faune qui habitait leurs chîevelures ; il a fallu toute son autorité et toute son énergie, avec la sanction toute la municipalité, qui a risqué sa reélection.

Non. Ceci ne veut pas dire que je ne m’associe pas et de tout cœur à l’initiative de notre collègue Marchoux. Je viens d’organiser à la Faculté de Médecine, sous la direction.de mon maître, le pro¬ fesseur Chànleniesse, les tr^'Vaux pratiques d’Hygièné, les futurs médecins y bottt^familiarisës qvec l’hygiène pratique.

Ils seront donc d’utiles collaboratèufs pour convaincre nos popu¬ lations de la nécessité de rompre avec les habitudes ancestrales de malpropreté.

J’eslime qu’il faut obtenir l’appui de toutes les initiatives offi-

64 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [16]

cielles ou privées, pour introduire dans le peuple les habitudes de propreté et d’hygiène qui sont trop méconnues à tous les degrés de notre société française.

M. Émile Kerdj réàumant ce qu’il a dit précédemment propose la nomination d’une Commission chargée d’étudier les propositions du D' Marchoux et de déposer le rapport à bref délai.

M. Kohn-Abrest s’élève contre la déduction que l’instituteur ne connaît pas l’hygiène, du fait què son école est tenue plus moins hygiéniquement. On ne saurait dayantage reprocher à des hygié¬ nistes émüneiits ou à des administrateurs de l’hygiène d’être logés dans des locaux rien moins qu’hygiéniques. Il faudrait développer l’initiative individuelle et mettre facilement tous les moyens à la disposition des instituteurs, pour qu’ils puissent satisfaire aux désirs légitimes des hygiénistes.

M. Fontaine, tout en constatant l’incontestable bonne volonté des instituteurs, croit devoir faire remarquer que d’une part ils sont insuffisamment préparés à enseigner l’hygiène pratiqué, parce que l’École normale n’a guère pu leur donner à eux-mêmes cet ensei¬ gnement, et que, d’autre part, ils vivent dans un milieu naturelle¬ ment hostile à l'application des principes les plue élémentaires d’hygiène. Pour remédier à l’insuffisance de l’enseignement dans les Écoles normales, il serait possible de faire appel à des spécia¬ liste^ qui donneraient des conférences accompagnées de démonstra¬ tions pratiques, comme cela k eu lieu dans l’Oise avec tant de succès. Il sera plus difficile de triompher de l’obstination des popu¬ lations qui paralyse l’effort de l’instituteur ; ce ne sont pas les lois, décrets et règlements qui manquent ; mais il y a une sorte de conspiration générale pour les rendre inopérants ; seules les lois financières et militaires sont respectées ; la loi scolaire l’est mal¬ heureusement moins que toute autre. Il n’y a pas lieu de se décou¬ rager, mais de dénoncer le mal et de travailler à faire respecter la loi.

M. Kern. La Société ne peut se proùoncer sur la suite à donner à cette discussion sur un sujet aussi vaste et aussi important que celui soulevé par M. Marchoux. |

11 conviendrait, à mon avis, de désigner une Commission de quelques membres pour étudier la question en petit Comité et préparer un travail sur lequel la Société pourra délibérer.

[lil L’ENSEIGxNEMENT DE D’UYGIÈNE DANS LES ÉCOLES

M. LE Président consulte la Société sur la proposition de M. Kern, qui est adoptée.

Les membres suivants sont désignés pour faire partie de cette Commission.

.MM. Azoulay, Léon Bernard, Ghassevant, Kohn-Abrest, Fontaine, Kern, Marchoux, Borne, Pottevin.

La séance est levée à 18 heures 50 minutes.

[l'J] 61

SOCIÉTÉ

DE MÉDECINE PUBLIQUE

ET DE GÉNIE SANITAIRE

Recoimue d'utilité publique par décret du 8 mars 1900.

SEANCE DD J.4NVIER 1919.

Présidence de M. Jules Renault, président.

La séance est ouverte à 17 heures.

M. LE PHÉsiDE.vr, J’ai, Messieurs, à demander vos suffrages pour la nomination des membres présentés à la dernière séance.

Membres nommés.

M. le D" Goébé, médecin de 1“ classe de la marine à Brest, présenté par MM. les D” Jules.Renault et Paul Faivre.

M. le D' Moitbon, inspecteur départemental d’hygiène du Finis¬ tère, à Qoimper, présenté par MM. les D” Jules Renault et Paul Faivre.

M. le D* Mé»y, médecin des hôpitaux de Paris, présenté par MM. les D** Jules Renault et Marchoux.

M. Bbisac, directeur de l’Hygiène et de l’Assistance publiques au ministère de l’Intérieur, présenté par MM. les D” Jules Renault et Marchoux.

68 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [20]

Je présente à vos réflexions, pour les nommer à la prochaine séance, deux candidats nouveaux.

Membres présentés.

1“ M. le D' Fernet, chef de laboratoire à l’hôpital Saint-Louis, présenté par MM: Kohn-Abrest et Faivre ;

2“ M. le D'embrun, député delà Loire, présenté par MM. les D“ Jules Renault et Marchoux.

Jistîuction honorifique.

M. UE Secrétaire, général : J’adresse à notre collègue M. Dienert, qui vient d’être promu chevalier la Légion d’honneur, nos plus vives félicitations.

Décès.

Que notre collègue M. le Léon Bernard veuille bien accepter toutes nos condoléances; il vient d’être cruellement et doublement frappé en la personne de son père et de s'a mère, à quelques jours d’intervalle. Nous lui adressons au nom de la Société, dans la dou¬ loureuse épreuve qu’il traverse, l’expression de notre vive sympa¬ thie.

Présentation d’ouvrage.

M. le Rv Paul Faivre. J’ai l’honneur de déposer sur ,1e bureau de la Société, an nom de son auteur, M. le D' Lansiès, et de notre collègue, M. le D' Loir, directeur du bureau d’hygiène du Havre, un ouvrage intitulé ; Les origines du Service de Santé maritime du Havre.

L’intérêt de cette monographie ne réside pas seulement dans la présentation d’un chapitre d’histoire locale, appuyé de documents, nombreux, et particulièrement attachant, puisqu’il s’agit de l’un de nos plus grands ports, mais aussi dans les enseignements qu’elle nous apporte sur l’évolution qui s'est produite en matière de pro¬ phylaxie, sanitaire maritime.

[21] HYGIÈNE PUBLIQUE ET HYGIÈNE SOCIALE 69

A la notion empirique de défense contre des maladies dont l’ori¬ gine était inconnue et que l’on englobait sous la dénomination de « pestilentielles exotiques », à la « quarantaine » que l’on imposait aux navires, lorsqu’on ne les repoussait pas, ont été substituées des mesures rationnelles, s’attaquant à la cause même. de ces maladies, qui ont libéré la navigation maritime d’inutiles et fâcheuses entraves. Bien que n’abordant pas celte dernière période, l’ouvrage de M. le D' Lausiès nous permet d’apprécier par comparaison les avantages qu’elle comporte.

Ordre du jour.

M. LE Pbésident. L’ordre du jour appelle la communication de M. le D'" Abmand-Dblille.

COMMUNICATION

HYGIÈNE PUBLIQUE ET HYGIÈNE SOCIALE

AUX ÉTATS-UNIS

( NOTES DE ' VOYAGE )

par M. le Dr P. ARUAND-DELILLE.

Au cours d’une mission accomplie le printemps dernier aux États-Unis, j’ai eu l’occasion de visiter un certain nombre d’organisations gouvernementales ou privées ayant trait à l'hygiène publique ou particulièrement à la protection de la santé des individus et des collectivités.

Je ne voudrais pas entreprendre de donner ici une description de l’organisation des services d’hygiène publique dans les divers États de la grande République américaine. Je désire seu¬ lement vous communiquer quelques impressions et en retirer les enseignements qui peuvent être utiles au progrès de ces organisations dans notre pays.

■ÏO SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [22]

Ce qui m’a particulièrement frappé, c’est la place très grande que tiennent l’hygiène publique et surtout l’hygiène sociale parmi les préoccupations des classes éclairées du public américain; c’est aussi, et c’en est la conséquence directe, la collaboration intime qui existe entre les pouvoirs publics et les citoyens privés, ou les représentants des groupements privés, pour étudier et surtout pour faire aboutir rapidement les solu¬ tions des questions de cet ordre qui se posent presque journel¬ lement. Elles ont une importance d’autant plus grande que ces villes s’accroissent chaque année d’une manière souvent formidable.

L’organisation fédérative des États-Unis, très différente de notre centralisation, fait qu’il n’existe pas un système unique d’hygiène publique et d’hygiène sociale, chaque Etat ayant sa législation sanitaire et ses institutions publiques indépen¬ dantes; mais le gouvernement central de Washington tend de plus en plus à unifier ces différentes organisations ou à les faire rentrer dans un système unique; il garde, d’ailleurs, un droit de contrôle en tout ce qui a trait aux questions de police sanitaire internationale et d’hygiène publique d’intérêt commun pour les différents États.

C’est ainsi quelle U. S. Public Health service, de Washington, qui dépend du ministère du Trésor (parce que, disent les Amé¬ ricains, avoir un bon état sanitaire est une économie pour le pays), étend de plus en plus ses attributions. Il a été créé en 1902 par la transformation du Marine Hospital service dont le nom a été changé en même temps que son domaine a été étendu, par un acte approuvé par le Congrès (juillet 1902); il a de nouveau été remanié et encore grandi en 1912.

Ce service, qui a à sa tête le Surgeon general Elue, qui, malgré son titre, est un épidémiologiste, comprend actuelle¬ ment 7 divisions :

1. Recherches scientifiques;

2. Service quarantenaire et de l’immigration ;

3. Service quarantenaire intérieur (interstate) ;

4. Rapports sanitaires et statistique;

5^ Hôpitaux de la marine;

6. Personnel;

7. Questions diverses.

[23J HYGIÈNE PUBLIQUE ET HYGIÈNE SOCIALE 11

Il possède non seulement ses propres bureaux et laboratoires, mais il joue de plus, grâce à un personnel spécial, un rôle advisorial et éducationnel, c’est-à-dire un rôle de conseiller et de moniteur vis-à-vis des pouvoirs publics des différents États ou de leurs administrations compétentes.

A côté de ce Public Health service du gouvernement central, chaque État et même, pour les grandes villes, chaque munici¬ palité possède un Board of Health ou service de la Santé publique.

Celui de New-York, organisé par le D' Park, et celui de l’État de New-York d’autre part, sont des modèles du genre, particu¬ lièrement en qui concerne leur organisation pour la pro¬ phylaxie des maladies contagieuses. Ces services de la santé publique ne se contentent pas d’avoir un service de police sanitaire doté d’agents exécutifs ayant le droit de dresser des contraventions, d’infliger des amendes et même d’appré¬ hender les contrevenants, mais il se préoccupe tout particu¬ lièrement de son rôle de conseiller et d’éducateur du public.

Le Board of N. Y. City, qui occupe un vaste bâtiment pour ses services, sans parler de celui qui est réservé à ses laboratoires, fait imprimer ies affiches illustrées relatives à la prophylaxie des maladies épidémiques, à la lutte contre les parasites et insectes, agents de diffusion des maladies infec¬ tieuses, lutte contre les moustiques, lutte contre les mou¬ ches, etc. L’été dernier, ce service avait fait imprimer des instructions aux habitants de New-York, étant donné que très souvent ils rapportaient d’un séjour de villégiature des fièvres typhoïdes contractées en buvant des eaux contami¬ nées, leur conseillant de se faire vacciner au vaccin anti¬ typhoïdique trivalent avant de partir en vacance, et leur indi¬ quant les endroits ils pouvaient se faire vacciner gratuite¬ ment.

Ce service, s’occupe aussi de tout ce qui a trait à l’hygiène sociale et a entrepris avec une grande efficacité la lutte contre la mortalité infantile. A cet effet, il a été créé un bureau de l’enfance, qui, à l’imitation de nombreuses initiatives 'privées^ a organisé, dans la ville de New-York, 52 consultations de sur¬ veillance des nourrissons sains, munies d’un service d’infir¬ miers-visiteurs à domicile. Ce service surveillait en 1916 plus

12 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [241

de 52.000 enfants et avait fait faire dans cette même année plus de 250.000 enquêtes ou visites à domicile.

Un des grands éléments du progrès de l’hygiène publique et de l’hygiène sociale aux États-Unis réside dans l’existence des infirmières- visiteuses, qui ont d’abord été créées pour le district nursing, c’est-à-dire pour visiter et soigner à domicile les malades pauvres ou d’aisance insuffisante, sous la direction du médecin de quartier, dont elles ne sont pas des concur¬ rentes, mais au contraire des collaboratrices. J’ai étudié ces organisations dans différentes grandes cités des États-Unis. Les unes relèvent d'œuvres et d’initiatives privées, les autres ont été créées par des services municipaux, ou résultent, ce qui est encore mieux, de la collaboration des services municipaux avec la fédération des œuvres de charité et avec les facultés de médecine.

Leur organisation a fait l’objet d’une étude publiée dans les Archives de médecine des enfants en bas âge et la Revue philan¬ thropique. Je ne veux en détacher, à titre d’exemple, qu’un paragraphe relatif à l’organisation des dispensaires d'hygiène sociale dans la ville de Cleveland, dont l’organisation m’a paru particulièrement excellente et pourrait servir de modèle en ce qui concerne le fonctionnement des dispensaires d’hygiène sociale que nous cherchons à créer en France, en ce mo¬ ment.

Au point de vue de l’organisation générale et de Funifîcatlon des services d’assistance pour les nourrissons et les enfants, c’est la ville de Cleveland qui nous paraît actuellement avoir abouti aux résultats les plus complets.

Ces résultats sont dus à dilTérentes causes; tout d’abord la ville n’est pas trop grande, elle ne compte que 700.000 habi¬ tants. D’autre part, l’brganisation actuelle est due au dévoue¬ ment de deux hommes qui se sont entièrement, consacrés à cette question, à savoir Je D"" Bishop, chef des services d’hy¬ giène et d’assistance de la ville {Commissionner of heaith), et le D'' Boit, chef du bureau des enfants.

Comme le font remarquer très justement les Américains, avec leur esprit pratique d’évaluation, la ville de Cleveland reconnaît l’importance de ces services, puisqu’elle accorde au

[25]

HYGIÈNE PlBLIQUE ET HYGIÈNE SOCIALE

Commissionner of health un traitement de 12.000 dollars, soit 60.000 francs par an.

La direction de l’hygiène publique de Cleveland a donc créé des dispensaires d’hygiène sociale qui comportent essentielle¬ ment un service de surveillance de la santé des enfants sains et des enfants malades, un service général d’assistance aux malades adultes, un service antituberculeux.

Ces dispensaires sont placés au centre de chacun des districts établis suivant les besoins de la population. Chaque dispen¬ saire comprend deux services, indépendants et -séparés comme locaux, l’un pour -les tuberculeux, l’autre pour les enfants, mais sous une direction unique, ce qui permet aux enquêtes d’hygiène sociale d’aboutir très rapidement à des résultats pratiques de mesures d’hygiène et de prophylaxie. Chaque dispensaire possède pour chacun de ces deux services une enquêteuse du social service (hygiène sociale); pour le service des tuberculeux un certain nombre d’infirmières-visiteuses sur lequel je ne m’étendrai pas; je ne donnerai ici de détails que sur le service des enfants.

Organisation du service des enfants. La ville est divisée en districts comportant chacun un dispensaire {Unit).

Le service comporte, pour chaque dispensaire de district:

Une infirmière-visiteuse pour nourrissons sains;

Une infirmière-visiteuse pour le service prénatal ;

Une infirmière-visiteuse soignant à domicile pour les en¬ fants malades.

De plus, un service spécial d’infirmières-visiteuses pour les affections des yeux, fréquentes dans cette ville, est organisé au bureau central de la municipalité, ainsi qu’un service d’in¬ firmières-visiteuses pour les affections contagieuses. Ces infir¬ mières sont envoyées par le bureau central qui est prévenu par chacun des dispensaires par appel téléphonique, aussitôt que la directrice a appris par les infirmières-visiteuses l’existence d’un cas suspect.

L’infirmière des nourrissons sains et celle du service pré¬ natal se contentent de visiter les femmes et de veiller à ce qu’elles viennent régulièrement aux consultations spéciales.

L’infirmière pour enfants malades, aussitôt qu’elle voit un

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE

[26]

cas, fait appeler le médecin de la famille, et donne à l’enfant les petits soins. On enseigne à la mère les soins à donner en conformité avec les ordonnances du médecin traitant.

Si elle se trouve en présence d’un cas de maladie conta¬ gieuse, elle fait immédiatement appeler une infirmière de l’équipe spéciale, qui, suivant le cas, ou bien soignerais malade à domicile, ou bien le fera conduii^e à un hépital pour con¬ tagieux.

La directrice du dispensaire est responsable de la tenue à jour des fiches. Celles-ci comportent ;

1“ Une fiche d’enquête d’hygiène sociale ;

2“ Une fiche- individuelle pour la mère;

3“ Une fiche individuelle pour l’enfant;

4“ Une fiche individuelle pour les malades chroniques, con¬ stituant un dossier conservé dans un classeur spécial.

Sur les fiches sont inscrites d’une part les consultations au dispensaire, d’autre part les visites de la visiteuse indiquant les motifs pour , lesquels la mère n’est pas venue au dispen¬ saire. Elles indiquent aussi les maladies surven'ues chez l’enfant.

En cas de maladie, une feuille d’observation détaillée est rajoutée, comportant l’histoire de la maladie, l’observation et le diagnostic du médecin traitant, les soins donnés par la visiting nurse et le nombre de ses visites; enfin la convales¬ cence, les mesures prises pour faciliter cette convalescence (séjour à la campagne, etc.), et de plus les secours accordés par les oeuvres d’assistance publiques et privées.

L’organisation centralisée, tout en donnant en même temps une certaine autonomie avec chaque dispensaire d’hygiène, permet de rester en rapport constant, pour les besoins du service, avec les diverses institutions et oeuvres d’assistance ou d’hygiène infantile que le Bureau of Child hygiene contrôle en même temps, à savoir :

Distribution du lait pur à prix réduit;

Hôpitaux pour enfants ;

3“ Hôpitaux pour tuberculeux ;

4“ Crèches;

5“ Asiles temporaires ;

Écoles de plein air ;

[21] HÏGIÈNE PUBLIQUE ET HYGIÈNE SOCIALE 75

7'’ Hôpitaux sanaloria pour enfants tuberculeux ;

Colonies de vacances ;

9“ Placement d’enfants anémiques à la campagne.

Une seule organisation, malheureusement, reste en dehors du contrôle du Comité : c’est le service d’inspection médicale des écoles, avec ses médecins et ses visiting nurses, qui dépend du service de l’instruction publique ou Board of éducation, mais ce service est cependant en rapport avec le dispensaire pour les cas les enfants des écoles tombent malades.

Enfin, point très important à signaler, le Bureau of Child hggiene a organisé un service de publicité très complet, qui non seulement imprime des tracts et des brochures, mais qui cha¬ que semaine publie un article d’hygiène infantile, avec pho¬ tographies et illustrations appropriées, dans les principaux grands quotidiens de Cleveland et de l’État de l’Ohio. Cet État de l’Ohio a lui-même un bureau d’hygiène infantile, qui compte 300 comités dans les principales villes et communes rurales. Il est placé sous la précieuse direction de M“° le D' Hollingshord.

Les deux caractéristiques de l’organisation de l’hygiène publique et des œuvres d’hygiène sociale aux États-Unis sont ;

Pour la première, l’existence d’un corps spécialisé d’agents de police sanitaire ayant reçu uhe éducation spéciale, et appli¬ quant rigoureusement des contraventions et des sanctions.

Pour la deuxième, l’existence aussi d’un corps spécialisé d’agents éducateurs ( visiteuses et monitrices d’hygiène) qui tout d’abord contribuent à la constitution de la fiche sanitaire de l’habitation, delà famille, et d’autre part vont faire à domicile l’éducation hygiénique de la famille.

Pour le tuberculeux, elle lui apprend à se soigner et enseigne à lui-même et à son entourage les mesures de pro¬ phylaxie à prendre pour éviter la dissémination de la maladie, elle le guide vers le dispensaire ou les différentes œuvres d’assistance qui peuvent lui venir en aide, à lui-même ou à sa famille.

16 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [;i8]

Pour le nourrisson et l’enfant, elle vient à domicile, d’une part avant la naissance, dès que la femme est enceinte, pour la préparer moralement et matériellement aux devoirs de la mater¬ nité et l’aider au moment de l’accouchement ; dès que l’en fan i est né, elle enseigne à la mère la manière de le nourrir, de le laver, d’aérer sa chambre, en un mot, elle lui inculque les notions essentielles d’hygiène infantile et veille, par des visites répétées, à l’exécution des mesures nécessaires. D’autre pari, elle l’utilise à la consultation de nourrissons dont eïle surveille la fréquentation régulière.

Plus tard, dans la période qui va de dix-huit mois à cinq an.e, elle surveillera la croissance de l’enfant et le fera envoyer, avec ou sans sa mère, dans des stations d’aération à la campagne ou au bord de la mer.

Lorsque l’enfant est à l’école, c’est l’infirmière scolaire qui, sous la direction du médecin scolaire, prend la direction de la santé de l’enfant, surveille cette santé non seulement par des examens répétés de l’état de la peau, du cuir chevelu, de la gorge, mais aussi en signalant les lièvres éruptives et maladies contagieuses, et, si l’enfant est anémique ou suspect de tuber¬ culose, en le faisant envoyer dans des écoles de plein air et des colonies de vacances.

Enfin, pour les adultes, en dehors du service antituberculeux, nombre de villes viennent d’organiser des services de prophy laxie des maladies vénériennes avec enquêtes sociales et- soins à domicile.

Ce qui frappe aussi, aux États-Unis, en dehors de la préoc¬ cupation du bon fonctionnement de l’hygiène publique et de l’hygiène sociale, c’est la collaboration constante entre les pouvoirs publics et les représentants des oeuvres d’assistance privée.

Dans presque tous les États, le directeur des services d’hygiène (Board of health) a encouragé ou provoqué la création d’un comité représentant les œuvres d’assistance privée (Fede¬ rated Charité.) Ou bien, il demande à ce comité de lui servir de conseiller, ou bien il collabore efficacement avec lui ; dans cer-

HYGIÈNE PUBLIQUE ET HYGIÈNE SOCIALE

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taines villes, le travail d’hygiène sociale est partagé entre les pouvoirs municipaux et les oeuvres privées. C’est ainsi qu’à Baltimore, c’est la municipalité qui a organisé les dispensaires antituberculeux, tandis qu’elle a chargé la Federated Charité d’organiser les consultations de nourrissons. A New-York, au contraire, c’est le Board of health qui a créé lui-même un Childrens Bureau- qui fait fonctionner les consultations de nourrissons.

A Boston, le travail est entièrement fait par les œuvres pri¬ vées et le Massachussets general Hospital, mais sous la direction d’un directeur de l’Hygiène nommé par le gouverneur de l’État de Massachussets.

Ce qu’il est intéressant de signaler aussi, c'est que les Uni¬ versités ne restent pas étrangères à ce mouvement, et que dans chaque ville, un ou plusieurs districts sont entièrement des¬ servis par des étudiants ou étudiantes qui y travaillent sous la direction de moniteurs payés par l’Université.

De cette collaboration découlent les résultats les plus fruc¬ tueux, et notre pays, qui désire actuellement anaéliorer ses services d’hygiène publique et d’hygiène sociale, peut certaine¬ ment trouver des exemples et d’heureuses inspirations.

M. LB Président. J’adresse à notre collègue tous nos remercie¬ ments pour sa très intéressante communication. Il ne peut y avoir de discussion sur ce que nous venons d’entendre, la Société saura en tirer profit.

Un échange de vues est fait sur la question par MM. Bonpeau, Marchoux, Vieru, Bezault, Caltron. Ue D'' Armand-Delille répond aux questions posées pour' préciser les interventions des initiatives pri¬ vées aux États-Unis.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE

[30j

DES VOIES ET MOYENS PRATIQUES DK FAIÀE ENTRER L’HYGIÈNE DANS LES MASSES par M. le D'- LËOÉ AZODLAT.

Ces voies et moyens difiFèrent assez, suivant qu’il s'agit des enfants du peuple ou des adultes.

Par adultes, dans le peuple, il faut entendre les individus âgés de 12 à 13 ans et ayant quitté l’école; en effet, à partir de ce moment, dès qu’ils commencent à gagner leur vie, les enfants du peuple retombent entièrement sous l’inQuence des pensées et moeurs de leur ambiance et les lectures qu’ils peuvent faire, les quelques exemples qu’ils peuvent voir n’ont pour ainsi dire aucune action améliorante, du moins au point de vue qui nous occupe. C’est ce qui explique la lenteur du progrès. Bien qu’il soit plus logique de commencer par les enfijints, nous débuterons cependant par les adultes.

L’homme du peuple est un grand enfant; bien plus que l’homme instruit, il obéit à la suggestion et à l'imitation. De même que les enfants ne prennent, à peu de chose près, que l’éducation donnée par leurs parents, et leur entourage immé¬ diat, de même l’homme du peuple ne prend que celle qui lui est octroyée par les dirigeants, à un degré bien inférieur, adéquatà ses conditions matérielles, intellectuelles et morales. Tant valent les dirigeants, tant vaut le peuple.

Pour agir sur le peuple de façon réelle, pratique, au point de vue de l’hygiène, le seul qui nous intéresse ici, il faut que les dirigeants eux-mêmes soient parvenus à la conception sociale, agissante de l’hygiène. Cette conception, c’est que le gaspillage de la santé et de la vie est une ruine actuelle et potentielle de la nation.

Si cette guerre réussit à inculquer cette conception de façon durable, à la faire présider à tous nos actes administratifs et autres, elle nous forcera à chercher les moyens pratiques de faire adopter par la masse, ouvriers et paysans, les règles

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simples, réalisables, de la préservation de la santé et des soins qu’elle exige lorsqu’elle est atteinte.

Il s’agit donc pour les dirigeants d’envelopper l’homme du peuple d’une atmosphère continue de mesures hygiéniques qui, par suggestion constante, l’obligent : 1“ à comprendre la valeur de /sa santé et de celle de ses concitoyens; à pratiquer tous les actes faciles qui la sauvegardent, la renforcent ou la rétablissent. Il faut, en qn mot, que les gouvernants donnent, dans la vie publique, à l’hygiène le pas sur la politique qui doit être reléguée loin derrière les questions d’instruction pratique, d’industrie, de commerce, etc., le développement de l’esprit de politique dans une nation étant toujours l’indice qu’un grand nombre de ses membres cherchent une vie facile et honorifique hors du travail productif, utile à tous, dans l’exploitation des masses laborieuses. La suggestion d’hygiène s’exercera, comme toujours, par des actes, des paroles, des écrits.

Parmi ces divers moyens nous citerons :

1“ Le ministère de la Santé. La création de ce ministère frapperait les imaginations en montrant l’importance que l’État attache enfin à cette question primordiale. Si notre presse comprenait mieux son devoir et son intérêt, elle n’aurait pas assez d\rticles pour en détailler les immenses avantages et le besoin indispensable. A la tête de ce ministère doit tou¬ jours se trouver l'homme de France qui, par ses (ïécouvertes utiles à la santé, par ses travaux effectifs de médecine et d’hygiène s’impose à l’opinion. Si Pasteur vivait et qu’il fût ministre de la Santé, les pratiques de l’hygiène feraient en peu de temps des progrès rapides. La politique n’ayant rien à voir avec la santé, à laquelle jusqu’ici elle n’a porté que trop de dommages irréparables, le ministre serait nommé par ses pairs ; le président du Conseil supérieur d’hygiène pourrait être ce ministre. Quelle émulation pour les médecins et les savants !

2“ Lois d'hygiène et de salubrité. Toute dépense sagement faite pour la santé publique étant le plus beau placement qu’une nation puisse faire, toutes les lois d’hygiène et de salu¬ brité doivent être pourvues largement de tout l’argent néces¬ saire à leur application. Les sommes considérables que l’on altri-

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buera à la mise en vigueur de ces lois prouveront au peuple que l’on s’intéresse à lui, et l’inviteront à mieux se protéger et se soigner. Les impôts qui en résulteront pour lui, directement ou par incidence, le pousseront au même effort, à condition .que, sans cesse, on lui fasse comprendre qu’ils diminueront jusqu’à faire place à des bénéfices en sa faveur, d’autant qu’il fera attention à sa santé et à celle de ses concitoyens en tirant profit de tout ce qu’on lui enseigne et.met à sa disposition.

Lois urgentes à voter ou modifier. Déclaration obliga¬ toire sur la tuberculose avec ses conséquences, désinfection obligatoire, sanatoria et dispensaires, secours au malade et à sa famille, etc., comme en Angleterre, en Allemagne, etc. Je rappelle qu’en quatre ans l’Angleterre est passée de la déclara¬ tion obligatoire, limitée à la tuberculose ouverte chez les hos¬ pitalisés, à la déclaration de toute tuberculose dans toutes les classes sociales. L’État y amis l’argent nécessaire, il n’a pas tenu compte des protestations des médecins qui prennent prétexte du secret professionnel pour couvrir leurs intérêts.

Pourquoi en France les intérêts de quelque 30.000 méde¬ cins primeraient-ils ceux de 36 millions d’individus de plus en plus menacés par ce fléau ?

Déclaration obligatoire éventuelle de la syphilis ou des maladies vénériennes.

Lois d’assurance obligatoire contre la maladie, l’invali dité, etc.

Loi enlevant aux maires, municipalités et préfets toutes les questions d’hygiène pour les confier aux inspecteurs dépar¬ tementaux, aux bureaux d’hygiène, institués partout et dépen¬ dant du ministre de la Santé seulement.

Loi contre la publicité thérapeutique sur les murs, par prospectus, par journaux autres que les périodiques profes¬ sionnels vrais ou reconnus, etc. ’.

1. Une communication intitulée : « La réclame en matière de santé publique, son interdiction sauf dans les milieux professionnels », adressé le 26 juillet 1915 à l’Acadéinie de Médecine, nous a été officieusement refusée par l’entremise de M. le professeur Chauffard. Noua y disions la nécessité d’interdire aux sages-femmes, fabricants de produits thérapeu¬ tiques, médecins, pharmaciens et personnes assimilées de faire de la réclame auprès du public par voie de journaux, périodiques, annuaires, prospectus, affiches, étiquettes, enseignes, en un mot par les moyens de

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Loi soumettant à un contrôle matériel et moral les établis¬ sements privés de traitement, de vente d’appareils, de médica¬ ments, etc., et interdisant tout traitement par correspon¬ dance, etc.

Loi étendue et renforcée sur l’inspection médicale effective des écoles.

Loi sur les soins obligatoires pour les enfants d’écoles indi¬ gents ou négligés, application sévère de la loi sur la construc¬ tion hygiénique des habitations : usines, ateliers, lieux de réunions (lumière, cubage d’air, eau, vidanges, eaux usées et déchets) et sur les logements insalubres, avec droit pour chacun de les dénoncer.

Loi limitant le nombre des débits et cafés, punissant sévère¬ ment le dernier enivreur et tout débitant recevant l’individu qui se livre notoirement à la boisson. Droit de tout citoyen de dénoncer tout individu se livrant habituellement à la boisson, afin que l’autorité, si elle ne le fait spontanément, adresse un avertissement à l’ivrogne et, en cas de persistance, soustraie les siens à ses sévices, à la misère et au mauvais exemple ; et éventuellement le soumette dans un établissement spécial à un traitement convenable. Suppression du cumul de marchand de vin, tabac, allumettes.

Loi sur l’inspection médicale obligatoire, à l’entrée et pério¬ dique, de tout individu travaillant en commun, avec exigibi¬ lité d’un carnet de santé, à tous les emplois publics et même privés, carnet ténu dès la naissance ou, en tout cas, dès l’âge scolaire. Obligation pour le médecin ou inspecteur de tenir des fiches et de signaler au médecin officiel des maladies conta¬ gieuses déclarables, etc., les individus atteints.

4“ Tous lois et décrets, relatifs à l’hygiène, seront affichés dans toutes les communes de France, avec plus de profit, certes, que ne le sont les discours dont l’affichage est voté par les Chambres.

Mieux encore, ces lois et décrets, qui devraient être rédigés

plus en plus perfectionnés de l’ennonce. Nous donnions des preuves de méfaits, des morts, dus à cette réclame. Nous indiquions qu’en pays étranger on avait pris des mesures efficaces contre elle. Noua n’avons môme pas essayé de publier ensuite cette communication, même dans un journal de médecine; l’échec eût été certain.

REV. d’hyg.

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en style simple et clair*, ainsi que toutes les informations d’hygiène illustrées ou non que comportent une épidémie, une invention ou un produit d’usage offrant quelque danger, etc., seront imprimés suivant format unique et remis par les insti¬ tuteurs aux élèves, surtout des grandes classes, pour leurs parents. Ce mode de faire rendrait la population plus solidaire de l’école*. Le Gouvernement ne s’est-U pas servi des écoliers pendant la guerre, pour inciter leurs parents aux emprunts?

Le principe que nul ne doit ignorer la loi est plus qu’une ineptie, c’est un crime de l’État favorisant les malins au détri¬ ment des ignorants’ et ne tenant nullement au progrès.

Affichage dans toute usine, atelier, écoles d’apprentissage privés et publics, établissements publics ou privés des règles élémentaires d’hygiène, sociale surtout, et des règles appro¬ priées à la profession ou au travail, avec indication des auto¬ rités (adresse) auprès desquelles on peut réclamer, en fran¬ chise postale, pour toute infraction.

Les règles d’hygiène et précautions professionnelles doivent être remises à chaque ouvrier ou employé dès son entrée en fonction.

Des délégués ouvrierset paysans, nommés par leurs pairs,

1. Nous avons vu des instructions, sur les maladies contagieuses, pro¬ venant du ministère de l’Intérieur, rédigées en un français si' choisi et si impeccable, qu’un professeur de l’Institut d’hygiène devait les expliquer en style plus simple pour les faire comprendre à ses élèves, déjà pré¬ parés. Quant aux ouvriers et paysans, ils auraient tout simplement jeté au panier ces grimoires.

2. Je rappelle incidemment que les prévisions météoroiogiques, dans les campagnes et sur les côtes devraient être envoyées aux écoles et de apportées par les enfants à leurs parents; à la rigueur, le facteur rural pourrait aussi en être chargé.

3. J’en donnerai comme preuve le nombre considérable de femmes enceintes ou venant d’accoucher, à qui j’ai appris qu’elles avaient droit à une allocation pendant le dernier mois de leur grossesse et le premier de leur allaitement, en vertu de la loi du 17 juin 1913. Beaucoup d’autres femmes n’avaient reçu aucune somme plus de six mois après l’accouche¬ ment; d’autres avaient été indignement induites en erreur par les employés de bureau, en sorte qu’elles n’avaient droit à rien. J’ai fait ces tristes constatations pendant le service social que j’ai fait à la gare de Lyon en juillet, août et septembre 1918. Je pourrais citer bien d’autres faits de tous ordres : en un mot toute personne devrait recevoir les rensei¬ gnements <^i importent à sa fonction ou à sa nouvelle condition (tuteurs, fonctionnaires, ouvrières, etc. (Le service social appliqué aux évacués dans les gares. Bulletin médical, 13 juillet 1918.)

1.351 MOYENS DE FAIRE ENTRER L’HYGIÈNE DANS LES MASSES 83

feront partie de toute Commission et Bureau d’hygiène, même du Conseil supérieur d’hygiène. Leur utilité sera grande comme intermédiaire entre l’Administration et les administrés, à cause de la connaissance qu’ils ont de la mentalité, des mœurs, des besoins de leurs congénères, à cause de l’influence qu’ils exerceront pour faire accepter des mesures hygiéniques dont on leur fera comprendre l’importance, enfin parce qu’on s’adressera plus facilement à eux pour réclamer contre les infractions à l’hygiène.

6“ Le Gouvernement, par l’intermédiaire des Bureaux d’hy¬ giène ou autrement, fournira des subsides dans chaque localité, à une ou plusieurs familles, autant que possible chargées d’enfants, dont les père et mère ouvriers ou petits paysans seraient intelligents et disposés à suivre de façon continue les conseils d’hygiène pratique et simple que leur indiqueraient le médecin du Bureau d’hygiène, les dames visiteuses, etc. Ces subsides seraient. continués jusqu’à ce que le dernier enfant ait 17 à 1 8 ans. Parla bonne santé, forcément acquise, par les économies réalisées sur la maladie, par toutes les conséquences heureuses en dérivant, ces familles serviraient de stimulants puissants d’hygiène*.

Incitation à la création d’œuvres charitables contrôlées, de préservation et de traitement : crèches, gouttes de lait, dis¬ pensaires, dames visiteuses, dames patronn esses comme autrefois, sociétés de secours mutuels, de soins aux femmes en couches, d’aide en soins domestiques aux femmes peu fortunées on indigentes et chargées de famille, etc. ^ dans

1. Même procédé devrait être employé pour exciter le petit paysan, l'artisan ou petit' industriel à employer les techniques les plus perfec¬ tionnées, à s’instruire le plus possible. Leur enrichissement prouverait aux autres l’excellence de leurs méthodes'.

2. J’insiste sur la nécessité de créer des associations ou de voir la com¬ mune s’organiser pour cette aide en soins domestiques des nombreuses familles. J’ai eu de nombreuses occasions de constater qu’il est matériel¬ lement impossible à une mère de famille de s’occuper sérieusement de son mari, de sa cuisine, de son ménage, de ses enfants, des vêtements, etc., dès qu’elle a plus de 3 à 4 enfants, et à condition de ne pas travailler au dehors. Dans ces cas, ou la femme succombe à la peine, ou les enfants meurent comme mouches, ou ils sont complètement abandonnés à tous leurs penchants et préparés à être nocifs à la société.

Ces conséquences de la surcharge de famille sont encore plus manifestes

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les petites villes et surtout dans les régions rurales, par des subsides de l’État et des communes, par des distinctions hono¬ rifiques pris par le Gouvernement, des individus et des œuvres.

Tout le monde constate que Paris et les grandes villes regor¬ gent de ces institutions charitables qui se fout même une con¬ currence nuisible, alors que les petites villes et les régions rurales en sont dépourvues. Les œuvres des grandes villes devraient créer des filiales dans leur département ou même dans les autres, afln de les rendre viables *.

Dispensaire social. Etabli dans chaque arrondissement non pourvu d’une grande ville ayant déjà tous ses services qui devraient être groupés ou en corrélation étroite et constante, il pourrait l’être également dans un canton, si la distance ou le chiffre de la population l’exige.

11 comprend le dispensaire antituberculeux et antivénérien avec service d’apprentissage préservatif, du laboratoire d’exa¬ mens biologiques (microbie, chimie, etc.), des services de chirurgie, d’accouchements, de radiologie, et de spécialités : yeux, oreilles, etc.; les services de désinfection et une école permanente d’hygiène et de puériculture pour formation des particuliers et des professionnels.

Ce dispensaire est gratuit pour les indigents, payant suivant tarif gradué pour les autres, quant aux conseils, aux soins, à l’hospitalisation du malade, graves, urgents ou ne pouvant être aussi bien soignés et nourris ailleurs.

Les examens des crachats, du sang et tous autres suscités par le soupçon de maladie contagieuse sont toujours gratuits. Pour ces examens, le médecin traitant pourrait recevoir une prime d’encouragement à les faire exécuter jusqu’à ce que l’habi¬ tude en soit prise par le public. La désinfection serait aussi

lorsque le père est alcoolique ou débauché ou lorsqu’il meurt ayant été un bon père.

Pour la repopulation en individus de bonne qualité physique, intellec¬ tuelle et morale, cette question doit attirer particulièrement l’attention.

1. Lettre à M. le Ministre de l’Intérieur du 13 juillet 1918, remise à M.Brisac, directeur des Services d’hygiène à ce m'inialère, le 19 juillet 1918 ; à M. Doizy, député, le 20 juillet, etc. M. le Dv Sicard, de Plauzoles, secré¬ taire du Comité national d’éducation physique et de l’hygiène sociale, a parlé ultérieurement, au Comité national, d’un projet semblable mais moins complet et moins adapté aux besoins des régions dépourvues rie grandes villes.

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gratuite pour tous dans les débuts. Dans les cas urgents et d’impossibilité de transport, le personnel nécessaire se rendrait avec son matériel auprès du patient. Le service social fait par un médecin avec indication du service du dispensaire ou des hôpitaux compétents les plus appropriés à chaque cas, avec explication du traitement pour les consultants, avec conseils d’hygiène y serait la règle.

Ce dispensaire social est en relations étroites et constantes avec toutes les organisations hospitalières, d'hygiène et chari¬ tables du département et des départements limitrophes.

11 sert de bureau de renseignement sur toutes les questions qui sont de son ressort*, y compris celle des fraudes ali¬ mentaires.

Tout le matériel employé dans les hôpitaux, ambulances et militaires pendant la guerre trouvera le meilleur emploi dans cette institution. Le personnel médical, etc., lui sera donné par concours ou nomination sur épreuve.

Ce nouvel organisme est absolument nécessaire dans le plus bref délai, lorsque l’on songe, comme nous l’avons constaté si souvent dans les campagnes, à toutes les pertes de vie, de santé, de travail, de plus grand rendement avec toutes leurs conséquences pour l’individu, sa famille et la communauté, perles dans l’inorganisation actuelle de l’hygiène et des soins. Tel malade ne peut se faire opérer que dans une grande ville située à plus de 80 kilomètres; on le transporte moribond, perdant son sang, en aulomobile^ parce qu’il en avait à peu près la possibilité; tel autre, entouré de médecins incompétents ou ignorants, se laisse mourir faute de conseils éclairés ; telle mère de famille pauvre se refuse à mener son enfant à plus de 50 kilomètres pour un examen des yeux, des oreilles, et pour une opération urgente de végétation, ou bien elle revient

1. Une telle consultation a fonctionné à Saint-Tropez, en 1916-1917, à Pâques et pendant les grandes vacances. Malgré la nouveauté et les influences contraires dans une région peu instruite, il nous est venu un certain nombre de visiteurs. Un opéré de la cataracte nous' a même été envoyé par l’hépital pour lui ordonner les lunettes convenables.

Une jeune femme a ainsi appris les précautions à prendre pour un rétré¬ cissement mitral et des troubles vasculaires qu'elle ignorait. Grâce à cela, elle a triomphé d’une attaque de grippe éprouvée cette année. [Presse médicale, 14 février 1916.)

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saignée de 150 francs d’honoraires, sans compter le déplacement, le logement et la nourriture hors chez elle plusiéurs jours; un homme au membre fracturé se guérit eu restant estropié; point de radiologiste à portée ; la désinfection n’est presque jamais demandée même par les médecins, même après décès par tuberculose, à cause des complications des distances. Ce qu’il y a de plus grave peut-être dans cette situation, c’est l’ignorance technique de bien des médecins, leur manque presque complet de sens social, sans parler des compromissions entre eux et pharmaciens, etc,

Consultations d'hygiène. Faite le matin des dimanche, jours fériés et de marché par le médecin du Bureau d’hygiène de la localité ou d’un groupe de localités, elle consiste en une sorte d’inspection médicale analogue à celle des écoles. Les consultants, s’ils sont reconnus malades, après examen som¬ maire des organes, des yeux, etc., des urines, etc., recevaient les indications pour voir leur médecin habituel, un spécialiste (jamais nommément désigné), pour se faire hospitaliser, etc., pour se rendre au dispensaire , social, y envoyer leurs cra¬ chats, etc. En outre, bien portants ou malades, ils reçoivent tous les conseils d’hygiène que suggèrent un interrogatoire approprié et une visite de leur domicile. Ces consultations sont toujours gratuites.

10« Hôpitaux et dispensaires. Leur nombre, leur construc¬ tion et leur organisation sont tout à fait insuffisants en dehors des grandes villes et même dans celles-ci eu égard au volume de la population et aux conceptions modernes de la valeur sociale de l’individu. Le personnel et le matériel de guerre doi¬ vent leur être largement attribués.

Les consultations surtout doivent être améliorées; elles doivent avoir lieu aux jours et heures les plus propices au public, et le dimanche, ainsi que les jours fériés, le malin au moins*. Elles doivent toujours être prédédées d’un triage

1. J’ai encore vu tout récemment, dans un grand hôpital de Paris, une consultation faite par un médecin ad hoc, débuter à 11 h. 1/4, tandis que les malades attendaient depuis 9 heures; naturellement l’examen ne pou¬ vait être très approfondi. Cela explique bien des mécontentements, la haine perpétuel de l’hôpital, le succès^des charlatans et des officines sus¬ pects, des médicaments annoncés à la page du journal et toutes leurs conséquences néfastes.

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fait par un externe avancé ou un interne. Les ordonnances devraient porter, en tête, suivant les spécialités, les conseils d’hygiène et de soins généraux les plus appropriés, de façon à constituer dans l’ensemble un véritable manuel d’hygiène pratique populaire.

Le personnel médical, plus imbu de sa haute responsabilité sociale, par son éducation à la Faculté, ne devrait s’occuper que des malades d’hôpital ou s’en occuper d’une façon plus effective.

11° Toutes-les œuvres hospitalières, charitables, publiques et privées reconnues doivent faire la plus grande publicité (journaux, aflicheSj, prospectus, etc.), afin de se faire connaître et de faire savoir lëur but, leurs services, leurs heures, leurs avantages, etc. L’État et les administrations publiques surtout ne doivent pas faillir à ce devoir, sans quoi l’argent dépensé par les contribuables et les efforts de tous ne rendront pas. Ces œuvres, sous contrôle, pourraient être autorisées, comme en Angleterre, à avoir des journées de quête.

12° Propagande hygiénique. Par affiches, en tous lieux appropriés, et tracts illustrés de préférence, rédigés en langage populaire, par le ministère de la Santé ou avec son approba¬ tion; par conférences avec projections fixes et cinématogra¬ phiques, avec démonstrations expérimentales au microscope ou par appareils chimiques, etc., par visites, accompagnées de musées pathologiques; par expositions d’hygiène, permanentes ou ambulantes, par création de sociétés sportives, d’excursions, d’histoire naturelle, d’art, d’industrie ; par voyages de vacances pour les jeunes ouvriers jusque vers dix-huit ans, etc. En toute circonstance, on devra insister sur le caractère éminemment économique des mesures d’hygiène pour l’individu et la col¬ lectivité, sur leur importance pour élever l’individu dans les classes sociales et la nation parmi ses rivales dans tous les domaines.

On devra toujours montrer par figures et statistiques les conséquences éloignées, par des exemples pris dans le milieu des maladies, par la santé, sur la condition matérielle et morale de la famille.

Les conférences seront faites en langage simple, et entrer ront, si possible, dans les détails précis d’application, on y

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distribuera toujours des tracts conformes au sujet. Un des moyens les plus actifs de propagande est le chemin de fer. Le désœuvrement dans les gares et dans les trains devrait être utilisé pour l’hygiène. Nous pensons que peu à peu la presse verra son intérêt dans la propagande hygiénique.

13® Solennisation de tout événement de caractère hygiénique. L’installation d’un nouveau médecin inspecteur d’école, d’un médecin de Bureau d’hygiène, la distribution des prix de concours de santé, des prix aux instituteurs les plus zélés pour l’hygiène., des récompenses honorifiques accordées aux médecins, aux œuvres charitables, aux municipalités, au titre de l’hygiène, l’inauguration d’un établissement d’hygiène hos¬ pitalier, etc., doivent toujours être solennels; le maire, la municipalité, le préfet ou le sous-préfet et s'il est besoin, le ministre doivent y assister. C’est la seule manière d’inspirer à. la population l’idée de l’importance de l’institution et de don¬ ner au fonctionnaire l’infiuence et l’autorité nécessaires. Les nomades lauréats et des personnes ayant rendu des services d’hygiène seront, suivant les cas, affichés dans les écoles, les mairies, etc., et publiés dans les périodiques.

14“ Tout fonctionnaire d’hygiène, etc., manquant à ses devoirs, tout propriétaire, industriel, commerçant, etc., fai¬ sant infraction aux règlements d’hygiène, tout parent n’obtem¬ pérant pas aux conseils donnés par le médecin inspecteur d’école, etc., se verra, après premier avertissement et récidive, blâmé publiquement; ultérieurement, les. responsabilités édic¬ tées par la loi seront mises en jeu. Ces responsabilités seront d’autant plus grandes que le délinquant est plus instruit ou plus l»aut placé dans l’échèlle sociale.

18® Plate-forme électorale d'hygiène. Dans toutes les élec¬ tions, municipales et législatives, les personnes intéressées à Thygiène, au relèvement de notre pays, à sa repopulation, etc., doivent s’engager, en formant une ligue ou non, à forcer les

2. Voir dans Bulletin me'dicai, 4 mars 1918, comment nous faisons ies conférences sur la tuberculose.

3. Une des plus grandes compagnies de chemins de fer de France à qui nous avions offert de faire nous mêmes, sans frais aucun pour elle, la propagande contre la tuberculose, à l’aide des moyens mis très obli¬ geamment à notre disposition par la Croix-Rouge américaine, s’y est pour ainsi dire réfutée.

[411 le taudis rural 89

candidats à introduire dans leur programme les questions d’hygiène et d’instruction scolaire, post-scolaire et technique .

Du reste, le régime républicain est sorti consolidé pour longtemps par l’épreuve de la guerre; il peut se permettre d’être plus ferme en matière d’hygiène sociale, dans l’intérê t de la nation.

LE TAUDIS RURAL ET L’ÉPIDÉMIE DE GRIPPE DE 1918 par H. le D' CAMESGASSE.

Messieurs, comme j’avais l’honneur d’étre un de ses audi¬ teurs, le 23 janvier 1918, notre collègue M. Georges Rislér m’a fait l’extrême faveur de m’inviter à l’action quand il nous a dit craindre « qu’on ne se trouvât en présence d’une mortalité effrayante peut-être égale à celle des taudis urbains », quand on étudierait au point de vue de la statistique ces taudis ruraux* ».

Je désire répondre aujourd’hui à cet appel ; répondre ?. . . commencer ma réponse, tout au plus.

Je viens. Messieurs, de vivre le plus mauvais mois de ma vie de praticien pendant ce mois d’octobre 1918, j’ai faire face à tant de malheurs locaux qu’il y eut des jours je n’ai pas lu les communiqués qui annonçaient les victoires remportées par nos soldats, qui présageaient la ^victoire : c’est vous dire, que non seulement il y avait beaucoup de malàdes, mais sur¬ tout beaucoup de cas graves.

Médecin de campagne, j’ai perdu en ces cinq semaines plus de jeunes mères que je n’en avais vu mourir pendant les dix années précédentes; médecin d’hôpital, j’ai vu mourir cinq de mes inhrmières sur dix-neuf malades, sur un personnel de 45 femmes*.

Je parlerai en d’autres temps du côté médecine de cette épi-

1. Société de médecine publique. In Revue d' Hygiène, 1918, p. 149,3» §.

2. Il y a eu 29 femmes atteintes de grippe, mais plusieurs avant le fatal mois d’octobre et d’autres après parmi lesquelies aucune' n’est morte.

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démie. Ici, il convient que je m’en tienne à ce qui est des fautes contre l’hygiène.

Ces fautes n’impliquent aucune responsabilité individuelle; on en peut donc parler sans ménagement.

•A I’Hôpital de Forges-les-Bains d’abord : toute l’année nous avions eu quelques cas de grippe bénigne bénigne, sauf un amaigrissement exagéré ; disproportionné avec la durée de la maladie*. Notamment deux infirmières (soignantes) ont été malades chez elles en août-septembre.

Fin septembre, avec le convoi mensuel, nous arrivent quel¬ ques grippes marquées d’un embarras gastrique très accusé, constant. Cette grippe s’étend sur le personnel comme aux enfants hospitalisés à Forges-les-Bains.

Isolément dans le pavillon ad hoc, mais . d’une part, la

surveillante et les trois infiriqières de ce service sont prises,

tandis que . lamaladie se généralise sur nos garçons d’abord,

sur nos fillettes ensuite; sur le personnel enfin*.

Avant le milieu d’octobre, 142 enfants sur 200 étaient cou¬ chés ou àpeine relevés, 17 infirmières internées étant couchées en même temps le 13 octobre.

Appeler au secours était inutile : Paris voyait toutes ses forces absorbées et au delà.

J'ai accepter . que dis-je? j’ai ordonner le contraire

de ce qu’il eût fallu faire a priori ; j’ai mis mes malades en dortoir, n’ayant pas assez de monde pour qu’on pût aller soi¬ gner les malades dans leurs chambres.

Les paravents étaient insuffisamment nombreux (deux cas de scarlatine et un croup avec angine exigeant des mesures spéciales). Aucune disposition matérielle ne permettait les ten¬ tures avec draps de lit.

Alors il m’est mort, là, dans cette maison on ne meurt

1. En mai, quoique vacciné, de 1890, je contracte la grippe à S..., au coure d’une veillée d’accouchement Le hasard fait que je me pèse une heure avant le frisson. Je suis malade trente heures et très peu. Je retourne à la bascule : j’avais perdu 2 kilogrammes 500 grammes.

1. Je ne saurais trop vanter le dévouement et l’activité folle des sur¬ veillantes et des infirmières qui étaient encore debout. Un seul soir, les forces ont failli manquer... les camarades mouraient; j’ai pris la garde, comme il convient en de telles heures ; cela a suffi pour rendre courage 1 tout ce brave monde.

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point, diphtérie, scarlatine, rougeole gardent à l’envie le caractère rural', il m’est mort 7 enfants, dont 4 grandes fillettes et ^femmes jeunes : 11 décès en quelques jours!

On est mort parce qu’on a été victime à Forges-les-Bains et ailleurs comme je le dirai tout à l’heure de la multipli¬ cité des sources de contage.

11 y a eu des complications, certes ; il y eut, par exemple, addition à la grippe (avec état gastrique) d’une infection à pneumocoques^ Mais, par-dessus tout, il y a eu primitivement des grippes très graves parce que les sujets atteints avaient reçu le contage grippal de plusieurs grippés, à! la fois ou suc¬ cessivement.

Des femmes sont mortes en pleine pneumonie, secondaire à une congestion pulmonaire apoplectiforme, les unes avec œdème subaigu du poumon, les autres avec des hémoptysies, qu’une pneumonie ordinaire n’aUrait pas tuées, dans ce milieu régnait l’air et la lumière, le tube d’air respirable est considérable, facilement et volontiers renouvelé.

J’ai, d’ailleurs, pour, me guider dans mon jugement, l’expé¬ rience exactement contemporaine’ de ce qui se passait dans mon village.

Ce qui me ramène au taudis rural.

Le TAUDIS RURAL est défectueux en ce sens qu’un grand nombre d’individus sont entassés dans un espace trop petit, n’entrent ni la lumière, ni même l’air.

Mais tel quel, il est peu nuisible aussi longtemps qu’il garde par ailleurs son caractère essentiellement rural, oui kst d’être isolé des voisins.

Le taudis rural, en somme, n’est un taudis malfaisant au point de vue de l’hygiène et la tuberculose mise à part que lorsqu’il prend un caractère urbain.

1. C’est une tradition à Forges-les-Bains que les maladies contagieuses de Tenfauce (sauf la coqueluche) soient d’une extrême bénignité.

2. Mon pense-béte du 17 octobre porte les noms de vingt et une familles à visiter dans ce seul village; à trois ou quatre malades par maison, ave c les visites au passage non notés, cela fait cent cas connus du médecin ce jour-là.

3. En milieu clos, mal éclairé, le tuberculeux contamine sa famille, à la campagne comme à la ville. La maladie, généralement, évolue plus lentement qu’à la ville.

92 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [44

La promiscuité intime n’a aggravé les grippes ni chez la femme Co... (neuf enfants), nichez la mère Fo... défaut de ses onze enfants dispersés, un tas de nourrissons surveillés et d’autres ex-nourrissons laissés à la campagne). C’est qu’elles n’ont voisin ni l'une ni l’autre, et pourtant elles ne peuvent disputer le record de la saleté visible.

Au contraire, soit dans l’unique maison à deux étages, et à plusieurs locataires, de ce village, soit dans les pauvres logis dès ruelles on n’a pas de jardin, \& grippe a été sévère.

Elle a tué, elle a tué de préférence des jeunes femmés, frap¬ pant la plus active; celle qui a pris le lit la dernière, parce qu’elle à soigné les autres et, quélquefois les voisins *.

Toutes mes pertes ne s’expliquent pas de la sorte, ni toutes les formes graves qui ont abouti à la guérison. Il y a certaine¬ ment d’autres explications.

Cependant deux règles dominent : un taudis est un mauvais lieu pour se défendre contre les formes graves de la grippe, en outre qu’il a assuré la contamination de tous ceux qui le fré¬ quentent; mais quand ce taudis est isolé, réellement des taudis voisins, il ne transforme pas la grippe en maladie qui tue.

Outre que cela a été, en octobre 1918, une grosse affaire que cette bénignité relative des taudis isolés, il m’a paru qu'il y avait intérêt à vous présenter ces faits comme préface à une étude sur le taudis rural.

Je parcours des villages qui diffèrent beaucoup plus les uns des autres que le carrefour des Champs-Êlysées ne diffère de la rue Motfffetard. La grippe a différé de même.

Je peux vous montrer G..., les maisons n’ont point de pignon commun et on se rit de la grippe, de la tuberculose aussi, avec cette nuance que cette tuberculose n’y contamine point la famille, tandis que tout le monde y a la grippe, sans danger*.

Ensuite je vous montrerai les deux taudis de la famille B...,

4. Il y a eu d’autres erreurs, parmi lesquelles le rhum national (ou miiuicipal) employé comme préventif au lieu d’être réservé comme médi¬ cament : un médicament puissant à la condition qu’on n’y soit pas habitué d’avance.

2. La grippe faille tour de C... en novembre : deux décès par extrême misère chez des réfugiés vivant en taudis non isoié des voisins.

LE TAUDIS RURAL

|45J

à S..., village plus serré, avec cependant un jardin derrière chaque maison. Ici, j’ai noté deux décès : celui d’une ivro¬ gnesse; et un autre, très douloureux : « morte faute de soins », aurais-je écrire sur mon constat.

De même P..., la seule malade qui fut un instant en dan¬ ger est une amoureuse qui attend son jeune mari, grand blessé prisonnier après deux mois de mariage. C’est le pays de la boue et du fumier, mais la grippe mord, mue : les maisons ne se touchent point.

Nous viendrons à A. . . , pays de nombreuses familles nombreuses , il y a des taudis de dififérëntes sortes : de ceux qui sont seuls et dans lesquels on brave les règles de l’hygiène (sauf en ce qui est de la tuberculose); de ceux qui se commandent l’un l’autre, et on est mort de la grippe, du moins on a été longtemps et gravement malade, car le certificat de décès n’est pas le seul critérium de l'hygiène.

Enfin nous terminerons par R..., village dans lequel nombre de maisons sont encore telles qu’elles furent adaptées, quand, entre Louis XI et Mazarin, nos chefs d’Êtat eurent détruit le château fort du baron pillard. Ici, c’est le paradoxe : une popu¬ lation indigène, sans cesse rassemblée sur elle-même par des mariages entre voisins-cousins, vit en ce lieu en des logis trop étroits dans la plus invraisemblable des promiscuités.

Comme explication, je dirais volontiers que cette race a acquis une résistance spéciale. Peut-être vaudrait-il mieux dire que je n’y comprends rien, n’était que le village est sur une pente balayée par les vents et que le sous-sol est de sable.

La grippe y a tué plusieurs personnes. Mais la statistique sera faussée de plusieurs façons ; entre autres parce que deux hommes sont revenus mourir à R... de grippe commencée ailleurs. R..., c’est le pj^ys du taudis, et on y vit contre tout bon sens, se défendant même contre la grippe, même contre le bacille de Koch. Quand il faudra étudier le taudis rural, je m’efforcerai d’oublier ce cas trop spécial.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE

[46]

L. 4 PUBLICITÉ TROMPEUSE ET DANGEREUSE

POUR LA SANTÉ PUBLIQUE par M. RENÉ DAGE.

Notre collègue rappelle tout d’abord que M. Edmond Bon- jean fit déjà une communication sur le même sujet, à la Société, en 191S, communication qui fut faite aussi, d’ailleurs, à la Société de médecine légale et à la Société des Experts-Chi¬ mistes de France et à l'Association des hygiénistes et techniciens municipaux.

Ces Sociétés émirent alors le vœu suivant, sur la proposition de M. Edmond Bonjean.

Voeu : Que le Service de la répression des fraudes organise, de concert avec les assemblées scientifiques compétentes, la répres¬ sion de la publicité trompeuse et des produits s'adressant au moins aux maladies épidémiques et contagieuses.

M. René Dage a le regret de constater que depuis trois ans, c’est-à-dire depuis l’époque à laquelle ce vœu a été émis à l’unanimité des Sociétés en question, les publicités trompeuses sont toujours aussi impunies qu’auparavant et que le Service la Répression des Fraudes n’a pas daigné s’entretenir avec les groupements scientifiques ci-dessus au sujet des mesures à prendre pour mettre fin à ce scandale.

M. René Dage ne voudrait pas qu’on prît cette constatation comme une critique sévère des services scientifiques et sani¬ taires du Ministère de l’Agriculture dirigés par le distingué M. Eugène Roux, car il sait combien de travaux importants furent accomplis pendant la guerre par ces services au per¬ sonnel pourtant si réduit (analyses, produits agricoles, engrais, etc.). Cependant il ne peut s’empêcher de regretter qu’on n’ait tenu aucun compte du vœu émis à la suite de la communication de M. Edmond Bonjean.

M. Dage cite notamment un certain nombre d’annonces qui

47 1 LA PUBLICITÉ TROMPEUSE ET DANGEREUSE 95

parurent dans certains quotidiens lors de l’épidémie de grippe récente et qui auraient être poursuivies par les services com¬ pétents suffisamment armés, à son avis, par la loi du 15 février 1902 ou loi de protection de la santé publique et celle du 1'" août 1905 ou loi de la Répression des Fraudes. 11 demande que la Société de médecine publique et de génie sanitaire ne se désintéresse pas de la question étant donné que la santé publique est en jeu, et il propose que la Société rappelle, de façon pressante, à M. le Directeur de la Répression des Fi’audes le vœu qu’elle a émis en 1915 pour mettre fin à cette publicité pharmaceutique dangereuse pour la santé du pays.

M. René Dage dit que la Société a un devoir de salubrité scientifique et sociale à remplir en faisant traquer ces charla¬ tans qui, souvent puissants, en profitent pour ne pas être inquiétés et hénéficieut fréquemment de non-lieux scandaleux.

M. le D"" Granjux se joint à notre collègue et saisit l’occasion pour rendre hommage à la campagne que M. Dage mène, dans y Actualité scientifique, depuis plusieurs années, contré les mar¬ chands d’orviétan, trop souvent impunis, et qui abusent dan¬ gereusement de la crédulité publique. Le D" Granjux signale que l’A. delà Presse médicale a aussi protesté contre certaines annonces pharmaceutiques malhonnêtes.

M. le D'' Faivre appuie également le vœu de M. René Dage, et sur sa proposition il est décidé qu’on demandera à M. Eugène Roux de vouloir bien réunir au plus tôt des collègues des prin¬ cipales Sociétés scientifiques afin de les entretenir des mesures qu’il y aurait à prendre contre les mercantis sans scrupules fussent-ils très puissants qui inondent la presse de publi¬ cités médicales et pharmaceutiques vantant des produits indé¬ sirables et dangereux ou n’ayant que des propriétés thérapeu¬ tiques imaginaires.

La séance est levée à 19 heure;.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE

[48]

Ordre du jour de la séance du 26 février 1919.

La Société de Médecine Publique et de Génie Sanitaire se réu nira :

I. En Assemblée générale, à 16 heures 3/4 très précises.

Ordre do jour.

Renouvellement partiel du Bureau et du Conseil d’administraiion pour 1919.

II. En séance mensuelle, à. 17 heures très précises.

Ordre du jour.

1. M. le Dr Bertrand. Comment pourrait-on faire pénétrer et appliquer l’hygiène à l’école?

2. M. le D' Faivre. Faut-il faire un ihinistère de la Santé publique?

Le secrétaire général adjoint^ D' Borne.

Le Président,

Dr J. Renault.

Le Gérant : Pierre âuoer.

Paris. L. Mabbthedx, imprimeur, 1, rue Cassette.

REVUE

D’HYGIÈNE

MÉMOIRES

LES PSEUDO -DIPHTÉRIQUES

par MM. les LOUIS MARTIN,

Sous- directeur de l’Institut Pasteur

et GEORGES LOISEAU.

Lorsqu’on ensemence sur sérum les mucosités provenant de^ malades atteints ou convalescents de diphtérie, on trouve de» bacilles qui, tout en ressemblant au bacille diphtérique, en diffèrent cependant, car ils ne tuent pas le cobaye. Ces bacilles, nommés pseudo-diphtériques sont pour MM. Roux et Yersin des bacilles diphtériques atténués.

Si maintenant on examine par le même procédé les mucosités d’une gorge saine, on est surpris de trouver des microbes absolument semblables, certains même sont nocifs pour le- cobaye. Ce sont bien réellement des bacilles diphtériques et les gens quifles hébergent sont des porteurs sains, pouvant trans¬ mettre la diphtérie, qu’on doit isoler pour préserver les collec¬ tivités ; c’est dans ce but que très souvent les bactériologistes recherchent les porteurs de germes diphtériques,

HBV. d’hTG.

XLI 7

LOUIS MARTIN ET GEORGES LOISEAU

Dans la pratique de cette recherche, on est étonné de ren¬ contrer très fréquemment, dans les gor^ges saines et parfois jiussi dans certaines angines ou laryngites, des microbes qui donnent sur sérum des colonies blanches se développant en 24 ou 48 heures, constituées par un bacille court souvent effilé à ses extrémités se colorant par la méthode de Gram et res¬ semblant étonnamment aux formes courtes des bacilles de la diphtérie.

Ces microbes que souvent on dénomme aussi « pseudo- diphtériques» ne sont pas des diphtériques, c’est du moins ce que nous désirons démontrer dans le présent travail.

Nous pensons qu’on peut nettement différencier les bacilles diphtériques de ces microbes voisins en étudiant le mode de développement des deux germes dans les tubes de gélose pro¬ fonde : le bacille de la diphtérie pousse dans toute la hauteur des tubes, il est aérobie et anaérobie, tandis que les autres microbes ne poussent qu’en surface, ils sont strictement aérobies

Il y a longtemps qu’on sait que le bacille diphtérique est un anaérobie facultatif, puisque MM. Roux et Yersin disent dans leur mémoire de 1888 : « A l’abri de l’air, dans le vide, le bacille de la diphtérie se cultive facilement, mais ^noins éner¬ giquement qu’à l’air. »

•Ce ia’test que -plus 'tard qu’il a été établi que certams pseudo- dijiblériques élaient strictemeni aérobies, et surtout ce n’est que Tvers 4913 qvi'on a songé à différencier ainsi ces bacilles dénommés souvent diphtéroïdes, le terme pseudo-diphtérique prêtant trop à confusion.

Alors on ensemençait les microbes -par piqûre, dans la gélose les bacilles diphtériques poussaient le long et dans la pro¬ fondeur delà strie, tandis que les non-diphtériques s’étalaient en-surface et végétaient le long de la strie dans le premier cen¬ timètre «edlement.

Ce procédé de différenciation n’a pas entraîné la conviction.

LES PSEUDO-DIPHTÉRIQUES

car la plupart des travaux qui ont paru depuis 1913 n’en tien¬ nent aucun compte.

Quand nous avons repris la question, nous avons d’abord étudié le développement des divers microbes sur gélose pro¬ fonde ; mais, au lieu d'ensemencer par piqûre, nous avons réparti la semence dans toute la masse de la gélose peptonée après liquéfaction par le chauffage.

En gélose peptonée profonde les bacilles diphtériques pous¬ sent dans toute la hauteur du tube et aussi à la surface de ce tube ; les non-diphtériques donnent des colonies abondantes et très développées à la surface du tube et à l’intérieur de la gélose, mais seulement dans les premiers millimètres voisins de la surface.

On obtient une différenciation plus nette si on ensemence dans lesx tubes contenant un culot de 10-12 centimètres de gélose peptonée et glucosée employés par Veillon pour isoler les microbes anaérobies. Rappelons la formule de la gélose :

Bouillon .

Gélose .

Glucose .

Nitrate de potasse

Dans ces tubes de Veillon, le bacille diphtérique donne des colonies dans toute la hauteur du tube ; il n’y a pas de colonies visibles à la surface ; si quelquefois on voit apparaître des colo¬ nies, ce n’est qu’après 6 à 8 jours; les colonies profondes sont visibles à l’œil nu, mais il est préférable de les examiner à la loupe ou au microscope (objectifs 2 à 4).

Les bacilles -non diphtériques donnent des colonies abon¬ dantes à la surface, visibles à l’œil nu, et avec la loupe on voit que des colonies pénètrent dans la gélose sur une profondeur de S à 10 millimètres, il n’y a pas de colonies plus profondes.- Ici les caractères différentiels sont très nets et ne peuvent prêter à aucune discussion.

On peut obtenir un résultat encore plus visible en utilisant les tubes en gélose profonde glucosée ettournesolée. En ISheures on obtient une différenciation très nette et très apparente sans le secours du microscope en se iasant sur le changement de colo ration du milieu.

1 litre.

15 grammes.

100 D” LOUIS MARTIN ET GEORGES LOISEAU

Voici comment nous préparons des tubes de gélose glucosée, tournesolée profonde :

1“ Préparer de la gélose à 30 p. 1.000, la répartir dans des tubes à essais sur 6 centimètres de profondeur environ, stériliser ces tubes à l’autoclave ;

Préparer la solution :

Eau distillée . 200 cent, cubes.

Glucose. . . ^ 3 grammes.

Teinture de tournesol (Poulenc) .... 30 cent, cubes.

Faire dissoudre le glucose dans l’eau distillée, ajouter la teinture de tournesol, et si la solution tend à virer au rouge, la ramener à la teinte sensible par addition ménagée de soude décinormale ; stériliser ce mélange par filtration sur bougie.

3“ Faire fondre la gélose d’un certain nombre de tubes par ■éjiullition assez prolongée, refroidir les tubes à 50“ environ ; une pipette à boule stérile répartir dans chaque tube de ie liquéfiée environ 5 cent, cubes de la solution glucosée lesolée stérilisée par filtration à fa bougie, et amenée au marie à la température de 50“ environ ; agiter pour mir un mélange homogène et une coloration uniforme bleue iolacée.

Refroidir les tubes ainsi préparés, et quand la gélose est solide éprouver leur stérilité par un séjour de 24 heures à

.’étuve à 37“.

Pour utiliser ces tubes on les liquéfie par un chauffage au bain-marie ; après refroidissement à 50“ on les enseriience avec du bouillon contenant une émulsion du bacille à déterminer.

Nous partons toujours d’une colonie bien isolée sur sérum, il faut bien savoir qu’une première séparation h’est jamais suffisante pour obtenir une colonie pure, on devra après purifi¬ cation s’assurer par un examen microscopique de la pureté de la colonie.

Déjà après 18 heures, les tubes ensemencés avec le bacille diphtérique sont devenus rouges, et à la loupe on voit des colonies dans toute la hauteur du tube, rien à la surface.

Les tubes ensemencés avec les bacilles non diphtériques restent bleu violacé ou même deviennent bleu franc ; il y a des

LES PSEUDO-DIPHTÉRIQUES 101

colonies très abondantes au voisinage de la surface, rien dans la profondeur.

En présence de ces caractères si ne{s, si faciles à observer par tous les travailleurs qui voudront bien employer la même technique, nous pensons être en droit de conclure qu’il existe une différence absolue entre tes bacilles poussant en profondeur et les microbes strictement aérobies.

Us ont quelques caractères communs qui permettent de les classer dans le groupe des corynebactérium ; les uns et les autres présentent des formes en massue, et dans des conditions déterminées les deux microbes contiennent des corpuscules métachromatiques, constants, bipolaires et intermédiaires chez les diphtériques ; inconstants, et quand ils existent, unipolaires chez les non-diphtériques.

Mais à côté de ces ressemblances bien nombreuses sont-les différences.

Les diphtériques qui poussent en profondeur sont généra¬ lement longs, la forme courte est exceptionnelle, elle existe cependant, et c’est cette forme courte qui pourra prêter à con¬ fusion.

Les non-diphtériques qui poussent en surface sont toujours courts.

Les diphtériques tuent le plus souvent le cobaye, ils donnent de la toxine, et cette toxine injectée aux cheyaux permet d’obtenir une antitoxine. Il y a des bacilles poussant en pro¬ fondeur, de virulence variable, les observations de MM. Roux et Yersin sur les variations de virulence des diphtériques restent vraies.

Les non-diphtériques, quand ils sont en culture absolument pure, ne tuent pas le' cobaye, ne produisent pas de toxine ; leur bouillon de culture injecté au cheval en très grande quantité n’a pas provoqué la formation d’antitoxine diphtérique.

Les diphtériques attaquent le glucose et les milieux glu- cosés deviennent acides dans les premières heures de la cul¬ ture.

Les non-diphtériques ne rendent pas acides les milieux glu-

toa D” LÔIJIH MAICTIN et GEORGEa LOISEAU

CQsés ; bien plus, après la culture de, ces microbes,, ces milieux deviennent plus alcalins.

MM. Costa, Troisier, Dauvergne ont proposé un milieu au sérum tournesolé qui permet d’utiliser cette propriété dans la pratiq^ue et d’obtenir après 48 heures des colonies s’entourant d’un halo rouge, quand W colonie est formée par le bacille dipbtériqiue. Le milieu reste bleu quand il s’agit de bacilles non dip^htériques.

Enfin voici un procédé qui pratiquement permet le plus souvent la^ différencia iion rapide des deux germes.

En 1943,, Roeh et Meros-*, en étudiant des bacilles trouvés dans le pus de l’otorrhée, conclueut à l’existence de deux microbes ; les uns sont des saprophjrtes banaux provenant des organes voisins, d’antres sont nettement des diphtériques ; tes auteurs les séparen t par la différence de résistance à la décor loration, lorsqu’on emploie la méthode de Gb;am., Les dipbté- riqpies résistent peu de temps à la décoloration, tandis que les non-diphtériques sont très résistants. Nous avons étudié ce point particulier et nous acceptons la proposition de Roeh et Meros, il y a eependanb quelques détails techniques qu’il importe de bien conualtre.

Il faut d’abord utiliser des cultures jeunes, de 24 à 48 heures, les colorer par la méthode de Glram classique et bien noter le temps de contact de l’alcool absolu au moment de la décolora¬ tion. U y a des. bacilles diphtériques qui se décolorent très, vite après^ l’action, de ralcool- absolu,, mais en général ils résistent à. cette action pendant plus. dc’unemiQUte, les, bacillesqui potssent en suFÊace. restent aoJorés après; lQiHiiàautes,de.cootact, l’alcool- acélone auvingtièxee peut remplacer l’alcool absolu peur poar- tiquer la décoloration.

'Étant données les. provenances différentes des, coloranls; et des alcoolsii. LL sera- prudent d’étudier dans chaque Laboratoire la résistance à la- décoloration, avec des. mLcrobea délinitive- ment elasséa.

1 . Bevue médicale de la Suisse romande, 10 janvier 1913. Areftives

de médaeine das

LES PSEUDO^IPHTÉRIQUES

10»

Quelle est rutilîté pratique qui a provoqué toutes ces recherches et pourquoi a-t-ou le plus grand intérêt à séparer nettement ces deux germes ?

Aussi longtemps que le diagnostic bactériologique a été uti¬ lisé dans le but de déterminer la nature des angines ou de croups pseudo-membraneux, le problème des pseudo-diphté¬ riques n’a pas eu une grande utilité pratique.

Une fausse membrane ensemencée donnait-elle sur sérum en 24-48 heur^ une culture de bacilles, on acceptait que le malade avait la diphtérie et- généralement le diagnostic était exact. Nous avons vu en effet que 95 p. 100 des bacilles prove¬ nant d’angines ou de croups- pseudo-membraneux étaient viru¬ lents pour le cobaye, donc sûrement diphtériq|Ues..

Mais quand on a demandé à l’examen, baclériolo^qpe de renseigner sur les porteurs de germes diphtériques, d'indiquer ceux, qui étaient contagieux, et par suite devaient être isolés pour préserver les collectivités,, il. n’a plus, été posablerde clas¬ ser comme hacilies diphtériques tous les miorobest puuasant. sur le sérum eoagulé par la chaleur en 2^4 ou 48 heui‘.es..

Les por leurs qui hébergent des bacilles poussant en profoai- deur sont généralement peu nombreux.; on en. trouve dans les^ collectivités contaminées 2 à.b p. 100 qu’il est facile. dÜsoler.

ailadifEérenciationin’estpaSrétablie et qu’on isole touseeux qui ont dans la gorge des bacilles poussant sun sétum,, on arrive aux chiïfres de 20 à 30, et même dans un cas 75 p. 100. C’est la faillite de la prophylaxie de la diphtérie par la recherche des porteurs dte germes .

Fort heureusement, les bactériologistes avertis peuvent désor¬ mais diiférencier cas haciües, et la recherche des germes diph^ térûpies garde toute sa valeur prophylactique.

D' ROUSSY

NATURE ET MODES D’ACTION DE L’AGENT PATHOGÈNE INFECTIEUX DE LA GRIPPE OU INFLUENZA par M. le B. ROUSSY,

Directeur adjoint à l’École pratique des Hautes-Études (au Collège de France).

§ 1. Les théories étiologiques de la grippe d’après l’histoire.

La grave épidémie de grippe, qui frappe encore nos popu¬ lations, a fait remettre à l’étude la nature et les modes d’action des causes qui l’ont engendrée et propagée.

L’histoire des 23 principales épidémies de grippe qui, de 1580 à 1889, ont ravagé les nations de l’Europe et des autres parties du monde, nous apprend que, parmi les nombreux observateurs qui les ont décrites, ceux qui les ont attribuées à la contagion sont beaucoup moins nombreux que ceux qui les ont rapportées aux circonstances météorologiques et atmosphé¬ riques, telles que le froid et l'humidité succédant à la chaleur et à la sécheresse, le brouillard épais, le changement subit de la température, la neige, les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, la diminution de l'ozone, etc.

§ 2. Prépondérance actuelle de la doctrine microbienne.

Influencés par la doctrine bactériologique contemporaine, la presque totalité des auteurs de notre époque ont été naturel¬ lement portés à accuser la contagion, qui serait due à quelque micro-organisme pathogène.

C’est ainsi que streptocoques, pneumocoques, staphylocoques et pneumo-bacilles de Friedlânder ont été considérés comme es causes des infections secondaires, tandis que la véritable

ACTION DE L'AGENT PATHOGÈNE INFECTIEUX DE LA GRIPPE 105

spécificité était attribuée successivement à un diplo -bacille, par Teissier, Roux et Pittion, à un diplocoque et à ua pairatétragéne, souvent isolés par MM. F. Bezançon et J. de Jong (1904-1905); au Micrococcus catarrhalis analogue au gonocoque, et, surtout, à un cocco-bacille, isolé par Pfeiffer (1892), disposé par 2 et 3 éléments, colorable par le Ziehl et décolorable par le Gram.

Admise par Wassermann, .Jacobson, Meunier, Netter, etc., \& spécificité de ce cocco-bacille est niée par beaucoup d’autres, auxquels elle ne paraît pas irréfutable.

En somme, on peut conclure, avec les auteurs classiques, que l’on n’a encore découvert aucun microbe de la grippe, dont la spécificité pathogène soit démontrée et incontestée.