Hl> INSTRUCTION AUX AUTORITÉS CONSTITUÉES Des Départemens de Rhône et de Loire ^ et principalement aux Municipalités des Campagnes^ et aux Comités Révolutionnaires ^ MR LA COMMISSION TEMPORAIRE DE SURVEILLANCE RÉPUBLICAINE, È T ABZI E à Vl LZE-Af F RAN CH I E par les Reprefentans du Peuple, \ '■ ^ - ■ • • • - - - - • - Le but de la RÉp-oz'uti o7f EST^ZE Bonheur du Peuple. , ■ , A VILLE-AFFRANCHIE, Bs 1 Imprimerie Républicaine de TournachoN - Moun rue Merciere ji, M h w U "/ û C « INSTRUCTION Adressée aux 'Autorités Constituées des Départemens de Rhône et de Loire , PAR LA COMMISSION TEMPORAIRE. Ijes Représentans du Peuple près l armee des Alpes « et dans les différens départemens de la République , s’occupent avec un zele infatigable de rétablir l’ordre troublé par l’infâme rébellion des Lyoïmois ; de punm les traîtres , de poursuivre les conspirateurs ; de raiii- rner l’énergie des Sans-Culottes ; d’assurer l’approvi- sionnement de l’armée et des citoyens ; et sur-tout d’indemniser la partie pauvre et souffrante du Peuple , des pertes que lui ont occasionnées les crimes des riches, contre-révolutionnaires. Pour s’aider dans des travaux aussi multipliés; aussi importuns , ils se sont environnés de patriotes purs et éprouvés ; ils ont organisé une Commission de Sans-Culottes , chargée de coopérer avec eux , da les soulager de la multitude des détails qui absorbe- raient un tems qu’ils dpireRt à de grandes vues , à A a (4) de giraîitîcs ©pêra.ti©iis ; dimpriniGir ^ sous îêurs y6ux ^ ^ l© niouv^iiicnt r©YO^utionn 3.116 3.ux 3.utorit6S r0géii6r66S) et de prendre , de concert avec eux ^ toutes, les. mesures Ge salut public que les circonstances pourront nécessiter, ou qu’un patriotisme prévoyant lui inspirera* La Commission sent toute la grandeur de la mission à laquelle elle est appelée ; elle répondra à la cott^ fiance et aux desseins des Représentans du Peuple ; mais au commencement de ses travaux , elle sent aussi ^u’il est indispensable pour elle d’associer a sa sur- veillance , celle des Autorités , des Comités révolution- naires , des Sociétés populaires , et de tous les citoyens ; elle «roit nécessaire , de leur faire connoître l’esprit qui âoit les animer aujourd'hui , les principales opérations auxquelles ils doivent se livrer , et enfin , tout ce que la République a droit d’attendre , non-seulement de leur fivisme , mais de ce profond sentiment d’indignation , mais de ce généreux^ désir de vengeance qu’a imprimé dans leurs cœurs, les crimes et la rébellion dont leur pays a été le théâtre. - C’est dans cette vue qu’est rédigée la présente ins- truction. Elle sera divisée en plusieurs sections. La Commission engage chacune des Sociétés , chacun des individus qui la liront , à se pénétrer de f’esprit qui Fa dictée ; mais elle les avertit en même temps , qu’en leiir indiquant le but ou ils doivent tendre , elle n en- tend pas leur prescrire les bornes ou ils doivent s arrêter ; tout est permis pour ceux qui agissent dans le sens de la révolution ; il n’y a d’autre danger pour le Répu- blicain , que de rester en arriéré des loix de la Répu- Lliquç ; quiconque les prévient , dévance ; quiconque De PE/prit révolutionnaire, { 5 ) même outre- passe en apparence le biit > souvent nV est pas encore arrivé. Tant qu’il y aura un être malheu- reux sur la terre ^ il y aura encore des pas à faire dans la carrière de la liberté. La Révolution est faite pour le Peuple ; c^est îè bonheur du Peuple qui en est le but ; c’est l’amour du Peuple qui est la pierre de touche de l’esprit révolutionnaire. Il est bien aisé de comprendre que par le peuple , ©n n’entend P as cette classe privilégiée par ses richesses, qui avoit usurpé toutes les jouissances de la vie , et tous ses biens de la Société. Le peuple est l’universalité des Citoyens Français ; le Peuple , c’est sur-tout la classe immense du pauvre , cette classe qui donne des hommes à la Patrie , des défenseurs à nos frontières , qui nourrit la société par ses travaux , qui l’embellit par ses ta- lens , qui Forne et qui Fhon'ore par ses vertus ; la Révolution seroit un monstre politique et moral , si elle eût eu pour but d’assurer la félicité de quelques centaines d’individus ^ et de consolider la misere de- vingt-quatre millions de citoyens ; c’eût donc été une dérision insultante a l’humanité ^ que de réclamer sans cesse le nom de l’égalité, quand des intervalles im- menses de bonheur eûssent toujours séparé l’homme de l’homme , et qu’on eût vu étouffée , sous les dis- tinctions de l’opulence et de la pauvreté , de la féli- cité et de la misere , la déclaration des droits qui ne A 3 ( q têconnoissoit d’autres distinctions ^ue celles des talent et des vertus. Ceux qui dès Forigine de îa Révolution ont su en Baisir Fesprit , et en favoriser les progrès ; ceux-là on dû voir qu’elle tendoit à faire disparoître de dessus le sol de la FrsiîCé , les monstruosités inliumaines ; cenxÀk ont vu que si une égalité parfaite de bonheur etoit malheureusement impossible entre les hommes , il etoit du moins possible de rapprocher davantage les inter- valles ; ils ont vu ^u’il y avoir une disproportion épouvantable entre les travaux du cultivateur et de l’artisan ^ et le modique salaire qu’il en retiroit , ils ©nt vu avec indignation que celui dont les mains ro- bustes dçiinoient du pain à ses concitoyens , souvent en nianquoit luï-même , et 1 arrosoit de ses larmes ^ plus encore que de ses sueurs ; ds ont jete le regard de la philantropie et de Fhumanité sur les campagnes., dans les atteliers , :daiis les greniers , dans les sou* terrains de l’indigence ^ et à côté du travail , qui devoit toujours être accompagné de Faisaiice , ils ont vu les haillons de la niisere , la pâleur de la faim ^ ils ont entendu les plaintes douloureuses du besoin ^ les cris aigus de la maladie. D’un autre côté , ils ont vu dans les maisons de la richesse , de l’oisivete et du vice , tout le rafTinement d’un luxe barbare ; et ce qui devoit être la recom- pense de l’industrie et de la vertu ^ ils Font vu pro- diguer aux sang-sues du peuple , à des scélérats cou- verts d’opprobre et de dorure , et plus engraissés de la substance du malheureux , que du luxe insolent de leurs repas. ( 7 y ^ ^ Enfin I pour comble d’infamie , ils ent vu le mépm de” ces superbes , poursuivre le pauvre dans sa^ chau- mière ; ils ont vu ces monstres , au lieu de s atten- drir sur des maux que leur luxe seul avoit causes , les aggraver par leurs dédains , se croire, déshonores , s’ils étoient approchés par le malheur 3 et s Indigner , s’ils avoient respiré le même air que le pauvre. Dans ce renversement universel de principes , .dans cette dégradation de l’humanke , dans cette humilia- tion de la vertu ,.il falloit un- changement , une révo- lution totale ; car on ne peut point tergiverser avec les principes. Laisser en France un seul abus fonda- mental , c’eût été inviter tous les autres à renaître : c’est l’hîdre dont il faut abattre toutes les; têtes , sous peine de les voir toutes se reproduire ; c’est le tronc d’un arbre empoisonné, qui, en reprenant son ombrage, seme de nouveau autour de lui , des germes de mort qui en donneront d’autres à leur tour. L’aristocratie bourgeoise y si elle eût vécu , produit bientôt l’aristocratie financière : celle-ci eût engendré l’aristocratie nobiliaire ; car l’Homme riche ne tarde pas à se regarder comme étant d’une pâte différente des autres hommes : d’usurpation en usurpa^- tion y on en seroit venu au point , que 1 on .eut regarde comme nécessaire de les consacrer par quelques ins* titutions nouvelles ; voilà le cierge et ses dogmes re&-» suscités : ce n’est, pas tout. Un autel placé isolément dans une République , peut éprouver un choc ét. être renversé sur lui-même. On lui auroit donne un trône pour l’appuyer , pour s’étayer téciproquenient , et nous voilà à la royauté *, c’est, ta la marche inévitable; ) ( 8 ) . à^aLîme en abîme , on eût ramené la France sous le joug exécrable qu’elle venoit de secouer ; et ne doutéi pas , Citoyens , que les monstres ne l’eussent encore appesanti \ qu’ils n’eûs'Sent aggravé le poids de vos tors y pour vous empêcher de les soulever. Ils vous àuroient punis de vos antiques élans vers la liberté. Les. roues , les cachots, les corvées y les main-morteê les dîmes y les tailles , voilà la perspective , voilà lê couronnement d’une Révolution incomplette. Tels sont les maux dont vous ont sauvés ceux qui ont fondé la République : la reconnoissance que vous leur devez ,, vous impose de grandes obligations : elles sont douces à remplir : faites votre bonjieur , ils au^ ront la -seule récompense qu’ils attendent. Républicains^ pour être dignes de ce nom y com« mencez par sentir votre dignité , relevez avec fierté votre tête 5 et qu’on lise dans vos regards que vous comprenez enfin quitus êtes , et ce qu’est la Répu- blique ; car ne vous y trompez pas y pour être vrai- ment Républicain , il faut que chaque citoyen éprouve et opéré en lui-même une révolution égale à 'celle qui a changé la face de la France ; il n’y a rien , non absolument rien de commun entre l’esclave d’un tyran et l’habitant d’un état libre ^ les habitudes de celui-ci , ses principes y ses sentimens , ses actions , tout doit être nouveau ; vous étiez opprimés , il faut que vous écrasiez vos oppresseurs. Vous etiez esclaves de la superstitîo'S ; vous ne devez plus avoir d’autre culte que celui de 'la liberté; d’autre morale que celle de la nature. Vous dtiez étrangers aux fonctions militaires ; tous les Français désormais ‘ sont soldats. _ . ’Cg) Vous viviez dans Tignorance; pour assurer la conq^ult® de vos droits , il faut" vous instruire ; vous ne cou- noissiez pas de patrie, jamais sa douce voix n’a voit retenti dans vos coeurs ; aujourd’hui vous ne devez plus connoître qu’elle ; vous devez la voir, renteiidre et l’adorer dans tout ; le^ magistrat ne veille , le la- boureur n’ensemence , Je soldat ne combat , le Citoyen ne respire que pour elle : son image sacrée se mêle à toutes ses actions , ajoute à ses plaisirs , le paye de ses peines. — Vive k République , vive le Peuple , voilà son cri de raliement , l’expression de sa joie , le dédom- magement de ses douleurs; tout homme à qui cet em thousiasme seroit étranger , qui connoît d’autres plaisirs , d’autres soins que le bonheur du peuple ; tout homme qui ouvre son ame aux froides spécula- tions de l’intérêt ; tout homme qui* calcule ce que lui vaut une terre , une place , un talent , et qui peut un instant séparer cette idée de cellq de l’uti- lité générale ; tout homme qui ne sent pas son sang bouillomier au seul nom de tyrannie , d’esclavage , d’opulence ; tout homme qui a des larmes à donner aux ennemis du peuple , qui ne réserve pas toute sa sensibilité pour les victimes du despotisme , et pour les martyrs de la liberté ^tous les hommes ainsi faits et qui osent se dire Républicains , ont menti à la nature et à leur cœur ; qu’ils fuyent le sol de la liberté ; ils ne tarderont pas d’être reconnus et de l’arroser de leur sang impur. La République ne veut plus dans son sein que des hommes libres; elle est déterminée à exterminer tous les autres , et àj ne rêconnoître pour ses enfants que ceux qui ne saiiar^ut vivre , csmbî^tîre et mourk que p#ar î lO J \Arrestation des Cens suspects. I)es principes siiMples et lummeux que nous venon# •âe vous rappeler , il $uit que le républicain ne peut plus vivre avec l’esclavage ; celui-ci par ses crimes ét ses bassesses a fatigué notre patience ; depuis cinq ans nous lui tendons les bras : il a dédaigné nos avances ; il est temps qu’il expie ses dédains , et qu’il apprenne au moins le prix de la liberté pat le sacrifice forcé de la sienne. C est ici que^ 1» désir d’une vengeance légitime devient un besoin im- périeux pour celui qui consulte l’intérêt public ; car rintérêt public veut que l’on répande la terreur parmi les ennemis , que l’on rompe tous les fils deî conspirations qu’ils ourdissent vq't’on le® punisse de leurs crimes , et qu’on les prive d’un bonheur qu’ils ne veulent pas connoître. C’est dans cette grande mesure prescrite par les décrets de la Convention IsTationale que doit surtout paroître le zèle et l’ac- patriotique des Municipalités et des Autorités ré '»lutionnaires ; c’est ici que doivent s’évanouir toutes les considérations , tous les attachemens individuels ; v’es’: ici que la voix du sang même se tait devant la de îa patrie \ vous habitez un pays qu une - lUon infâme a souillé. Eh bien , CITOYENS » A’ .-Istrats du Peuple , il faut que tous ceux qui^ ont ! couru d’une maniéré directe ou indirecte a la '■ .'Mjeliion , portent leur tête sur un échafaud. Cest a vous de les remettre entre les maiiis de la vengeance nationale* " Nohs nè vatis parlons pas seulenient ici ies; prêtres, des nobles, des pareils d émigrés , des ad-* rilinistrateurs' et antres fonctidhnaires parjures sue îèsquels la loi a prononcé expressément , nous pré- sumons qu’à cet égard vous avez fait votre devoir.* iVous en répondez sur votre tête ; 'mais nous vous parlons spécialement de tous- les hommes qui, sans" être compris nominativement dans les décrets j sont- désignés par euX à la surveillance Nationale ; nous' vous parlons dé ces hipocrites qui ont toujours eu k là bouche , et qui n’ont eu qu’à la bouche , les mots de respect des ‘ loix et des personnes , èt qui tous les jours opprimoient vos personnes et violoient à l’égard du malheureux les plus saintes des loix , celles de rhûmanité et de la nature ; nous vous parlons dé ces hommes durs et insensibles par habitude et par état , qui ne peuvent -point aimer la révolution , parce qu’elle contrarie leurs préjugés , qu’elle anéantit leurs espérances , et qu’elle tue leur cupidité; ce' sont cés êtres , qui s’intituloi ent hommes de loi, et qui auroient dû s’appeler hommes de sang , qui ne viVoient que des dissentions de leurs frères et de l’aliment éternel qu’ils fournissôient à la discorde et à' la haine ; ce sont tous ces chiens courants de la féodalité , qûir enoient régistre de ce que leur valoienf les exactions les’ fripponnéries , les usurpations de vos tyrans, et qui fondoient l’espérance de leur dîner sur vos larmes et sur vos soupirs ; ce sont tous cer êtres fanatiques , qui se sont prononcés pour des prêtres rebelles à la loi ; ce sont enfin tous ceux ®Ui,à l’époque de la lutte de la liberté contre 1er C ) arîMoéïaXés de Lyon , ont marqué pour les scéîerata une tendresse criminelle , un intérêt parricide ; qu^est- il besoin de vous en dire davantage ? Si vous étés patriotes > vous saurez distinguer vos amis ; vous séquestrerez tous les autres* Vous ne serez pas assez imbécilles , pour regarder comme des actes de patriotisme quelques actions forcées et extérieures ^ par lesquélles les traîtres ont souvent cherché à vous mieux abuser* Voici le langage que la plupart d’entre eux vous tiendront : ’» Mais qu^a^t-on à nous reprocher î nous 3» nous sommes toujours bien montrés ; nous avons 3» fait notre service dam la Garde Nationale ; nous 3» avons payé toutes nos contrihutiom ; nous avons 3> déposé des offrandes sur V autel de la Patrie nous avons mime envoyé nos enfans à la defense des 33 frontières ; qiûexige-t-oii , que yeut-on encore de 3* nous ? « Vous leur répondrez ; peu nous im- porte ; le patriotisme est dans le cœur ; tout ce que vous vantez 4à y les scélérats qui nous ont trahis J les Lafayette , les Dumourier ^ les Custine en avoient fait encore davantage ; vous n’avez iamais aimé le Peuple , vous avez traité l’Egalité de chi- mère , vous avez osé sourire à la dénomination de S ans-- Culottes ; vous avez eu du superflu à côté de. vos freres qui mouroient de faim ; vous n’êtes pàs dignes de faire société avec eux , et puisque vous avez dédaigné de les faire siéger à votre table , ils vous vomissent éternellement de leur sein , et vous condamnent à votre tour à porter les fers , que votre insouciance ou que vos manoeuvres criminelles leur préparoient C«3) IléPXTBncAms * vonà vos devoirs; quWciima co.nsidération ne voul arrête ; ni l âge ; ni le sexe, ni la parenté, né doivent vous retenir; agissez sans crainte , ne respectez que les Saris-Culottes , et pour que la foudre ne s’égare jamais dans vo mains*, souvenez-vous de la devise qiie portent les bannières des Sans— Culottes ; Paix AUX. CfiAU^^ m JE RE s , GUERRE AUX CHATEAUX, §. iri Taxe révolutionnaire des riches. Il faut frayer aux dépenses de la guerre , et fournir à tous les frais de la révolution; qui vien- dra aux secours de la Patrie et de ses besoins , si ce ne sont les riches ? S’ils sont aristocrates , il est juste qu’ils payent une guerre qu’eux seuls et leurs adhérens ont suscitée ; s’ils sont patriotes , vous irez au devant de leurs vœux , en leur"^ demandant de faire de leurs richesses , le seul emploi qui convienne à des Républicains ; c’est-à-dire , un., emploi utile à la République ; ainsi rien ne peut vous dispenser d’établir promptement cette taxe ; il ne faut point ici d’exemption ; tout homme qui est au dessus du besoin , doit concourir à ce secours extraordinaire ; cette taxe doit être proportionnée aux grands besoins de la patrie ; ainsi vous devez Commencer par déterminer d’une maniéré grande et vraiment révolutionnaire , la somme que chaque individu doit mettre en commun pour la chose pu- blique ; il ne s’agjt pas ici d’exactitude umthématlque . 'V., , MX de ce scrupule timoré avec lequel, on doit vaillér dans la répartition des contributions publîqlies ;• c’est ici une mesure extraordinaire qui doit porter îë çaractere des circonstances qui la ccmmandent* Agissez donc en grand ; prenez tout ce qu’un citoyen â d’inutile ; car le superflu est une violation évi- dente et gratuite des droits du Peuple. Tout homme qui a au - delà de ses besoins , ne peut pas user ^ îl ne peut qu’abuser : ainsi , en lui laissant ce qui lui est strictement nécessaire , 'tout le reste appar- tient à la République et à ses membres infortunés. Voici, à cet égard ^ la marche que les Munici-^ palités et Comités révolutionnaires ont à tenir : ils doivent , dans la sincérité de leur ame , et après- s’être dépouillés de tout esprit de faveur , de haine et de partialité ^ examiner quels sont les besoins réels de chaque famille les déterminer d’après le' nombre des enfans et des employés nécessaires , peser les gains et les profits que la révolution a dâ' vraisemblablenient porter dans la maison ^ et fixer tout ce qui Texcede , comme un tribut de justice ' dû à la révolution. îl est nécessaire de suivre dans cette mesure nne-' échelle graduée sur des proportions révolutionnaires ; celui qui a dix mille livres de rente , par exemple , doit payer au moins trente mille livres ; car il est évident , t i5 ') •sur cel ol)iet que doit porter îa taxe établie fur ies Toutes les matières dont ils regorgent , et qui peuvent .^tre utiles aux déienseurs de la patrie » la patrie. les rer clame dans cet instant ; ainsi il y a des gens qui .(yit- de# amas ridicules de draps , de chemises , de serviettes et de souliers , tous ces objets et autres semblables , sont de droit la matière des réquisitions révolutionnaires ; de fluel droit un homme garderoit-il dans ses armoires de* meubles , des vêtements superflus lorsque ses Conci- toyens , qui versent leur sang , pour defendre ses pro- priétés , manqueroient des choses les plus indispensables à la vie, à la, santé j à la satisfaction des besoins les plus prdinaires ? Il est encore une matière précieuse à réquerir , ce sont ces métaux vils et corrupteurs , que dédaigné le Républicain , qu’il n’estime qu’autant qu’ils lui servent à conquérir des soldats à la liberté , et des déserteurs à l’esclavage ; il étoit permis à des rois de ceindre leur front d’une jcouronne d’or, et de boire dans des coupes précieuses le sang , les sueurs , et les larmes du peuple. Mais le Républicain ne doit connoître que le fer , c’est avec ce métal , plus riche parce qu’il est plus utile , qu il féconde ses campagnes et qu’il attaque ses ennemis ; le Soc et l’épée sont ses Instrumens favoris ; Sparte corn-* mença d’être esclave , lorsque Athènes eut fascine ses yeux par le spectacle de ses métaux. Républicains français , élevez votre ame au dessus de ces jouissances insignifiantes et viles , qui , par un appareil de faste et de luxe , ne tendent qu’à confirmer l’antique inéga.ité entre les hommes ; qu’ainsi , à votre voix , tous ces métaux s’écoulent dans le trésor national et qu en y f ) tecevant Pempreînte de la RépuLlîquê J et après avuîr purifies par le feu ^ ils ne coulent plus que pour l’utilité générale ; de l’acier ^ du fer , et la République sera triomphante. 5. I v; Dtr 'approvisionnement d»s marchés , et des mesures i ' prendre sur les subsistances. La grande espérance des contre-révolutionnaires itoit celle d’affamer le peuple ; ils cômptoient sur les Riches Propriétaires ^ sur les gros Fermiers ^ sur les accapareurs , et ils osoient croire que la famine con- querroit la France à l’esclavage ; la Convention nationale a déjoué leurs projets ; elle a décrété , ou plutôt elle a proclamé le grand principe , que les productions du territoire Français appartiennent à la Franfce , à la ch^^e de l’indemnité due au cultiva- teur ; le peuple a donc un droit assuré sur les fruits qu’il fait naître ; il n’est dont plus exposé à voir les grains que ses travaux ont produits, engraisser quelques tyrasis privilégiés , et quelques douzaines de pro-^ priétaires oppresseurs ; il n’est donc plus permis à un possesseur inique de faire la loi au peuple , et de tenir à ses gages des hommes laborieux de qui seuls dépend son existence. Tels sont les principes fonda- mentaux dont les autorités et les Citoyens doivent pénétrer ; car un homme ne sera jamais qu’il croira que son existence , et celle dépendent du caprice d’ua autre Cela posé, les Comités Révolutionnaires GM.- îé§ Comités de subsistances doivent spécialement s^occupej: du soin d’approvisionner les marchés. C’est-là que doivent s’apporter les tributs de la terre; puisque c’est-là que , sans distinction de riche ni de pauvre , tous les citoyens vont s’approvisionner ; il y a eu , nous le savons , des recensemens ordonnés par la loi ^ mais la cupidité a fait faire de fausses déclarations. Les patriotes doivent les vérifier et con^ fisquer impitoyablement tout ce qui sera marqué du sceau de Timposture ; du reste , les bons citoyens des campagnes doivent se rappeller que c’est à elles à approvisionner les armées et les villes , que les armées et les villes travaillent aussi pour les campagnes ; que ce sont elles qui les défendent , et qui , en échange de leurs denrées leur rendent des-^tributs utiles , et une protection nécessaire. , Citoyens des campagnes, nous' "vous l’avons déjà dit , favorisez la circulation des sàfc^stances ^ et vous trouverez dans un juste retour de la part des con- sommateurs la récompense du zèle que vous aurez mis à exécuter des loix dont l’infraction causeroit votre perte. 'Extirpation du Fanatijrne, Les Prêtres sont les seules causes des malheurs de la France ; ce sont eux qui , depuis -treize cents ans , ont élevé par degrés l’édifice de notre escla- vage J Font orné de tous les colifichets sacrés qai pouVoisrit êîi àêrolicr les defauts ^ Foeil de la raxso® « à la faulx de la philosophie ; ce sont eux qui ont asservi l’esprit humain sous leurs imbécile^ préju- gés f et qui , pour comble d’infamie , ont sanctifie , par leurs impostures bénites , les erreurs dont ils ont énivré les siècles. Il est évident que la révolution , qui est le triomphe des lumières , ne peut voir qu’avec indignation la trop longue agonie de cette poignée de menteurs ; leur régné expire , et fait place à l’empire du bon sens et de la raison : il est du devoir des Patriotes d’eii accélérer les progi'ès , et d’insinuer dans l’esprit de leurs concitoyens moins éclairés , les principes réformateurs de la révolutioa française. Et d’abord , Citoyens , les rapports de Bleu k l’homme , sont des rapports purement intérieurs » et qui n’ont pas besoin , pour etre sincères > dis. faste du culte et des moimmeiis apparents de la superstition ; vous commencerez par envoyer j aii trésor de la République y tous les vases ^ tous les ornemens d’or et d’argent qui peuvent flatter vanité des prêtres , mais qui sont nuis pour 1 bomms vraiment religieux , et pour l’Etre qu il prétend honorer. Vous anéantirez tous les symboles extérieure de la religion , qui couvrent les chemins et les places publiques , parce que les chemins et les places pu- bliques sont la propriété de tous les Français et que tous les Français n’ayant pas le même culte, en flattant inutilement la crédulité des uns , vous attaqueriez les droits , et vous choqueriez les regards des autres ; parce que h France ne reconnoît pas ( 19 ) de religion dominante , et qu’en le« tolérant toutes, elle ne doit permettre à aucune d’usurper sur ses rivales , une suprématie, une autorité prépondé- rante , ni par conséquent aucun des signes extérieur» qui la supposent. _ Républicains , nous vous parlons ici le lanpga de la vérité , nous vous la devons toute entière. Lorsque la France n’étoît qu’un royaume , lorsqu il n’existoit point pour vous de patrie , vos âmes , ardentes et sensibles , avoient besoin peut-être d’ua aliment extraordinaire , et vous le trouviez cet ali- ment dans les pratiques superstitieuses de quelques vertus' que vous vous étiez forgées ; et dans ses moments d’affaissement et de fatigue , votre coeur généreux se reposoit avec plaisir dans les idees d iin^ bonheur que vous ne pouviez pas trouver sur la terre ; mais .11 est pour le Républicain deg jouis- sances indicibles ^ qui attachent l’imagination , qui remplissent Tame , et qui Relevant par des sensations nobles et grandes au-dessus d’elle - meme , la rap- prochent réellement de cette essence suprême dent elle découle ; le Républicain n’a d’autre divinité que fea patrie *, d’autre idole que la liberté ; le Républicain est essentiellement religieux , car il est bon , juste , courageux ; le patriote honore la vertu respecte la vieillesse , console le malheur , soulage l’indigence , punit les trahisons. Quel plus bel hommage pour la Divinité ! Le patriote n’a pas la sottise de prétendre l’adorer par des pratiques inutiles à Thumanité et funestes à lui -même; il ne se condamne pas à un célibat apparent , pour se livrer plus librement à { 29 ) des débauches : digne enfant de la nature j membre iitiie de la société , il fait îe bonheur d^une épouse vertueuse , il éleve des enfans nombreux dans les principes séveres. de la morale et du républicanisme et lorsqu’il touche au terme de sa carrière , il Içgue à ses enfans , pauvres comme lui , les exemples des Vertus quhl leur a donnés ^ et à la patrie y l’espérance de le ' voir renaître dans des enfans dignes de lui. Rentrez dans votre cœur , braves et généreux Républicains , et dites - nous à qui vous aimeriez mieux ressembler , de ces cagots exécrables , ou de ces hommes patriotes dont nous venons de vous retracer une foibie image ? Eh bien ! apprenez que ces scélérats avoient encore l’audace de damner éternellement les hommes qui s’étoient dévoués à votre bonheur , qui se sont occupés de votre liberté y et qui ont prêché et établi la restauration de vos droits : à la vérité , plusieurs ont déjà fait réparation d^hon- neur au genre Humain des impostures quHls lui avoient prêchées ; plusieurs ont abjuré la profession sacrilege qui leur imposoit Tobligation de tromper et de persécuter leurs semblables ; bientôt leur exemple sera suivi par tous ceux chez qui le bonnet sacerdotal n’a pas encore éteint toutes les lumières de la raison , ni étouffé même la voix de leur intérêt bien entendu. Quant aux autres ils ne tarderont ' pas' à apprendre que la République ne veut plus nourrir ni fainéans , ni traîtres y ni imposteurs ; et toutes les communes de la République ne tarderont pas à imiter celle de Paris y qui , sur les ruines • d’une église gothique y vient d’élever un temple à la raison. Républicains , «n vou^ traçant rapidement côt aperçu de vos devoirs , la Commission Temporaire de Surveillance Républicaine , vous répété qu’elle n’a ni pu , ni prétendu tout vous dire : il est des <:hoses qu’on ne peut qu’indiquer , mais qui sont saisies par l’œil pénétrant du patriotisme , et dont il sait bien faire son profit. Veillez y vous avez tous de grands torts a expier ; les crimes des rebelles Lyonnois sont les vôtres. Si vous aviez eu cejtte atti- tude fiere et républicaine qui annonce et qui carac- térise l’homme libre , jamais des scélérats n’eûssent osé tenter un effort contre la patrie , ou du moins ils n’eûssent pas eu une seule minute à s’en applaudir. Regagnez donc promptement y dans le chemin de la liberté, tout le terrein que vous y avez perdu et reconquérez , à force de vertus et d’efforts pa- triotiques , l’estime et la confiance de la France; la Convention Nationale , les Repjrésentans du Peupl^^, ont les yeux sur vous , sur vos magistrats ; le compte qu’ils vous demanderont sera d’autant plus sévere, que vo^s .avez plus de fautes à vous faire pàrdonneF. Et nous y qui sommes les intermédiaires entre eux et vous , nous qu’ils ont chargés de vous surveiller , de vous instruire , nous vous jurons que nos regards ne s’écarteront pas un instant de dessus vous , que nous employerons avec sévérité toute l’autorité qui nous est déléguée , et que nous punirons commet perhdie tout ce que dans d’autres circonstances vous auriez pu appeller lenteur , foiblesse ou négligence : le temps des demi-mesures et des tergiversations est passé. Aidez - nous à frapper les grands coups , ou 17 3.. ( 22 ) VOUS serez Tes premiers à les supporter. La LjsebTM OU LA MORT \ réfléchissez , et choisissez. Signé, Duhamel, Président. PerROTIN, Vice- président" Guion , Sadet , Boissiere, Agar , Marcillat , Théret , Fusil , Vauquois Ri- chard , Laffaye , Verd , Procureur general , DüVIQUET, Secrétaire général. ■ La Commission arrête que la présente Instruction sera soumise à l’approbation des^ Représentans du Peuple , pour être im.primée et aRichée. i Fait en Commission , à ViUe- Affranchie , A a5 'de Brumaire , l'an second de la B.e'publigue française y vne, indivisible et démocratique. Signé , Duhamel, Président. V e R d i procureur général. DüVIQUET, secrétaire général; Pour approbation de l’Arrêté. Signe , CoLLOT- C’HhüBOIS , FûUCirt , Représentans du Peuple.